Timgad: Aucun projet de restauration n'est envisagé pour le moment

Timgad livrée aux agressions humaines et climatiques

Majestueuse le jour, mystérieuse la nuit, la cité romaine de Timgad (Batna) s'anime et prend vie durant le Festival international de musique.

Le soir, elle brille de mille feux. Elle est rehaussée de lumières éclairant sa silhouette imposante et ses couloirs interminables. Les gros projecteurs cependant n'atteignent pas toute la cité où des vestiges se cachent dans l'ombre. Dans la pénombre, les colonnes, les fontaines et les vieux moellons ont tout d'un décor de film SF d'anticipation. L'endroit dégage une impression de paix que même la musique assourdissante du festival n'arrive pas à altérer.

Le festival défigure le site

Au coeur de l'amphithéâtre, la scène encombrante investit les lieux et diffuse des sonorisations qui font trembler les vieux gradins. De ce côté-là de la scène, le décor est tout autre. Câbles, tuyauteries et projecteurs défigurent l'aspect naturel du site. Quant aux spectateurs, s'amusant follement, ils ne se soucient guère de savoir si leur présence représente un danger pour le site. Ils sont là pour le festival et peu importe le lieu où il se déroule.

Ce qui n'est pas l'avis, cependant, de l'Association algérienne pour la sauvegarde et la promotion du patrimoine archéologique qui tire la sonnette d'alarme à la veille de chaque édition du Festival de Timgad. Cette année encore, elle a déclaré dans un communiqué paru dans la presse : «Il est à déplorer que ce triste exemple [Festival de Timgad] ait fait des petits puisqu'il y a deux ans, le Festival de Guelma a été inauguré, de même que celui de Djemila, autre site du patrimoine mondial, l'été dernier. Avec les nouvelles dispositions statutaires de la gestion et de l'exploitation de sites et monuments historiques [exécutif n°05-488 du 22 décembre 2005], c'est malheureusement tout notre patrimoine qui est exposé à subir le même sort. Alors, encore une fois, nous alertons l'opinion publique et les décideurs qui voudront bien nous entendre sur les dangers de ce type d'exploitation qui, à terme,

ruinera notre patrimoine dont la richesse et la beauté devraient pourtant inspirer plus d'amour et de respect.»Le festival représente donc, selon cette association, un véritable danger pour le site. Un constat que l'ancien maire de Timgad, Ahmed Salhi, est loin de partager. «Le festival ne porte aucune atteinte au site et ne représente aucun danger pour lui», estime-t-il. Quant au nouveau maire de Timgad, il dira que certes, le site est en perpétuelle dégradation mais que le festival n'est pas le seul en cause.

Restauration urgente pour Timgad

«Il est exposé tout au long de l'année à plusieurs facteurs comme le climat et les agressions humaines gratuites. Nous avons exposé le problème à la ministre de la Culture qui a promis de lancer une opération pour clôturer le site. Mais rien n'a été fait jusqu'à présent», affirme-t-il. Certes, poursuit-il, «il y a actuellement une clôture autour du site. Mais elle est provisoire et très fragile. On peut facilement y faire des brèches. Par ailleurs, le côté du site le plus touché par la dégradation, est celui du sud.

Il y a, entre autres, la forteresse byzantine qui est en train de s'écrouler. La digue qui remonte à l'époque romaine par exemple est ouverte, laissant l'eau se déverser sur le site.

Il y a également le musée fermé depuis plus de dix ans pour cause de pillage et de dégradation. Les tableaux et mosaïques exposés notamment nécessitent une opération de restauration. Bref, il faut une intervention rapide et urgente».

Les mises en garde de l'Association algérienne pour la sauvegarde et la promotion du patrimoine archéologique restent donc sans écho puisque le festival continue de se dérouler sur ce site, d'autant plus que Timgad n'a toujours pas bénéficié d'une véritable opération de restauration.

«Je crois, qu'avant de parler de restauration, il faut d'abord aborder la problématique des fouilles. Avant de pouvoir restaurer ce site, il faut d'abord découvrir ce qu'il cache.

Quant à la restauration, c'est un travail de finesse, d'expertise. En Algérie, nous n'avons pas d'experts qualifiés pour exécuter ce genre de travaux», estime l'ancien maire de Timgad. «Je vous cite comme exemple la mosaïque qui a été transférée d'ici au musée, au début des années 60, par des Italiens et non par des Algériens», ajoute-t-il. Toutefois, selon lui, certaines opérations de restauration peuvent être menées par des Algériens. Ceci concerne la restauration des petits vestiges du site comme les fontaines et les colonnes. «Ce sont des travaux qu'on peut réaliser au niveau local, car il ne s'agit pas d'une grande technicité. A ce propos, durant les cinq années où j'étais maire de Timgad, j'ai sollicité les services de la commune pour réaliser ce type de restauration. Malheureusement, ma demande a été refusée sous prétexte qu'on n'avait pas les matériaux appropriés pour la restauration, dont le ciment. Ce qui est faux. Quand les Français ont restauré une partie du site, ils ont utilisé le ciment et les ingrédients locaux», poursuit-il.

Un amphithéâtre en dehors du site

Concernant le projet de construction d'une réplique de l'amphithéâtre romain en dehors du site, le maire de Timgad affirme qu'il sera lancé dans «quelques jours, mené par des entrepreneurs algériens.

Le projet sera réalisé en trois tranches. La 1re coûtera dix milliards de centimes. On a également l'intention de restaurer l'ancien hôtel pour former une sorte de complexe touristique et culturel. Pour le moment, je ne peux pas dire précisément quand le nouvel amphithéâtre sera prêt», souligne-t-il.

publié le 8 Août 2006 par Farida Belkhiri
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