Algérie: A Constantine comme ailleurs : Art et culture à l'école, des intentions, toujours des intentions sans plus

Toutes les intentions conjuguées entre le secteur de la culture et celui de l'éducation risquent malheureusement d'en rester au stade de l'intention dans l'essentiel de l'impact attendu et plus particulièrement des volontés mobilisées si, en contrepartie, les responsables desdits secteurs ne font pas suivre d'effet sur le terrain les décisions prises en théorie dans des antichambres de ministères.

Qu'il s'agisse de théâtre, de lecture, d'écriture, les activités récréatives à l'endroit des enfants tendent plus vers la peau de chagrin que vers la réaction en chaîne positive. Il y a plus d'une année, un aréopage de cadres du ministère de l'Education s'est déplacé à Constantine, a pris siège dans l'un des plus importants lycées de la ville et invité des dizaines d'enseignants, tous paliers confondus, pour leur inculquer les rudiments du 4ème art.

Au cours de cette formation de courte durée qui devait «accoucher» de formateurs au sein des établissements, les comédiens du TRC avaient, ès qualité, été appelés à la rescousse pour apprendre d'une manière didactique à leurs élèves d'un jour l'art de se déplacer sur une scène, celui de la déclamation. Ce cycle de trois jours réparti à travers l'est, l'ouest et le centre du pays devait aboutir à un festival du théâtre scolaire au cours de l'été qui suivrait. Bien entendu, il n'en a rien été, du moins à Constantine, et si tant est que quelque activité, dans cette optique, ait eu lieu à travers le territoire national, les élèves de la ville des Ponts n'en ont pas fait partie. Aujourd'hui, la continuité, voire l'actualisation de cette expérience n'est évoquée ni par les responsables ni par les enseignants et encore moins par les élèves.

Dans un autre registre, au début de l'année 2006, le wali de Constantine a pris l'initiative et également à contre-pied la fédération locale des parents d'élèves en organisant une rencontre avec les présidents d'associations d'établissements. Une rencontre au cours de laquelle il évoquera l'obligation de redressement qualitatif de l'enseignement mais également la renaissance d'activités dites annexes comme la pratique de la musique, les sports et surtout l'existence impérative d'une bibliothèque dans chaque établissement, jusqu'à suggérer la tenue périodique de concours récompensant les meilleurs lecteurs.

Abdelmalek Boudiaf n'a finalement parlé que pour lui-même car il n'y aura aucune réaction à la proposition. Sinon, certains représentants d'associations vanteront le mérite des initiatives prises au sein des établissements qu'ils représentent, telle la création de salle d'informatique pour des élèves qui ne savent même pas lire et auxquels il manque, dans la quasi-majorité des écoles, jusqu'à aujourd'hui, des livres essentiels relatifs aux matières enseignées.

L'opportunité nous a été donnée a contrario de rencontrer, il y a quelques semaines, les élèves d'une région fruste, oubliée de tous malgré son poids historique, puisqu'il ne s'agit ni plus ni moins que de la région d'où est partie le déclenchement de la lutte armée, autrement dit Arris et plus précisément Tifelfel où fonctionne encore cette école dans laquelle enseignait l'instituteur Monnerot, abattu par les moudjahidine en novembre 1954. Dans cette école du nom de M. T. Nouri, un chahid, les enseignants s'évertuent avec une pugnacité hors du commun à inculquer le savoir aux élèves et le maintenir en état de veille constant. B. Mohamed et B. Nacerddine, l'un enseignant en arabe et l'autre de langue française, n'hésitent pas à payer de leurs poches quelques ouvrages qu'ils donnent en lecture programmée à leurs élèves, pour leur demander ensuite d'en parler et d'expliquer le contenu en classe, leurs appréciations et interpréter les rôles des différents acteurs de l'oeuvre.

Le Petit Chaperon rouge est interprété avec un enthousiasme sans borne dans une lecture parfaite et une répartition des rôles selon les héros du conte de Charles Perrault à telle enseigne que la fille interprétant le petit chaperon est effectivement habillée de rouge. Ce n'est pourtant qu'une école érigée dans un no man's land que n'épargnent ni les grandes chaleurs ni les rigueurs des grands hivers et encore moins les dernières chutes de pluie (début mai) qui l'ont isolé du reste de la wilaya après la rupture de trois ponts d'accès.

En conclusion de quoi, tous les projets interministériels ne sont finalement que des plans tirés sur la comète qui ne convainquent que leurs promoteurs et permettent de noircir des imprimés pour les statistiques.

 

par A. Lemili

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