Un peu comme au temps des Ottomans, les liens entre l'Algérie et la Turquie se consolident sur le plan maritime. En effet, c'est aujourd'hui, quatrième et dernier jour de la visite du président du Parlement turc, Bülent Arinç, qu'est prévue «l'inauguration solennelle» par ce haut responsable turc «du chantier naval Turk Maritime» au port d'Alger. Ce projet est présenté, dans un fax de cette société turque, comme le «premier investissement étranger direct dans le domaine de la construction navale en acier en Algérie».
Le président du Parlement turc, Bülent Arinç, reçu en audience hier par le chef du gouvernement Abdelaziz Belkhadem, est en visite en Algérie dans le cadre de la coopération parlementaire entre Ankara et Alger. Le président de la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM en turc) conduit une importante délégation parlementaire qui séjourne en Algérie du 6 au 9 du mois courant.
La coopération entre les deux pays dans le cadre multilatéral (Organisation de la conférence islamique OCI, notamment) et sur le plan bilatéral a été abordée par les responsables parlementaires turcs avec leurs homologues algériens.
Le dossier relatif à Chypre (pays insulaire de Méditerranée dont le territoire partagé depuis 1974 entre Chypriotes grecs et Chypriotes turcs) dans lequel est directement engagée la Turquie intéresse au plus haut point la diplomatie et les hommes politiques à Ankara. A ce titre, Bulent Arinç n'aurait pas omis de défendre à Alger la position de son pays en y soulignant que demander à la Turquie de faire plus de concessions serait injuste bien qu'une paix durable et définitive reste incontournable dans cette partie du Bassin méditerranéen. Lors d'un précédent point de presse à l'APN, le président du Parlement turc avait brièvement évoqué diverses questions dont la polémique sur le génocide arménien, à propos duquel Bulent Arinç parle de «pseudo-crimes turcs contre le peuple arménien», et le débat sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.
En ce qui concerne ce dernier volet, il y a lieu de souligner que Bruxelles, plus précisément la Commission européenne s'est abstenue hier de demander la suspension des négociations d'adhésion en son sein de la Turquie que bloquerait, entre autres problèmes, la crise chypriote. L'UE annonce qu'elle prendra «les recommandations nécessaires avant le Conseil européen de décembre si la Turquie n'a pas rempli ses obligations» d'ici là sur Chypre.
La visite du président du Parlement turc à Alger intervient, rappelons-le, à l'invitation de Amar Saadani, président de la chambre basse du Parlement algérien (APN). Selon le communiqué de l'Assemblée populaire nationale annonçant cette visite en début de cette semaine, il est question de consolidation des liens de coopération entre les Parlements des deux pays. Une coopération qui, selon ce communiqué, a connu ces dernières années, «à la faveur des échanges de visites entre les deux institutions législatives, un dynamisme remarquable couronné par la création, en 2004, du groupe d'amitié parlementaire algéro-turc».
Le même texte, rapporté par l'agence APS, souligne que ce dynamisme est le résultat du «bond qualitatif enregistré par les diplomaties des deux pays au plus haut niveau, qui s'est traduit par la visite effectuée en 2005 en Turquie par le président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, et suivie par celle du Premier ministre turc, M. Recep Tayyip Erdogan, en mai dernier à Alger, qui a été sanctionnée par la signature du traité d'amitié et de coopération entre les deux pays». Outre les entretiens prévus entre les délégations parlementaires algérienne et turque, à leur tête respectivement Amar Saadani et Bülent Arinç, marqués par la signature d'un protocole d'accord de coopération bilatérale, la délégation parlementaire venue d'Ankara a été également reçue par le président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah. Par ailleurs, les parlementaires turcs ont visité certains sites touristiques et historiques des régions d'Alger et de Tipasa.
Il est à rappeler que la Turquie est organisée en législature monocamérale (une seule chambre parlementaire). La Grande Assemblée nationale de Turquie, la «Türkiye Büyük Millet Meclisi», est composée de plus d'un demi-millier de membres (550 au total, élus pour un mandat de 5 ans). Elle est détentrice du pouvoir législatif au pays de Mustafa Kemal Atatürk. Les sièges y sont pourvus à l'issue d'élections proportionnelles. Pour prendre part à la répartition des sièges à l'Assemblée, un parti doit avoir obtenu un score électoral minimal (10%).
par Younes Hamidouche
La Tribune
le 09 Novembre 2006









