Tim Gautreaux : écrivain du multiculturalisme ou du clan?

 

par Gilles Commault

 

            Bien que non traduit en français, Tim Gautreaux est un auteur américain respecté. Il a en effet reçu en 1999 le  Southeastern Book Sellers Association Award pour son premier roman publié, tandis que le second lui permettait de devenir titulaire, en 2003, du  Mid-South Independent Booksellers Association Award. En 2006, l''Université de Longwood lui a décerné le 25e John Dos Passos Prize for Literature. Quant à ses nouvelles, elle paraissent dans des revues aussi prestigieuses que Harper''s, The Atlantic Monthly, GQ ou Zoetrope, tandis que certaines  sont collectées dans des recueils annuels tels que O. Henry ou encore  Best American Short-Story.  L''incapacité de l''édition française à accueillir un tel auteur se comprend bien mieux dès lors que l''on sait qu''il est « labellisé » auteur régional. Sudiste, il supporte mal la comparaison avec Faulkner, Percy ou Morrison à qui nous accordons sans difficulté une capacité à faire accéder leurs lecteurs à l''universel. Tim Gautreaux n''est quant à lui crédité que de l''aptitude à rendre compte du sud-est de la Louisiane et de la classe moyenne blanche, entre col bleu et col blanc qui y réside. Rien a priori qui aille dans le sens du dialogue entre les cultures puisque l''auteur semble concevoir la fiction comme une sorte de miroir pour la communauté à laquelle il appartient. Mais la particularité de Tim Gautreaux est qu''il n''est pas vraiment un White Anglo-Saxon Protestant : il descend en effet d''une famille française[1] et ne fait pas mystère de son appartenance à la lignée des auteurs sudistes catholiques représentée par Flannery O''Connor et Walker Percy. S''il est auteur régionaliste, Tim Gautreaux ne l''est peut-être donc pas en tant que sudiste que comme le prosateur américain d''origine française qui ne dédaigne pas de faire apparaître des personnages cajuns dans ses romans. En effet, The Next Step In The Dance[2], son premier roman paru, chez Picador en 1998 narre les difficultés tant matrimoniales que pécuniaires du couple formé par Paul et Colette Thibodeaux, eux-mêmes issus de parents solidement ancrés dans la communauté cajun de Tiger Island en Louisiane. Dès lors, The Next Step In The Dance ne se propose plus comme une vision purement spéculaire, mais aussi comme celle des liens qui unissent une communauté minoritaire au grand ensemble américain. Il nous semble particulièrement intéressant que se voit proposée ici la représentation d''un groupe qui partage avec les anglo-saxons la double « légitimité » de l''ancienneté de l''installation américaine et de l''héritage colonisateur. A ce titre, une œuvre telle que celle de Tim Gautreaux ouvre des perspectives particulièrement intéressantes dans le domaine des études post-coloniales et ce nous voulons tenter de démontrer ici est que The Next Step In The Dance dans sa façon d''utiliser les langues représente une communauté francophone nécessairement ouverte au dialogue avec l''ensemble américain, mais que ce dialogue n''est pas exempt de fermetures dont certaines assurent la survie des Cajuns en tant que tels et dont d''autres sont plus de l''ordre d''un clanisme issu d''une société traditionnelle.

 

            Nous résumerons très rapidement l''argument du roman de la façon suivante : Colette Thibodeaux, une jeune femme cajun, décide de quitter son mari, Paul. Ce dernier l''a déçue du fait de son manque d''ambition sociale et  de la passion qu''il développe pour les moteurs, l''accordéon et la danse aux dépens de sa vie matrimoniale. Cette demande de divorce est aussi l''occasion de quitter la bourgade de Tiger Island au profit d''un rêve californien. Paul, mari quitté, suit cependant son épouse dans une Californie qui se révèle rapidement cauchemardesque. Un rapprochement momentané de ceux qui sont encore époux fait que Colette tombe enceinte. Revenus à Tiger Island, mais toujours séparés, les Thibodeaux échafaudent des stratégies qui puissent leur permettre d''élever dignement leur enfant alors qu''une crise économique sans précédent sévit en Louisiane : chasse aux rongeurs, concours de tir à la carabine et pêche à la crevette. Paul, qui a abandonné ses passions antérieures, se voit momentanément diminué par un attentat ourdi par Bucky Tyler, entrepreneur texan désireux d''épouser une Colette qui n''hésite cependant pas à faire condamner celui qui s''en est pris à Paul. Lors d''une sortie en mer, le bateau qu''ils ont acheté se perd dans un ouragan. Les membres d''équipage sont retrouvés petit à petit. Les derniers à être sauvés sont Paul et son ami Etienne, miraculeusement retrouvés par le très vieux grand-père Thibodeaux, Abadie. Le roman s''achève sur le bonheur du couple réuni, Paul étant devenu gérant d''un atelier de mécanique.

