Dialectique du regard dans la nouvelle lybienne, par Emmanuelle de Contet

Parler de la nouvelle brève lybienne c'est s'ouvrir à une facette riche et diversifiée de la littérature arabe mais souvent aussi à un certain esprit des techniques occidentales de l’écriture. On peut très bien y rencontrer des cas où linéarité et explicitation délivre tous les détails d’une narration classique comme y croiser un travail remarquable de l’ellipse et de la brièveté suggestive dont la concentration peut aller jusqu’à une seule ligne sollicitant ainsi un lecteur actif.

De ces nouvelles, on choisira d’évoquer quelques aspects essentiels à travers le thème extrêmement présent du regard. Pourquoi ? D’abord parce qu’il s’agit là d’un sujet qui s’impose par ses réitérations. Ensuite, parce que la question du regard se trouve à la croisée d’un ensemble de points révélateurs de la spécificité même de la nouvelle lybienne et de la « fabrique du sens » dans les textes. Des clins d’œil faits à l’interprétation naissent volontairement en effet de l’interaction du regard avec des points d’ancrage comme l’espace, le temps et la figure féminine.

L'examen de cet aspect aura pour double ambition, d’une part d’introduire le lecteur au monde narratif et particulier d’un ensemble d’écrivains lybiens, et d’autre part de déduire des différentes analyses, une vision du monde et de l’écriture, bref une poétique. Le projet est ambitieux, vous le remarquerez, il sera contrarié par le temps et la documentation,mais il n’en demeure pas moins que cette modeste intervention, à l’image de ce colloque, poursuit d’abord un projet d’ouverture, celui qu’on retrouvera d’ailleurs dans le contenu des nouvelles sous forme de la thématique de l’horizon.

A- L’horizon :
C’est à partir de la poursuite d’un espace indéfiniment ouvert que le regard flatte souvent une perspective illimitée dans la nouvelle lybienne. Une ouverture favorisée d’abord par la nature puisque le mot espace y est souvent synonyme de mer et de désert. Le regard naît de ce point fixe que constitue le corps et tend vers un monde infini qu’il soit référentiel ou imaginaire.

Omar Abulqasim Alkikli accorde une place de choix à ce lieu commun de la perspective où versent différentes focalisations. Son texte « noyade » [1] s’achève poétiquement sur un regard qui plonge dans l’océan. D’un symbolique touchant, cette chute vient aussi signifier la déception d’un voyeur à l’affût de visions sensuelles de la féminité. L’horizon est ainsi réconfort ; grâce à l’homophonie, la confusion des signes est possible entre la mer ( espace) et la mère (femme).

L’image de la femme est également associée à celle de l’horizon et de l’étendue bleue dans une belle nouvelle d’ Ibrahim AlFakih intitulée : « il n’y a point d’eau en mer » [2]. Chez celui-ci par contre, c’est le regard qui s’éloigne qui est poursuivi par la figure de l’horizon. Debout sur un bateau, le focalisateur à l’impression que le monde le suit : « le bateau glissait (… ) laissant l’horizon derrière lui, son long pan empli de lumières et de parfum. Mais l’horizon ne s’éloigne pas. Il est à la même distance du bateau …(il) est toujours à la même distance comme s’il y était attaché par de fins fils sous l’eau et que celle-ci le tirait toujours derrière elle avec son soleil, ses nuages et son pan étincelant ». Peut-être pourrions-nous dire que le privilège du focalisateur ainsi suivi docilement par l’eau, l’horizon et le disque d’or, vient du fait qu’il est bercé par la mer tout en ayant la femme convoitée sur un bateau qui part ! Longtemps dans la littérature en effet, quête de soi et délivrance seront associées au thème du voyage.

Dans « la campagne, la campagne » [3] de Maâmar kaddafi, c’est l’antipode de la ville qui constituera un horizon de salut face à l’anonymat des espaces de consommation farouchement dénigrés.

