Nacéra Tolba, Nedjma, le Lac des Aurès et autres poèmes

     

     

    Le Verre de l'Oubli

     

    Les ghettos, les quartiers marginalisés

    Aux façades taguées, erronées

    D'injures, de croix gammées noircies;

    Les tracas ardus, les soucis

    Froissent l'âme, heurtent l'esprit,

    Consument le corps et rongent la vie.

     

    Les taudis, la routine,

    L'outil et l'usine

    Où règne la rudesse des ans

    Vouant les sans-abri à la rigueur du temps.

     

    L’ignorance, l’illusion,

    Le mal, l’erreur et l’exclusion

    Se mêlent au bruit feutré de l’intégration

    Pour le Revenu Minimum d’Insertion.

     

    Les visages accablés de misère,

    Sombrent dans l’ombre délétère,

    S'approprient le verre de l'oubli

    Dans le bouge "Fol" chasseur de vie

     

     

        ***

     

       

    Le Lac des Aurès

     

    Ici

    Esseulée, sur la rive de la vallée

    Je m'incline, j'obéis au cœur embrasé

    Au gré des distances, des songes et des nuits

    L'éloignement affecte mon esprit, j'écris :

     

    Là-bas

    Un étrange lac habillé de nénuphars,

    Les flots verts inondent le fond de son regard

    D'où s'évaporent l'ivresse et l'or du soir

    Hissant haut la lyre comme un encensoir.

     

    Là-bas

    Alors qu'une goutte glisse et se pose

    Sur la joue vêtue de rouge et de rose,

    Les rêves débordent sur les paupières

    Et l'amour réjouit l'émeraude du désert.

     

    Là-bas

    Le lac s'endort, ferme les pétales de son cœur

    La rosée déchire le silence des fleurs

     

    Ouvre le bal par un prélude d'Orphée

    Grisant l'oasis du lac ensorcelée

     

    Là-bas

    L'amour frétille, s’emporte sur le pavé,

    Voile sa pudeur de feuilles d'olivier,

    Convoite la paisible symphonie des flots

    Prise au piège comme l'île dans l'eau

     

    Ici

    Tard, dans le soir, la muse seule sur son lit,

    Propose à Morphée de veiller la nuit

    Auprès du cœur peiné, privé de liesse

    En attendant le réveil du lac des Aurès.

     

     

        ***

     

     

    NEJMA

     

    Le corps de l’honneur et la honte

    Hurle l’absurde et affronte

    L’oubli, qui s’empare de la Cité

    Et enfonce les tours éreintées

     

    La chair du délice s’alourdit

    Brise les clichés, l’ordre établi

    Lapidée, châtiée, enchaînée,

    Gagée, à la vente destinée.

     

    Mots lourds, moisis et suspects

    Pervers, « sangsus » et déguisés

    Mot pèze rime avec baise

    Puent l’insensé, les us de la foutaise

     

    Nejma

     

    Dégueule, vomit le fiel,

    Et l’écume amère, rebelle

    Égarée, s’accroche à la vie

    Refuse le déclin des « Cités-agonies »

     

    Le mâle l’exhibe, l’assassine,

    L’opprime et la calcine

    Sur le flanc obscur désarticulé

    L’Astre pleure le corps mutilé

     

    L’âm’évoque la réminiscence

    La grâce et la Quintessence

    Surgit, court, plonge à-pic

    Arrache le corps aux sadiques

     

    Nejma

     

    Le corps bohème, ivre se promène

    Extirpe sa peine et sa haine

    Inflige à la Cité sa différence

    A la source de la jouvence

     

    L’étoile froissée ose penser,

    Rêver, défier et danser.

    Se venge, met son corps en poésie

    Sautillent, danse et s’extasie

     

    La Lune glisse sur la colline

    L’enlace, la voil’en mousseline

    Se hissent et s’accrochent au ciel

    La nuit étal’ encore son miel

     

     

    Nejma

     

    La belle romance « alizée »

    Déploie son voile fin irisé

    Frétille sur le fil’Arabesqu’

    Et inspire la valse titanesque

     

    La grâce valse sur l’arc-en-ciel

    Les « corps’et’graphies » sensuelles

    Voltigent, suintent du corps ardent

    Et coulent en rivières de diamant

     

    A ses pieds, le monde ovationne

    S’enivre de l’essence qui résonne

    Suspendue au souffle de la rosée

    Qui retentit sur la rose arrosée

 

_________________________ 

 

Poète et parolière Nacéra Tolba a vécue une partie de sa jeunesse à Constantine. Elle vit actuellement en France où elle a publiée de nombreux poèmes dans plusieurs, revues, anthologies et journaux français et étrangers. Elle a aussi été distinguée et lauréate à plusieurs prix tel que l'Académie de Lutèce, Médaille de Vermeil, Poésiades de Béjaïa, Arcan'Arts Ville de Marseille, Prix Société des Artistes et Poètes Français du Var. 

 


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