Andrea D'Urso

LA CHAMBRE NOIRE

La Cassia - bis traverse une campagne abâtardie peut-être, mais c’est une campagne.
Les Macchiaioli lui auraient rendu un petit hommage, bien que dépaysés par la prolifération des bâtisses de style californien.
Mais c’est quand j’entre en ville que je me rends compte soudainement
que la vie aussi a ses tableaux suspendus, ses galeries privées,
Ses Vermeer et ses Hopper peints dans les réverbérations du printemps, dans les aubes incinérées des ouvriers agricoles et des journaliers, dans le fond d’orgeat qui stagne dans le fond de tous les verres. Que la vie aussi a ses jardins à l’italienne, disséminés entre le béton armé, la lèpre et le savoir-faire.
La vie a tout. Il lui manque seulement une chose : la chambre noire, ce petit mais fondamental engin qui développe les négatifs de nos prémonitions.
Je me demande alors si je dois prendre exemple sur le Monsieur à la barbe, qui passe son temps avec des charades, des rébus et des mots croisés sans schéma.
Il faut cependant une grande force, un fameux courage, pour tuer le temps
Parce que c’est le temps qui du jour où il s’est présenté nous blesse à mort et ensuite nous met en rang sur ses terrasses panoramiques,
comme du linge étendu qui ne sèche jamais .
Il conviendra sans doute de s’habituer au battement continuel des portes, sans qu’il y ait le moindre vent, apprendre à oublier, oublier par cœur, parce que le présent détient plus de nostalgies qu’il n’en montre,
parce que moi et ce long sillage de têtes marchantes qui descend du métro sommes seulement un ensemble de parties qui ne forment pas un tout, mais une autre énième partie.

***

L’HISTOIRE CE N’EST PAS NOUS

Les pyramides, les guerres puniques et Saint pierre avec ses fameuses clés, et voilà tout un va-et-vient de gens et d’armées qui remontent et redescendent l’Italie, guerres de trente ou cent ans, révolutions de toutes saisons, soldats qui tombent, têtes qui tombent, murs qui tombent, arbres qui tombent, un autre sommet sur la globalisation et même les MacDonald ne tiennent plus debout .
L’histoire est de toute évidence plus complexe dans les manuels .
Prenez cette ville sournoise et flasque qui du haut de la grâce divine qu’elle s’est attribuée passe des barbares aux Français, de la plus vieille aristocratie aux fibres optiques, cette ville qui voit les Romains s’amuser avec les chrétiens, les chrétiens avec les sorcières, les sorcières qui doivent plus ou moins à contrecœur passer leur tour pour céder la place aux Japonais et aux pigeons .
Divertissement, tu avais raison, divertissement, ami plus infatigable que l’insomnie, voilà le mot-clé, le mot de passe, le sésame nécessaire depuis des milliers d’années pour accéder au système .

Tu avais raison Toi, l’histoire n’est qu’un grand spectacle, mais peu peuvent se le permettre et beaucoup doivent le permettre .
L’histoire est sans nul doute plus complexe dans les manuels que dans la réalité,
Parce que l’histoire n’existe pas hors des livres .

Et pourtant le balancier continue son mouvement à l’infini, mais l’horloge indique toujours les mêmes heures.
Et je ne me souviens d’aucun de mes rendez-vous,
sinon de celui avec le petit oiseau qui sort un peu quand cela lui plaît
et qui ne fait surtout pas coucou, mais répète toujours la même chose : ne remets pas à demain ce que tu peux faire aujourd’hui,
ne le fais pas du tout, ne le fais jamais.



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