Le personnage de Khaleefa Alfhakhri, dans « la saison des contes », éprouvera le même étouffement dans une chambre d'hôtel à côté de voisins qui ne peuvent endurer le bruit de sa machine à écrire. Mais à force de déplacements,l’adaptation de l’écrivain se fait d’elle-même : « cet être (…) ne se sentait plus perdu quand il se réveillait, écrira t-il, Il avait compris que le toit est un , que la terre est une et que seul l’homme met les barrières entre chambres, maisons, villes et aussi entre les hommes » [4]. Bref, le narrateur bannira toutes les limites créant ainsi un horizon inconditionné où tout peut changer mais où le repère persistant est l’écriture.
Qu’elle soit référentielle ou symbolique, la ligne circulaire où la terre semble rejoindre le ciel peut être un refuge euphorique ou une chute désolée du regard. Néanmoins, sa présence viendra toujours rajouter une touche nostalgique et poétique de l’illimité dans la nouvelle.

B-Jeux de perspectives:
Le jeu de la perspective n’est pas vide de sens dans la nouvelle lybienne, il met souvent en lumière des sujets esthétiques ou marginaux. A l’instar des peintres impressionnistes, Mohamed Abdessalam Elmaslati exploite les ressources symboliques de la lumière et présente un univers narratif à la croisée du poème et de la narration. «Les faits divers » [5] raconte la souffrance d'un père au chômage ignoré par tous ( absent du regard des autres) puis décrira ensuite sa disparition effective au yeux des siens . « La nuit de la ville est un vêtement noir » et le personnage Abdel -Al est un « faible fils de lumière jaune ».

Chez Elkikli, la fonction de focalisation est associée au thème de l’épieur oisif. A aucun moment le personnage focalisateur de la nouvelle « le sourire qui se jeta à la mère » ne change de perspective pour voir la femme qu’il suit des yeux et que d’autres protagonistes lui cachent par moments.

A l’obstacle qui bouge et qui laisse entrevoir les sujets dans un lieu vaste, s’oppose la petite transparence dans « Le petit rectangle en verre » [6] où le narrateur décrit une boîte aux lettres . La présence du verre permet au regard de voir le contenu du réceptacle et donne lieu à une description euphorique alors que l’absence de transparence génère une frustration : « il n'ya plus de rectangle en verre transparent qui atténue la dureté de son ouverture métallique » est l’expression qui vient clore la nouvelle sur un ton d’amertume.

Un cas similaire se reproduit dans « production locale » [7], nouvelle où tricher avec une certaine transparence devait aider le personnage à rétablir des marge inexistantes sur le verso d’un papier en suivant celle du recto. Seulement voilà, à l'ouverture du paquet de papier, il découvre qu'il n ‘ ya pas du tout de ligne à suivre pour inventer le modèle désiré... l'insinuation est claire ; en l'absence complète de ligne directive, le regard se perd dans la page blanche et tout reste lourdement à inventer.

« Les gens normaux » [8], cependant, met en scène un jeu où le refus de regarder est un moyen de fuir des lieux banalement communs. Le personnage qui n'aime pas le discours de son interlocuteur lui tourne tout simplement le dos.
On retrouvera indéfiniment ce jeu où l’angle de vue, la posture passive, le regard correspondent à un vrai langage. Et c’est un procédé encore plus significatif lorsque « regarder » devient problématique.

C-Regards problématiques :
Version tragique du regard chez Omar Elkikli dans « La fragilité » [9]. La nouvelle raconte la triste histoire d’un malentendu entre le regard de l’enfant et celui de l’adulte. L’enfant qui prend l’arme de l’adulte pour un jouet sera victime du tir policier qui prend son jouet pour une arme.

Tout en reprenant le thème du jeu, la méprise ne sera pas meurtrière chez khalifa Elfakhiri dans « Les goélands » [10], mais fera réfléchir à la non-étanchéité des limites de certaines représentations concernant toujours le thème de l’enfance, cette fois associé à la folie. Dans une salle d’attente commune à plusieurs spécialistes, un vieil homme amuse un enfant. « les personnes présentes fixèrent leurs regards sur le vieil homme au cheveux blancs en souriant joyeusement » , « les personnes présentes accrochèrent l’homme du regard, éprouvant de la gratitude car il amusait l’enfant ». La chute de la nouvelle correspondra à un changement d’ambiance, et donc à une révision du regard lorsque les patients découvrent que le monsieur vient voir un psychiatre.
C’est sans doute pourquoi les enfants des affiches préfèrent s’approprier le monde pendant le sommeil des grands dans « Les enfants de minuit » [11] de Mohamed Abdessalam Almaslati qui nous introduit quant à lui dans un monde féerique, soulignant à sa façon le décalage entre les deux visions:

