Face à l’Union européenne, l’Algérie hausse le ton sur le dossier de la délivrance des visas européens pour les ressortissants algériens. Ce dossier est considéré par Alger comme une question “prioritaire” dans l’agenda de la coopération UE-Algérie.
Pour la première session du Conseil d’association entre l’Algérie et l’Union européenne, qui s’est tenu hier à Bruxelles, Mohamed Bedjaoui, ministre d’État, ministre des Affaires étrangères a défendu la vision algérienne sur deux dossiers stratégiques et importants. Ceux des visas et du gaz. L’Algérie considère, en effet, que les conditions d’attribution des visas sont discriminatoires et attentatoires à la dignité des Algériens. “L’attribution des visas pour les ressortissants algériens se heurte à de nombreuses difficultés, dont les délais trop longs, comparés à d’autres pays voisins, avant de recevoir la réponse et l’assujettissement de l’accord à l’avis de tous les pays de l’espace Schengen”, a précisé le MAE, rapporté par l’APS. Ce dossier éminemment politique est, pour l’Algérie, une question “prioritaire” dans l’agenda de la coopération entre Alger et Bruxelles.
L’Algérie en fait même aujourd’hui une exigence. D’autant plus justifiée que la France a introduit une demande auprès de la Commission européenne pour la levée de cette mesure de consultations préalables intra-européennes qui entraîne des retards considérables et parfois des refus injustifiés.
L’Europe est prête à revoir sa politique de délivrance des visas à l’égard des ressortissants algériens, mais soulève néanmoins la problématique de l’immigration clandestine. Benita Ferrero-Waldner, la commissaire européenne aux Relations extérieures et à la Politique de voisinage, tout en admettant implicitement le bien-fondé de l’exigence algérienne, a précisé qu’elle “était prête à en discuter, mais dans le cadre d’un package incluant des pourparlers sur la réadmission” des immigrés illégaux. L’accord d’association fournit à l’UE une assise juridique pour soutenir cette revendication insistante d’un accord pour la réadmission des migrants clandestins. Il ouvre également la possibilité à l’Algérie de demander un accord sur la facilitation d’octroi de visas.
Outre la problématique de délivrance des visas pour les ressortissants algériens, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères a défendu la vision algérienne sur un autre dossier stratégique. L’ouverture du marché énergétique européen à l’Algérie non seulement pour les approvisionnements, qu’elle alimente déjà, mais également dans des infrastructures en territoire européen. Face à une Europe inquiète pour la sécurité de son approvisionnement, l’Algérie rassure et assure de sa disponibilité avec toutefois l’ambition exprimée d’élargir sa présence dans tous les domaines. Si Mohamed Bedjaoui a rassuré les Européens sur la sensibilité et la disponibilité de l’Algérie quant à leurs besoins croissants en gaz, il a surtout exprimé l’intention d’Alger de ne pas, ou plus, se contenter d’être un simple fournisseur. Alger veut dépasser ce rôle et renforcer sa présence en Europe, notamment dans les infrastructures. D’autant que les pays européens n'ont “jamais eu d'interruption d'approvisionnement” en gaz algérien, a-t-il rappelé au passage. L’Europe a un statut particulier dans le panel des clients de l’Algérie parce qu’elle est le “principal partenaire” de l'Algérie en matière énergétique. Alger est donc disposée à pousser cette relation encore “plus en avant”, a précisé le ministre. Mais, “on veut suivre notre gaz naturel en Europe, même participer aux travaux d'infrastructures”, a précisé le ministre. Et donc de pénétrer le marché interne européen. Un “dialogue stratégique” dans le domaine de l’énergie est lancé entre Alger et Bruxelles. L’UE a convenu d’établir un dialogue d’un haut niveau dans ce domaine et un protocole d’accord est prévu à la fin du mois.
L’Algérie via la Sonatrach investit à l’étranger et se positionne que ce soit en matière d’approvisionnement, d’infrastructures, de transport ou de distribution.
Ces dernières années, la compagnie nationale d’hydrocarbures a développé une politique d’internationalisation de plus en plus soutenue. Amérique du Nord, Amérique latine, Afrique, Europe ou Asie, la Sonatrach veut être présente à tous les niveaux de la chaîne.
Ce dialogue stratégique consacré à l’énergie devrait se poursuivre prochainement à Alger afin de trouver “des formules mutuellement satisfaisantes”, selon le communiqué des Affaires étrangères. Dans un contexte marqué par les craintes suscitées par la crise du gaz russo-ukrainienne en janvier dernier, l’Algérie se positionne et affiche ses ambitions.
Samar Smati
Liberté, Alger, le 17 Mai 2006









