Littératures algériennes plurielles de combat, Littératures de la résistance-combat 1945-1965




Le premier novembre 1954 annonciateur du déclenchement de la révolution populaire algérienne a entraîné l’éclosion de beaucoup d’œuvres littéraires et artistiques traitant des sacrifices que le peuple eut à payer pour la guerre d’indépendance.

Il a été particulièrement important que l’art en général se mêlât au combat, afin de développer de nouvelles méthodes susceptibles de faire revivre les éléments traditionnels de notre culture. Il y a eu des poètes qui, même pendant la période coloniale, ne renoncèrent pas à leur liberté intérieure.

Certains d’entre eux seront connus dans le monde entier, tels que Mostefa Lacheraf, Kateb Yacine, Mohamed Dib, Mouloud Mammeri, Mouloud Feraoun, Malek Haddad ou encore Frantz Fannon, Jean Sénac, etc. tout comme Moufdi Zakaria, Reda Houhou, Mohamed Laïd, le poète Chebouki, l’auteur de «Djazayrouna», et tant d’autres dont les écrits d’expressions plurielles se répandirent comme une traînée de poudre dans le monde arabo-musulman, et le «tiers-monde» en général, pour ne pas dire le monde entier, sauvant ainsi l’honneur de la littérature algérienne qu’elle qu’en fût la langue ou le mode utilisés.

Le lecteur ordinaire connaissait leurs noms en prison, dans les camps, au maquis, à la campagne et à la ville... Certains d’entre nos écrivains se sont engagés dans la lutte directe, alors que d’autres ont su mener à bien le combat grâce à leurs poèmes, leurs romans, leurs pièces dramatiques ou en écrivant des exposés. Malek Haddad s’était particulièrement distingué par ses interventions fulgurantes au Liban en 1960.

D’autres ont lancé des appels de protestation contre tous les aspects du colonialisme, de l’impérialisme et de la discrimination. Ils ont su attirer par des avertissements, des comptes rendus, l’attention internationale sur les problèmes divers qui affectaient le destin de l’Algérie, et nous ne devons pas négliger le fait que cette dernière forme de lutte est aussi importante que l’action politique directe.
Quoi qu’il en soit, la parole humaine, aussi efficace que le feu, a pu traverser le cercle infernal de la spoliation, de l’imposture, des représailles et du génocide. C’est pourquoi la majorité de nos poètes ont étendu leur engagement au-delà des limites strictement esthétiques parce qu’ils appartenaient, d’une manière ou d’une autre, au mouvement nationaliste, parce qu’ils ont souffert des incidences et des répercussions de la politique de répression coloniale.

Déjà auparavant, lors des sauvages répressions du 8 mai 1945, Kateb Yacine, l’auteur du monumental Nedjma (1956), se sentit solidaire corps et âme avec son peuple meurtri: «Mon nationalisme se cimenta à Sétif», dira-t-il en évoquant les effroyables massacres de Guelma, Sétif et Kherrata, survenus au lendemain de la victoire des forces alliées sur le nazisme et les espoirs de paix et de liberté que cela a suscité chez les peuples des contrées opprimées. Le poète arabophone Mohamed Laïd Khalifa laissa également un émouvant poème-témoin sur cette tragique période.

D’une manière générale, à travers une histoire bouleversée par le morcellement de ses origines et par le schisme de la conquête coloniale, la littérature algérienne de graphie française a retrouvé à partir de 1945 et pendant toute la durée de la lutte de libération sa profonde unité. Elle a retrouvé les racines de son chant qu’elle a su faire renaître, prolonger et perpétuer.

Avant 1954, les romans alimentaient surtout le courant dit ethnographique qui privilégiait des aspects sociaux traités trop souvent de façon superficielle. Après l’avènement de la lutte de libération, le roman algérien va assumer un rôle bien plus engagé. Dans sa magistrale étude sur la littérature algérienne, Abdelkebir Khatibi signalera que «le Premier Novembre fut une véritable apocalypse pour que les écrivains algériens se sentent responsables d’une nouvelle histoire, dominée par la violence et le sang».
La conséquence de cet engagement inconditionnel fut que beaucoup d’écrivains, de poètes furent tués, emprisonnés, torturés, ou exilés. Ce qui ne fit que renforcer la détermination et l’affirmation de soi dans le combat engagé contre les forces d’oppression et d’assujettissement des libertés, sensibles surtout dans les écrits de braise allant de 1956 jusqu’à 1965.

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