Pierre Charland

 

         

        Matin de New-York

         

        dimanche

        avant la messe

        café branché

        clients austères

        beauté négligée et lente

        sourires flétris

        la voix de Leonard Cohen

        se mêle à l’espresso

        waiting

        for a miracle to come

        quelle espérance

        attise la mémoire usée

        d’une épopée

        dénuée de prières?

         

        la flamme des héros

        vacille

        la post-modernité

        fatiguée

        éteint, un à un

        ses phares

        fragiles

        là-bas

        sous les cendres

        s’agitent

        les cœurs tendres

        et les voix

        troublantes d’émotion

        de nos enfants

        sacrifiés

        à l’autel

        de la désillusion

         

         

Sanctuaire

 

Plus Majid avançait dans le temple obscur, plus son esprit s’apaisait.  Les remous faisaient place à un calme serein.  Le souvenir de son père – décédé l’année précédente – se mêlait désormais paisiblement au rythme de son souffle, comme un ruisseau déversant interminablement ses eaux dans un lac après la pluie.  

Dehors, quelques fleurs sauvages perçaient le tapis d’herbes folles.  

 

Sous un soleil radieux, les merles chantaient.

Lorsqu’il pénétra dans l’alcôve du prieuré, il y trouva une seule bougie qui tentait timidement d’éclairer les grands murs de pierre grise.  Le jeune homme s’assit sur un banc de chêne et ferma les yeux.  Il demeura ainsi recueilli pendant plusieurs jours, blotti contre son Seigneur.   

Ces longues heures de quiétude et d’intériorité le transformaient au plus intime de son être.  Son âme devenait tendre comme de la cire.  Il entendait désormais respirer les pierres, et captait clairement les cris – pourtant lointains – des enfants du village.

 

         

        Beauté

         

        nous ne rions jamais

        car nous redoutons

        le ridicule

        nous enfouissons

        profondément

        les retailles

        de nos enfances

        tristes

        nous sommes pauvres

        nos voix tremblent et irritent

        nos mains maladroites

        ne savent pas aimer

        vulnérables

        et nerveux

        nous avons appris à fuir

        à cacher

        et ne savons plus donner

        mais un matin

        nous nous lèverons

        libres et fiers

        et nous répondrons

        confiants

        au cri de ralliement

        de la beauté

         

         


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