Abdelaziz Bouteflika l'a affirmé devant les walis : «La corruption ruine la confiance des Algériens»

En déclarant que l'Algérie possède un très ambitieux programme de développement économique qu'il faudra mettre en oeuvre en un «très court temps», le président Bouteflika, qui intervenait hier au palais des Nations devant les walis et cadres de la nation, a souligné la nécessité de contrôler la destination des «énormes» enveloppes financières consenties dans ce cadre.

Face à un aréopage des autorités de l'Etat, il dira qu'«il est préférable de reconnaître avoir réalisé tant de kilomètres dans le projet d'autoroute Est-Ouest, dans le projet de logements, ou autre, que d'annoncer des chiffres qui s'avéreraient faux», avant d'ajouter : «Je ne voudrai pas cela, je ne mentirai pas au peuple. J'ai une volonté politique et des convictions que je n'imposerai pas au peuple, car mon mandat prendra fin.» Livrer les chantiers dans les délais, selon les coûts contractuels et la qualité reconnue mondialement, est l'essentiel, d'après M. Bouteflika, qui appellera à user du langage de vérité envers le peuple. Cela, parce que «je ne fais pas de miracle et [que] je ne suis ni messager ni prophète», argue-t-il. Il a affirmé que «l'Algérie est devant une occasion dont il faudra absolument profiter en tant que dernière génération de la révolution». Pour que, ajoute-t-il, «personne ne puisse dire que nous n'avons pas tenu nos promesses».

Dans un langage franc, il lancera en direction des walis et ministres que «les ministres ne sont pas tous les mêmes, il y a celui qui travaille jour et nuit et un autre qui mène une vie de simple citoyen», avant d'indiquer que «la responsabilité doit être confiée à celui qui l'assume ; celui qui est capable nous l'aiderons ; pour celui qui ne l'est pas, le pays regorge de jeunes». Il dira, ensuite, que «j'ai joué mon rôle ; j'ai pris mes droits et même plus», au moment où, poursuit-il, «certains jeunes veulent que notre pays ressemble à l'Europe, nous leur dirons que cela est impossible, sauf s'ils retroussent leurs manches».

«Je ne suis pas venu occuper la caméra et la télévision pour affirmer des choses auxquelles je n'y crois pas», indiquera-t-il, ajoutant : «J'ai atteint un âge où je ne dois pas user d'un langage diplomatique.» Le premier magistrat du pays a, en outre, souligné qu'il était «impératif de renforcer la lutte contre les pratiques, trop fréquentes, de la corruption, du népotisme et des interventions inadmissibles aux yeux des citoyens et des pouvoirs publics». Ces pratiques sont «la cause des lenteurs de notre administration et de sa mauvaise organisation [...], détruisent l'Etat de droit et ruinent la confiance du citoyen», a-t-il affirmé.

Dans le domaine de la gestion des collectivités locales, le président Bouteflika a indiqué que si une commune est mal gérée, «la responsabilité incombe aux citoyens qui n'ont pas su choisir leurs représentants», sans pour autant ménager ces derniers : «Vos fautes reviennent vers nous», en précisant que l'on dit même que «c'est le Président qui n'a pas su choisir». En soulignant le rôle des walis dans la mise en application des programmes de développement économique, il a tenu à affirmer, en toute franchise, que n'aura la responsabilité que celui qui pourra l'assumer ; à défaut de cela, il en sera éloigné». Le président de la République a annoncé le renforcement des prérogatives des walis pour lever les «contraintes majeures» auxquelles ils sont confrontés. Il indiquera que ces contraintes «doivent impérativement être levées et accompagnées de mesures appropriées par le renforcement de vos prérogatives en tant que principaux animateurs du développement au niveau local».

Il soulignera, ce faisant, la nécessité d'oeuvrer à une plus grande «déconcentration dans la gestion des programmes de développement», en précisant que cela se traduira notamment par l'élargissement des pouvoirs de gestion des walis qui devront désormais diriger les projets dont la gestion est aujourd'hui «centralisée», «à l'exception de ceux à vocation nationale ou régionale», a-t-il expliqué. Aux walis, il rappellera qu'ils se verront confier de «grands dossiers» en matière de projets de réalisation, au sujet desquels ils sont appelés a donner leur avis en tant qu'«hommes de terrain». Dans ce cadre, il dira que «la fuite en avant et la politique de l'autruche ne régleront pas les problèmes». Il faut les affronter «même si, dit-il, on n'arrivait pas à tout régler, l'essentiel est de dire la vérité à la population».

Après avoir plaidé pour une décentralisation des moyens d'exécution et des marchés publics, ainsi que de la création d'une agence foncière par wilaya, le présiden t de la République a donné quelques orientations ; il abordera des questions de politique interne, notamment la réconciliation nationale. Se saisissant du problème des bi-nationaux, il a cité l'exemple de la Mauritanie pour annoncer : «Seront exclus des postes de souveraineté et des postes stratégiques de l'Etat ceux qui opteront pour une autre nationalité.» «Les responsabilités ne seront prises que par les seuls Algériens», dira-t-il.

Abordant les trois attributs de la souveraineté nationale : le sceau, le drapeau et l'hymne national, le président Bouteflika dira qu'ils ne sont pas régis par la loi, comme le stipule la Constitution actuelle ; ce sont des «constantes immuables» de notre Constitution. Dans son discours, il indiquera que «les terroristes sont des criminels ; ce n'est pas parce que les Algériens les ont reçus à bras ouverts qu'ils doivent rouler les épaules. J'insiste : ce sont des criminels, et pardonner, ce n'est pas oublier». En conclusion, il annoncera nomb re de mesures, dont l'encouragement des logements participatifs et de location vente, la prochaine révision du code de l'APC et de l'APW, la nécessité de revenir à la police communale et l'augmentation des pensions de retraite.

par Amar Rafa

Copyright © 2006 La Tribune

Le blogue de

 
 
   www.arabesques-editions.com Web enhanced by Google
Navigation

Syndication

Syndiquer le contenu