MONTREAL, CAPITALE MONDIALE DU LIVRE DE LA SAISON 2005-2006




Après Madrid, Alexandrie, New Delhi et Anvers, Montréal sera la capitale mondiale du livre pour l'année 2005 et les quatre premiers mois de 2006 (puisque le statut d’hôte d’une capitale mondiale du livre s’étend de mai à avril de l’année suivante). Le choix a été annoncé par le jury de l’Unesco à Paris. La grande ville francophone nord-américaine va ainsi voir les projecteurs littéraires se braquer sur elle. Elle en a bien besoin. Le poussif sixième salon du livre anarchiste qui a lieu en mai en bénéficiera-t-il? Et la concurrence des voisins du sud, les Américains, avec leur opération annuelle « One City, One Book » voleront-ils (un peu) la vedette?
Un choix qui n’est pas sans créer des polémiques Si selon le directeur de l'ANEL (Association nationale des éditeurs de livres du Québec), la vitalité de l’activité éditoriale à Montréal a largement pesé sur ce choix, il fait aussi remarquer que le Québec propose un des réseaux les mieux organisés « au monde » en matière de distribution de livres. De plus, le caractère très solide de la candidature de Montréal a joué en sa faveur. Selon la lettre d'appui du comité de sélection, Montréal l’a emporté grâce à « l'excellence du programme soumis, qui crée une forte synergie parmi tous les secteurs de l'industrie du livre, y compris un certain nombre d'aspects de la promotion du livre et de la lecture. » Toujours selon le patron de l’ANEL, un tel événement augmentera la visibilité du Québec littéraire à l'étranger, au même titre que le Printemps du Québec à Paris en 1999 (dites-moi, qui s’en souvient en France?), ou que la présence du Québec comme invité d'honneur à foire internationale du livre de Guadalajara au Mexique en 2002.

Le programme de Montréal 2005-2006 est ambitieux. On prévoit au cours de cette saison la tenue d'un forum international de l'édition, une table ronde portant sur le thème « Qu'est-ce qu'une ville-lecture ? », la création de deux circuits littéraires, l'un portant sur Montréal, et l'autre sur le Saint-Laurent, une exposition sur l'histoire littéraire du Québec, et l'ouverture de la Grande Bibliothèque nationale du Québec. Pour chaque mois de l'année, un écrivain sera également invité à écrire une nouvelle. Tous les projets que l'ANEL propose pour 2005 sont encore loin d’être mis au point. Pour informer le public, on prévoit la conception d'un site Internet sur Montréal en tant que capitale mondiale du livre, des activités promotionnelles incluant des affiches, des signets et des panneaux dans le métro, etc. Pour l’instant, peu de médias se sont faits le relais de ces activités et l’indifférence règne plus ou moins.

Selon le dossier de candidature présenté par l’ANEL, « Montréal tire sa personnalité des deux cultures distinctes qui l'ont nourrie dès sa fondation : la culture française des débuts de la colonie et la culture britannique qui s'installe à la suite de la Conquête de 1760 ». Outre ce bilinguisme, le caractère cosmopolite de Montréal est mis en avant, de même que ses écrivains d'origines diverses, son caractère universitaire et sa vitalité culturelle. On oublie de dire que la guerre entre anglos et francos est toujours latente et qu’un mur invisible sépare les deux cultures. Les anglophones montréalais sont majoritairement imperméables aux écrivains francophones du Québec, l’équation étant un peu moins vraie dans l’autre sens.

De plus, ces derniers mois de nombreuses plaintes ont été formulées au sujet de l'état lamentable des bibliothèques publiques et du financement de la politique du livre et de la lecture. Donc, beaucoup de québécois s'étonnent qu'on en ait fait l'éloge dans la candidature de la ville ! De même de nombreuses voix ont commencées à s’élever afin de savoir si cet événement mettra d’abord en avant les éditeurs québécois (très chauvins) et leurs poulains, les auteurs québécois (très chauvins aussi), face aux étrangers qui seront forcément présents puisqu’il s’agit d’un événement « mondial ». Des éditeurs montréalais ont déjà fait savoir qu’ils refusent de voir les auteurs étrangers voler la vedette aux auteurs québécois lors de l'événement « mondial ». La bisbille ne fait que commencer.

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