« l’enfant rieur avec ses deux dents uniques, peint sur la grosse affiche collée au dessus de l’entrée du magazin à vêtement bougea ! il regarda à gauche, à droite, s’assura que le policier et le vieux veilleur de nuit des magasins sombraient dans le sommeil et que personne ne l’observait ; Il quitta le carré en plastique qui l’entourait de tous les sens… ». La littérature sera donc un moyen de partager le monde des enfants comme la peinture l’est dans « La fillette qui réclama la mer » [12]. Dans ce texte, Elmaslati raconte encore une fois le regard de l'enfant confronté à celui de l’adulte (la maman).Une petite fille refuse de suivre sa maman sans emporter la mer avec elle. Seul un peintre pourra la faire changer d’avis en lui offrant un dessin de la mer.

D-Le regard impuissant et les possibles narratifs :
Certaines situations narratives soulignent une impuissance du regard lorsque les protagonistes assistent à des scènes émouvantes où ils ne peuvent intervenir.Même quand la parole est possible, le regard ne peut que se contenter du spectacle comme dans cette nouvelle intense d‘Elkikliqui raconte la colère d’un lion en captivité face à un spectateur indigné mais impuissant. Echec qui se traduira comme pour être sublimé par une écriture ponctuée de références à des possibles narratifs salvateurs:
« Les barreaux pouvaient se briser ».
« Je me souviens avoir lu et entendu qu’il est arrivé dans plusieurs cas, que des lions enfermés avaient pu sortir de la cage et semer la terreur »
« Ne peut-on pas s’attendre à ce que l’un ou l’autre réussisse à sortir !? »
« tu as certainement entendu dire que dans certaines occasions, les lions avaient réussi à sortir de leur cage.

Avec l’impératif d’un « partons » final, le narrateur-personnage qui quitte les lieux se soustrait à l’insoutenable en accomplissant symboliquement le geste à la place de l‘animal en captivité.

Des réflexes analogues seront réitérés dans une nouvelle d’Elkikli où l’absence de la femme rêvée donne lieu à une description imaginée qui finalement dépassera de loin la brièveté du regard, rejoignant tout simplement le fantasme. La remarquable nouvelle « Il n’y a point d’eau en mer » d’Elfakih où le regard brûle d’assumer l’impossible rôle de la parole face à une belle femme de langue étrangère fera également appel à la littérature comme compensation. L’écrit se substituera donc à l’oral, la description à la narration et le monologue au dialogue. La présence du monologue et de la description comme genres textuels se rapporterait volontiers à une causalité de frustration qui aiguille l’imaginaire. Ce dernier est d’autant plus sollicité quand le focalisé est une femme.

E- Regard et femme
Chez Omar Abulqasim Elkikli notamment, le regard adressé au féminin rejoint le thème du voyeurisme mais la focalisation y est davantage obsédée par le détail évocateur que par la nudité. Le thème de la porte vitrée dans « Tempête » [13] , « le baiser destructeur » [14] est secondé par celui de « l’épieur ». « je fus pris par le désir de voir l’envers et le haut de ses jambes » confiera le narrateur dans « Noyade » [15] mais « avant d’arriver à l’angle qui allait me permettre la réalisation de mon désir, la jeune fille se redressa et monta l’escalier avec son garçon en direction de la rue ».
Plus surprenante est la vision de Mohamed Alasfar qui va très loin dans la rétrospection pour poser un regard surprenant sur la maternité. L’auteur fera tout simplement abstraction de la contrainte réaliste de la focalisation et de la temporalité pour se voir venir au monde suite à un amour hors mariage. « Des choses m’attirent vers l’extérieur, écrira t-il dans « infiltration » [16], me poussent de haut, je résiste, je résiste, puis me laisse aller au plaisir des découvertes instinctives. Je cogne la virginité de ma mère… » . On lira dans « Victoire » [17] qui retrace toujours cette venue marquante au monde « L’utérus était chaud et frais malgré les sentiments de culpabilité et de peur de l’avenir (…) les jours passèrent et la mère – dont la maternité méconnue- vécut des moments terribles ;elle avait besoin d’un trait de crayon qui approuve… ».

Mais la représentation de la femme se fait d’abord en termes de puissance dans la nouvelle lybienne. Ainsi de la description d’un couple dans « sous la lumière dans la foule » [18] d’Elkikli. :« L’homme est petit chétif (…) il appartient à cette catégorie d’hommes dont on ignore l’âge et dont le temps n’a pas encore affecté les traits du visage (…)La femme prend l’homme par la taille d’une main ferme. Et l’homme marche légèrement incliné en arrière. Il donne l’impression qu’il tomberait à la renverse, sur le dos si la femme venait soudain à retirer sa main ».

