Artaud
La révolte contre la poésie
continue toujours.
Il n'y a plus aucune vraie littérature!
Et pourtant, la langue se fait encore travailler
durement, loin de vous, ou à travers vous.
Ce que vous savez, vous devez absolument
le méditer, vous insistez, ou plutôt jamais.
Les métaphores vous amènent à faire attention
à ces souples bottes en caoutchouc Ah la British élégance.
Vous avez démoli tous les murs!
enterré toutes les tours!
Et vous faites à présent une pause et dans vos yeux,
je discerne distinctement, ce que vous savez:
Vous êtes, vous-même, le monde
que vous avez démoli, le seul vrai monde.
Les nuits ordinaires
Quelquefois la nuit, la main
incapable de dormir, se souvient
de tout ce qu'elle a perdu. Des lunes en croissants
pendent au-dessus d'elle comme des rognures d'ongles.
Le vent caresse les flancs de la maison
de la même manière qu'elle apaise un animal familier.
Soudain, notre héros est à Paris
errant le long des boulevards
avec une belle jolie dame à son bras,
de grossières tâches de vin sur sa chemise,
des paroles obscènes sortant de sa bouche.
Et alors que tout s'en est allé... la main
maintenant rêve d'une paisible rivière,
mais comment son cours a-t'il pû dériver jusque là,
du silence de cette eau, d'un pareil calme d'eau.
Finallement, quand elle s'est réveillée, elle ne pouvait plus chasser
cette image d'elle-même
aussi gigantesque qu'un panneau d'affichage:
Ah l'atteindre, la saisir.
Seul
Cette nuit,
allongée dehors comme une branche
au-dessus de ses reflets.
Cette nuit
oubliant jusqu'à mon nom dans un millier de bouches.
Cette nuit
des corps: papillons des soirs pendus aux fenêtres,
couples rasant les murs main dans la main au bas de la rue,
mes pieds au bout du lit
comme deux livides pierres tombales.
Cette nuit
somptueuse en ton absence.
Le 6 juin
A 11:01mn, je suis encore entrain d'écouter Brahms,
à boire du thé, et à attendre
d'avoir des nouvelles de toi.
La Victoire de Wellington s'est achevée
à Midi et une minute près.
Conduire à travers les lumières pâles de la ville
et des limites,
je pensais que tu étais à cet instant même endormie,
le long de la plage blanche de tes rêves
derrière chez toi,
comme des lunes difformes
dans un ciel lointain
qui bondissent majestueusement au-dessus de toi.
Oui, je sais, toutes les batailles s'engagent la nuit, se rejoignent la nuit.
Mais à l'instant, une araignée vient de se parachuter sur mon bureau
de la lampe
et charge en travers:
la première vague de liberté.
Sheridan Square
Le vide
La chambre le ciel la main
et cette voix enfermée qui cogne à la porte
de cette pièce Je contemple ces gens aux cadrans de leurs fenêtres
Le bruit de la ville
est accroché comme de la boue sur leurs chaussures
Des pigeons gris tournent au-dessus d'eux et s'éparpillent presque aussitôt dans un ciel bleu et vert
où c'est déjà l'été
Ah, combien de fois je pense
cette main hésitante a rebroussé chemin devant cette porte
- pensées furtives derrière moi -
tout au bout du couloir
tournant à peine la poignée et mes tours de langue comme une serrure de sûreté
ouvrant curieusement tous les appartements à la fois.
Maintenant, si je suis encore sur pied ici c'est grâce aux sacs éparpillés
Des taxis sillonnent les boulevards Je siffle à l'un d'eux pour le mettre
en colère
(connard... paysan)
la laisse baissée
envers tous les mots sacrés car Tout est hors d'écoute ici Tom
L'eau? heureusement qu'il y'a la pluie
Et moi, je suis encore là entrain d'éssayer de receler mon inutile courte béquille
mais Il n'y a plus beaucoup de demandes pour ça
les femmes et les monts-de-piété m'ont déjà complètement vidés
ici où c'est déjà l'été
ici où tout est hors d'écoute
où j'ai essayé le « I made
white gestures among solitudes »
pour imiter la voix des annonceurs des panneaux publicitaires habitués à la lumière des jours communs
tout juste sortis de sous
le boisseau des années
Ah combien resentons-nous le besoin de vouloir les arrêter
mais ils passent tous en tournant
la main le soleil l'année la chambre et moi.