La poésie comme catachrèse de l’identité, par monsif ouadai saleh

Ce qui, dans la poésie, s’annonce comme nouveau ne pétrifie pas l’existence, ne devient pas un principe de sédentarisme amenant la conscience à un état statique de la référence, de l’analogie, de la correspondance analogique, de la mimésis et de l’idéaltypie. Dans le nouveau poétique la vie transcende les racines. L’initial est dépassé par le nouveau qui est conscience éternelle du sublime. La philosophie voit le sublime d’un œil rétrospectif. Elle lui cherche toujours un fondement antérieur dans une sorte de projection nécessaire de l’enracinement et projection systématique de la continuité. Une continuité qui impose la logique de la légitimité. Dans la philosophie le sublime se projette légitimation d’un temps unique, supérieur par son antériorité, supérieur par une sorte d’antériorité ultime. Le sublime est vection antérieure de l’idéal. Le sublime est ce qui fonde un temps ultime de la présence.

Il y a toujours dans le sublime philosophique un artifice de la réfection où la continuité, et peut-être l’éternité, est un anté-temps. A travers cette logique de l’antécédent le nouveau ne peut être qu’un exemple. Toute la conscience est dès lors une figure de la répétition, une métaphysique de la référence où se démythifie le mythe, où l’illusion d’une présence informe est radicalement écartée. Car tout doit prendre forme dans sa cause intrinsèque et sa finalité limitée. Tout doit prendre forme dans sa formalité intrinsèque. Il y a nécessité du continu réel sous forme de cohérence logique entre l’idéal et la réalité. Ici appert d’une évidence extrême la nécessité éthique, l’apriori éthique du discours philosophique : toute la continuité doit être un temps-exemple de la référence. Ce schème éthique inscrit la parole dans la conformité qui adialectise le sens et la conscience selon le continuum idéal du salut et de la paix intérieure. La philosophie fait du discours un messie et de l’éternité une attente éthique de l’exemple. Le point de vue de la poésie est bien sûr totalement autre. La poésie est l’informe du temps, de l’exemple et de la référence. Elle est négation de l’idéalité consistante d’un temps démontré et réduit par l’archétype, postulé par la présence qui se fie au plein droit de la présence, de la continuité. Elle est négation de l’idéalité qui parcourt les veines de l’exemple, de l’imitation, en faisant de l’énoncé un succédané du temps et de la conscience un figement de la parole. L’exemplarité fige la parole et conduit la poésie à l’informe où se perd toute consistance idéelle et idéale du temps. Au lieu de l’exemplarité qui sépare le temps de la conscience au profit de l’Idée qui alourdit la conscience par la référence, la rétrospective et l’antériorité, la poésie cherche la réduction de la constance donnée comme référence pour un temps de l’anticipation, un temps de la complémentarité plénière entre le temps et la conscience. Pour la poésie seule l’anticipation est véritable liberté de la conscience. La poésie cherche une complémentarité de l’exception situant le temps dans l’expérience totale de la conscience. La négation doit être à l’origine de l’anticipation comme la totalité est à l’origine de la négation.

Dans la poésie l’anticipation est au cœur du temps et de la conscience, au cœur de l’éternité comme négation de la présence, comme négation de la continuité. La poésie est une éternité de la rupture dans l’essence de l’anticipation et de la totalité. Il faut dire que pour la poésie l’éternité est toujours liée à une absence, à une inédition de la conscience imaginée comme impossible de la présence, schème déterministe par excellence de la philosophie.



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