James Sallis, Poésies Diverses (traductions)

     

     

    Artaud

     

    La révolte contre la poésie

    continue toujours.

    Il n'y a plus aucune vraie littérature!

    Et pourtant, la langue se fait encore travailler

    durement, loin de vous, ou à travers vous.

    Ce que vous savez, vous devez absolument

    le méditer, vous insistez, ou plutôt jamais.

     

    Les métaphores vous amènent à faire attention

    à ces souples bottes en caoutchouc Ah la British élégance.

    Vous avez démoli tous les murs!

    enterré toutes les tours!

    Et vous faites à présent une pause et dans vos yeux,

    je discerne distinctement, ce que vous savez:

    Vous êtes, vous-même, le monde

    que vous avez démoli, le seul vrai monde.

     

     

    Les nuits ordinaires

     

    Quelquefois la nuit, la main

    incapable de dormir, se souvient

    de tout ce qu'elle a perdu. Des lunes en croissants

    pendent au-dessus d'elle comme des rognures d'ongles.

    Le vent caresse les flancs de la maison

    de la même manière qu'elle apaise un animal familier.

    Soudain, notre héros est à Paris

    errant le long des boulevards

    avec une belle jolie dame à son bras,

    de grossières tâches de vin sur sa chemise,

    des paroles obscènes sortant de sa bouche.

    Et alors que tout s'en est allé... la main

    maintenant rêve d'une paisible rivière,

    mais comment son cours a-t'il pû dériver jusque là,

    du silence de cette eau, d'un pareil calme d'eau.

    Finallement, quand elle s'est réveillée, elle ne pouvait plus chasser

    cette image d'elle-même

    aussi gigantesque qu'un panneau d'affichage:

    Ah l'atteindre, la saisir.

     

     

    Seul

     

    Cette nuit,

    allongée dehors comme une branche

    au-dessus de ses reflets.

     

    Cette nuit

    oubliant jusqu'à mon nom dans un millier de bouches.

     

    Cette nuit

    des corps: papillons des soirs pendus aux fenêtres,

    couples rasant les murs main dans la main au bas de la rue,

    mes pieds au bout du lit

    comme deux livides pierres tombales.

     

    Cette nuit

    somptueuse en ton absence.

      

      

    Le 6 juin

     

    A 11:01mn, je suis encore entrain d'écouter Brahms,

    à boire du thé, et à attendre

    d'avoir des nouvelles de toi.

    La Victoire de Wellington s'est achevée

    à Midi et une minute près.

     

    Conduire à travers les lumières pâles de la ville

    et des limites,

    je pensais que tu étais à cet instant même endormie,

    le long de la plage blanche de tes rêves

    derrière chez toi,

    comme des lunes difformes

    dans un ciel lointain

    qui bondissent majestueusement au-dessus de toi.

    Oui, je sais, toutes les batailles s'engagent la nuit, se rejoignent la nuit.

    Mais à l'instant, une araignée vient de se parachuter sur mon bureau

    de la lampe

    et charge en travers:

    la première vague de liberté.

     

     

    Sheridan Square

     

    Le vide

    La chambre le ciel la main

     

    et cette voix enfermée qui cogne à la porte

    de cette pièce Je contemple ces gens aux cadrans de leurs fenêtres

    Le bruit de la ville

    est accroché comme de la boue sur leurs chaussures

    Des pigeons gris tournent au-dessus d'eux et s'éparpillent presque aussitôt dans un ciel bleu et vert

    où c'est déjà l'été

    Ah, combien de fois je pense

    cette main hésitante a rebroussé chemin devant cette porte

    - pensées furtives derrière moi -

    tout au bout du couloir

    tournant à peine la poignée et mes tours de langue comme une serrure de sûreté

    ouvrant curieusement tous les appartements à la fois.

    Maintenant, si je suis encore sur pied ici c'est grâce aux sacs éparpillés

    Des taxis sillonnent les boulevards Je siffle à l'un d'eux pour le mettre

    en colère

    (connard... paysan)

    la laisse baissée

    envers tous les mots sacrés car Tout est hors d'écoute ici Tom

    L'eau? heureusement qu'il y'a la pluie

    Et moi, je suis encore là entrain d'éssayer de receler mon inutile courte béquille

    mais Il n'y a plus beaucoup de demandes pour ça

    les femmes et les monts-de-piété m'ont déjà complètement vidés

    ici où c'est déjà l'été

    ici où tout est hors d'écoute

    où j'ai essayé le « I made

    white gestures among solitudes »

    pour imiter la voix des annonceurs des panneaux publicitaires habitués à la lumière des jours communs

    tout juste sortis de sous

    le boisseau des années

    Ah combien resentons-nous le besoin de vouloir les arrêter

    mais ils passent tous en tournant

    la main le soleil l'année la chambre et moi.


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