Cet hommage rendu à la femme est encore plus éloquent dans le texte de Qadhafi sur la mort. Le personnage qui se pose des questions sur « le sexe de la mort » après la disparition du père parvient à trouver les termes apaisants d’un deuil honorable : le père aurait été vaincu par la mort au féminin , non au masculin, il lui aurait donc cédé de façon chevaleresque.

Mais la femme peut avoir une version baudelérienne dans la nouvelle lybienne. On a été en effet frappé par une grande présence féline dans ces textes. Le chat qui fait toujours partie d'un foyer sera soit substitut affectif soit un équivalent sensuel de la femme mais ne sera jamais le compagnon privilégié des solitaires .Et c’est en parlant du chat qu’on peut percer quelques autres visions pudiques de la féminité . Le narrateur d’ « un chat sous la pluie » [19] de Bouzid lhlali évoquera ainsi son premier souvenir avec le chat: « j’avais quatre ans quand mon père me conta l’histoire de la construction de notre maison, en caressant la chatte… C’était une chatte calme, (…) et je ne la détestais pas comme je détestais les chattes perdues de la ville“ , les cris de ces dernières lui rappellent précisera t-il, les sanglots effrayants des mamans les nuits d’hivers.
«la chatte aveugle» [20] de Mohamed Ageela el-Ammamai ainsi que « La chatte » [21] de Mehdi al-Adel feront preuve de témérité malgré le handicap pour l’une et les épreuves d’une traversée initiatique de la forêt et du désert pour l’autre. Presque toutes les connotations classique du chat se retrouvent par ailleurs dans « les chats baillants » [22] de Mohamed abdessalam al-Maslati. La nouvelle s'emploie par contre à dénoncer métaphoriquement ces mêmes caractéristiques chez les hommes. Dans une administration, le narrateur n'arrive pas à accéder au service escompté. A la place des hommes, il voit des chats partout. La paresse, la luxure, la sexualité, sont des traits que le narrateur souhaite éliminer en assassinant un homme dans une administration corrompue.

F-Le temps et le regard
Quel regard jette t-on par ailleurs dans ces conditions sur un thème aussi déterminant que la temporalité ?
Dans « sur le trottoir » [23] de Omar Alkikli, on surprend un bout de discussion entre quatre hommes au sujet de l’anticipation :
« l’homme était assis sur sa chaise, le corps imposant, bien à l’aise dans un ample djellaba, sur le trottoir de la rue, en compagnie de trois autres hommes. Il certifiait avec fougue et à voix haute :
-Ce n’est pas possible. Je ne peux pas. Comment puis-je deviner ?

L’un d’eux lui répondit tranquillement en insistant bien sur les mots :
Toi qui a vécu le passé et qui vis le présent, tu dois avoir une idée de l’avenir vu ce que tu as vécu et ce que tu vis.
Il lui répondit avec l’automatisme d’un œil qui se ferme au contact inattendu d’un corps étranger :
-Le passé est triste et mauvais, le présent est merveilleux, mais les gens ne le réalisent pas. Quant à l’avenir, je ne peux pas le deviner. ».
Deux attitudes opposées se lisent dans cette nouvelle. Le regard que porte l’homme à la djellaba ample et qui semble n’avoir aucune prise sur l’avenir et celui porté par son interlocuteur qui insiste sur le rôle de l’expérience,bref de l’histoire dans l’anticipation et donc dans la maîtrise du temps.
Par le biais de la concertation et du dialogue, Ibrahim Elfakih fait accomplir à ses personnages une action exceptionnelle d’anticipation dans « les sauterelles » contrairement au texte de Omar Elkikli. « Les sauterelles » [24] de Ibrahim alfakih raconte en effet l'histoire d'un changement progressif du regard sur les choses face à la menace pressante des sauterelles sur les cultures d'un village. Les villageois mangeront les sauterelles avant que celles-ci n’auraient dévoré les cultures ! On aura d’abord le temps de la discorde à l’annonce de l’idée aberrante pour certains, puis celui d’une alliance épique autour des sauterelles cernées pendant leur sommeil et capturées dans des sacs à provisions avant le petit matin.

