Maroc: Ultime escale pour l'artiste Mariano Bertuchi

Les oeuvres de l'artiste sont exposées à la galerie Bab Rouah de Rabat.

A l'occasion de la commémoration du 50ème anniversaire de la mort du peintre espagnol Mariano Bertuchi, considéré comme le peintre du Maroc par excellence, la Galerie Bab Rouah de Rabat a connu l'inauguration, mardi dernier, d'une exposition de ses oeuvres. Organisée par l'Institut Cervantès de Rabat et le ministère de la Culture, l'exposition de Bab Rouah est l'ultime étape pour l'exposition des oeuvres de Bertuchi qui ont passé par les différents Centres Cervantès du Maroc.

L'exposition vise d'abord à rendre hommage à un peintre espagnol qui a magnifié la beauté du Maroc, pays où il a vécu, côtoyé sa population qu'il a admirée. L'occasion est aussi offerte pour tous les Marocains de partager la passion de Mariano Bertuchi qu'il a si bien su projeter dans ses toiles, des aquarelles pour la plupart. D'ailleurs, le thème de cette exposition : "Mariano Bertuchi: 50 ans après" est significatif à cet égard, car si les toiles représentent des paysages du Maroc du début du XXème siècle, l'intérêt n'est pas uniquement centré sur leur exclusivité ou leur nouveauté, mais aussi sur la touche personnelle de l'artiste, ce qui fait que ses oeuvres peuvent également être assimilées à une sorte de journal intime de sa vie passée au Maroc.

Le ministre de la Culture marocain Mohammed El Achaâri a déclaré, lors de la soirée d'inauguration, que l'exposition des oeuvres de Bertuchi représente un événement culturel majeur, car l'artiste est un grand connaisseur du Maroc mais ses productions des aquarelles sont malheureusement méconnues du public marocain. "Cette exposition des oeuvres de l'artiste Mariano Bertuchi offre l'occasion au public marocain d'apprécier les aquarelles qui sont un genre peu répandu, on connaît l'huile sur toile mais pas davantage les aquarelles. De même, le travail de Bertuchi est très fort techniquement, on le remarque dans les différents tableaux qui représentent des paysages traditionnels marocains, des gens et la réalité qu'il voyait à travers son regard d'artiste" nous a déclaré M. Achaâri.

C'est surtout au Nord du pays et précisément à Tétouan que l'artiste a travaillé énormément sur les figures et les paysages de la ville. S'inspirant de la lumière méditerranéenne, Bertuchi a pu reproduire avec brio les habitations marocaines de l'époque, les gens dans leur trame de vie et enfin toute l'ambiance et la chaleur du Nord du Maroc. Au niveau technique, il est aussi remarquable que les toiles montrent une maîtrise parfaite de Bertuchi des techniques de la peinture, ce qui se traduit par la précision des traits, la subtilité des couleurs et l'expressivité des images.

Né à Grenade en 1884, Mariano Bertuchi a fait ses études artistiques à l'Académie Régionale des Beaux Arts de Malaga avant de les poursuivre à Madrid. Commencent alors des séjours tout au long de la côte sud de la mer Méditerranée et en Afrique du Nord. Aux environs de 1919, l'artiste espagnol s'est installé définitivement au Nord del'Afrique, passant par les villes de Sebta, Chefchaouen, Tanger, El Hoceima et finalement Tétouan, ville où il s'est établi jusqu'en 1955. Cette dernière étape a connu la maturité artistique de Mariano Bertuchi et pendant laquelle l'artiste accordait un soin particulier à la préservation du patrimoine culturel du Maroc, sa fonction d'inspecteur des Beaux Arts sous le régime du protectorat aidant. De même, ce mordu du Maroc a fondé l'Ecole des Beaux Arts de Tétouan, oeuvre qui persiste encore aujourd'hui et qui contribue à former les artistes marocains.

Mariano Bertuchi restera pour longtemps dans la mémoire des Marocains et dans l'histoire artistique du Maroc en général. Plus qu'un regard d'étranger, l'artiste était impliqué dans la vie au Maroc et ses aquarelles nous interpellent toujours en nous invitant à revoir notre patrimoine et à oeuvrer à sa préservation. L'exposition de ce passionné qui exalte la beauté du Maroc dans ses toiles, se poursuit à Bab Rouah jusqu'au 15 décembre.

par Zakarya Moukine Billah
source: Libération, Casablanca

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