Baya: un appel singulier à l'art féminin

Une immense devanture artistique installée sous le thème : Baya, un appel singulier ; englobant un grand nombre d’œuvres inédites de la regrettée et grande artiste peintre embellissent depuis mercredi dernier l’enceinte du Musée national des Beaux-Arts d’Alger.
Des dizaines de peintures et de céramiques dont plus d’une cinquantaine jamais étalée au public auparavant viennent aujourd’hui hisser à nouveau les admirateurs du pinceau de l’artiste au monde magique de ses aquarelles. Baya, de son vrai nom Fatma Haddad, épouse Mahiedine, née le 12 décembre 1931 à Bordj el Kiffan en Algérie, est apparue en tant qu’artiste reconnu dés l’age de seize ans en présentant ses premières œuvres à la galerie Maeght à Paris, juste après la fin de la seconde guerre mondiale, où elle rencontra Braque, Picasso, André Breton qui reconnaîtra en ses débuts « Le début d'un âge d'émancipation et de concorde, en rupture radicale avec le précédent » mais qui jugera aussi que sa mission était aussi « de recharger de sens ces beaux mots nostalgiques:'l'Arabie heureuse' ».

Hommage posthume, organisée à l’occasion d’Alger, Capitale des culture arabes, Dalila Mohamed-Orfali, la directrice du musée a surtout martelée le public et les journalistes présents au cours de la conférence de presse, organisée lundi dernier au cercle Frantz Fanon de Riadh El Fath, en rappelant que cette occasion est aussi un événement car le musée n'a pas abrité d'exposition de Baya depuis 1963. «Baya a bouleversé la vision admise de l’art. Elle a été dès le départ un bouleversement et une révolution » a tenue à souligner la conservatrice du musée. Ses gouaches «d'apparence fragile» se sont imposées par un «art singulier» et «une approche très solide de l'art».

Les collections qui sont en fait la propriété personnelle des membres de sa famille et d’une multitude d’amateurs et de galeries privées algériennes viennent s’ajouter à celles du Musée pour orner pendant quelques jours et ce jusqu’au 22 juin prochain les corridors de l’édifice algérois. Baya connue surtout pour la particularité et la singulière signature de ses œuvres qui se résumait juste aux quatre lettres de son prénom, mais aussi et essentiellement par le trait lucide et magnanime qui éclairait son style, a laissée de son vivant un légendaire héritage à l’art algérien moderne représentant un cosmos de couleurs habité et hanté de sensationnels créatures à jamais assignées à domicile dans la cire, de vases et cruches solennelles, bouquets et fruits nonchalants, mandores et luths indomptables, compotiers et coupes... baignant dans des ornements enchanteurs.

Ce rendez-vous nous offre avant tout un grand hommage et reconnaissance au talent et au génie de la regrettée mais également une originale vitrine aux souvenirs et à la pensée où l’on est, graduellement, expédié à une période où l’art algérien puisait sa force et son élixir du quotidien de la société naissante de l’après-guerre. En effet, telle une rengaine patriotique, les œuvres de Baya étaient bel est bien un hymne à la vie et à l’espoir.

Décédée en 1998 à la suite d’un longue maladie, Baya a légué aux générations futurs d’artistes algériens une formule magique d’harmonie et un sérail exclusivement féminin, tout à la fois reclus et autoritaire qui se manifeste surtout en une svelte femme de couleur bleue transplantée dans un luxuriant jardin de plantes possédantes. Tendant les mains vers le ciel, cette dame semble implorer son créateur, œuvre qu’elle n’a jamais pu achever jusqu’à la fin.

Cette rencontre a permit surtout de discerner l’autre palette de Baya mais aussi celle de son travail sur la céramique, et également celle d’une nostalgie du public algérien à ce genre de manifestation et d’hommages à nos artistes.

par Amari Hamadene