La nouvelle «en mer, il n’y a point d’eau» d’Elfakih est plus soucieuse de rétrospection , elle se veut une fabrique de la mémoire face à la frustration de la brève rencontre. La nouvelle s’emploie à capter le moindre détail commun au regard de l’homme et de la femme pour créer une mémoire partagée: « lorsqu’ils échangeaient les regards, il sentit qu’ils avaient une grande part de souvenirs en commun à propos de leur bateau universel et de leur disque doré absorbé par l’horizon ».« Almessaharati dohran » [25] de Qhaddafi est un texte qui baigne quant à lui dans la subversion temporelle des lieux communs, la chute de l'écrit finit par l'assemblage provocateur de deux contraires, le jour et la nuit.

Conclusion
L’on aura essayé dans cette modeste intervention de mettre le doigt sur des caractéristiques de la nouvelle lybienne. Une chose est sûre, un vent de liberté souffle sur la conception de celle-ci en tant que genre. Le conte peut se réduire à une ligne, il peut verser dans la poésie comme il fait penser parfois à l’ébauche d’un roman. Il est à la fois armé d’une connaissance approfondie des nouvelles formes de la fiction et des nouvelles théories qui la fondent .
Differents actes de langages sont sous-jacents à la nouvelle lybienne. Les nouvelles d’Elmaslati accomplissent un acte lyrique qui fait l’éloge de la forme et de la musicalité, un acte poétique parce qu’il génère comme d’autres nouvelles des émotions indéfinissables. On peut rencontrer du comique chez Khaleefa al- Fhakhri comme dans la nouvelle du vélo, du dramatique chez mohamed Alasfar lorsqu’il évoque la maternité ou encore chez Alkikli comme dans « la fragilité ».

Cependant, l’on peut constater que certains textes sont affectés par des actes de langage dont la visée peut parfois excéder la dominante narrative pour introduire des catégories textuelles comme l’argumentation, ou des actes de langage comme l’insulte dans « seins de vipère » de Abdelati al- magrhibi par exemple. De tels choix qui sont souvent le produit d’un style emporté, rapprochent parfois l’écriture de l’oral et celle-ci verse dans la parole. Elle est spontanée, moins travaillée au niveau de l’anaphore et pose parfois même et avec insistance la question des limites du genre où elle s’inscrit.
Enfin, on peut dire que la nouvelle lybienne ne lésine pas sur les moyens, à la recherche de sa propre identité. Le thème du regard nous a mis sur certains lieux de cette quête : l’espace pose la question en termes d’ouverture et de fermeture, celui du temps en termes de rétrospection (mémoire) et d’anticipation, celui de la femme en termes de maternité ou de féminité, de corps et de fantasmes et celui de l’écriture est à la fois compensation mais révolte sur le lieu commun.

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Bibliographie:

Alaâribi,Abdelrrasoul,« la marche dans le noir »,
Alasfar, Mohamed, « infiltration »,
Alfakih, Ibrahim, « il n’y a point d’eau en mer »)
Akila Alamami, Mohamed, « la chatte aveugle »,
Alkikli, Omar Abulqacim, le baiser qui se jeta à la mer, traduit de l’arabe par Michel Quitout et Edgard Weber, Amam, Cemaa, Toulouse 2005.
Alâdl, Mehdi, « La chatte »,
Albouri, Wahbi, « Aziza »
Alfakhri, khalifa, « la saison des contes »,
Alfakhri, khalifa, « les goélands »
Alfakhri, Almaslati,Mohamed, « Les chats bayant »
Almaslati,Mohamed, « détails d’un jour ordinaire »
Almaslati,Mohamed, « Les fenêtres »
Almaslati,Mohamed, « les enfants de minuit »
Almaslati,Mohamed, « la fillette qui réclama la mère »
Almaslati,Mohamed, « les événements »
Alfaqih, Ibrahim, « Les sauterelles »
Alfaqih, Ibrahim, « il n’ y a point d’eau en mer »
Almaghribi, Abdelati, « Sein de vipères »
Bouzid Lehlali, « un chat sous la pluie »
Khadafi, Maâmar, « la mort »
Khadafi, Maâmar, « almessaharati dohrane »
Khadafi, Maâmar, « la campagne…la campagne »
Ranime, Mohamed, « Ahmed Ibrahim Alfakih reflète l’image de l’autre dans les moiroirs de Venise »



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