 

1      Les Cajuns de  The Next Step In The Dance : un exemple de dialogue des cultures.

 

            Les personnages dont il est question dans le roman sont clairement identifiés comme  des Cajuns, c''est-à-dire comme les descendants de Français déportés d''Acadie par les troupes anglaises au XVIII e siècle et parvenus en Louisiane. Ils peuvent aussi avoir pour ascendants des non-francophones acculturés par les précédents. Le terme peut enfin être synonyme de « francophone » dans la Louisiane contemporaine. Dans tous les cas, les Cajuns ne peuvent être assimilés à l''Amérique des colons anglo-saxons dans la mesure où ils sont réputés issus de catholiques ruraux et francophones. Une nécessité nationale fait cependant que les Cajuns dialoguent, au sens large, nécessairement avec les autres communautés américaines. Ce que nous cherchons à observer est le chemin qu''il prend et les représentations qui en sont données dans le roman de Tim Gautreaux.

Le partage, l''imbrication des langues  pratiqués par l''auteur nous semblent être l''instrument principal de ce nécessaire dialogue des cultures. Descendant de francophones, Tim Gautreaux ne publie que des œuvres rédigées en anglais. Ses personnages s''expriment aussi dans cette langue de façon ultra-majoritaire et, autant qu''une soumission à l''american way of life, cette attitude reflète un véritable métissage des langues. En effet, même si le texte de Gautreaux ne va jamais jusqu''aux frontières de l''illisibilité, on peut néanmoins affirmer que le français s''insinue dans le texte anglais à de nombreux niveaux. Ceci se comprend d''au mieux que Tiger Island ne semble habité que par deux Américains qui ne soient pas des Cajuns : Bucky Tyler, un Texan très tôt identifié comme dangereux et Gatlin, un « redneck ».

Pour autant, le français ne travaille l''anglais que de façon indécise : les Cajuns ne s''expriment pas en français, mais dans l''américain dialectal du Sud. Cette incapacité est d''ailleurs explicitée dans The Next Step In The Dance. Ainsi, lorsque Paul, afin de reconquérir le cœur de son épouse, lui dit quelques mots en français, Colette réplique instantanément :    « You can''t speak french worth a damn. You stole that line from an old song » [3].  La même Colette prononce bien elle-même une phrase en français  : « Alors, Monsieur Abadie, tu veux un peu de café ? ». Mais le narrateur  note immédiatement l''aspect artificiel de la phrase : « Colette did not speak much French. It was a politeness to the old man »[4].  Le français n''est donc pas langue d''usage dans le roman de Gautreaux, ce qui ne l''empêche pas de parcourir l''ensemble de The Next Step In The Dance et il importe de faire l''inventaire des ressources utilisées par le texte pour insérer une langue dans l''autre.

 

 

1.1Le français dans l''américain : le mot

 

             En effet, le français parcourt le roman au niveau du mot, même lorsqu''il n''est pas annoncé comme tel : les personnages portent ainsi des patronymes (Thibodeaux, Jeansomme, LeBlanc, Saint-Pierre) et des prénoms francophones (Colette, Paul, Etienne, Georgette, Abadie) et facilement identifiables comme tels. Il en va de même pour la toponymie qui fait apparaître un « Grand Crapaud » (p. 112) tandis qu''un « Cambray » est malicieusement traversé dans le Nouveau-Mexique (p. 74).

 Le travail de la langue se lit encore dans l''emploi de noms communs d''origine française que font tant les personnages que le narrateur. Il convient ici de faire la différence entre les mots devenus si anglais que leur origine francophone n''est plus sensible qu''aux lecteurs qui connaissent le français et ceux qui ont conservé leur part d''hétérogénéité. Dans la première catégorie, nous compterons les , « lard »[5], « franchise »[6], « prairie »[7], « plateaux »[8], « alibi », « cologne »[9], « levee »[10], « cliché » et « lamé »[11]. Certains noms français devenus inusités dans les pays francophones se trouvent ici comme une sorte de conservatoire de pratiques disparues ailleurs. Ainsi les « pompadours » (p.  33) qui désignent les bananes capillaires des jeunes gens de Tiger Island et le jeu de carte de la « bourrée ».  Dans ce contexte d''une œuvre où le français est manifeste dans le texte anglais, l''expression de Colette : « You''re not scared of making a faux pas ? »[12]  relève certes de l''emploi d''une formule courante en anglais, mais aussi d''une manifestation supplémentaire de la langue originelle des Cadjins.

 

            Un certain nombre d''autres termes ont conservé leur hétérogénéité pour des locuteurs américains : il s''agit des mots français que le narrateur transcrit avec des italiques  et dont on ne sait pas s''il s''agit pour ce dernier de signaler au lecteur qu''il emploie des termes qui ne sont pas reçus dans l''américain courant ou pour les personnages de mettre l''accent sur un mot qui souligne leur identité communautaire. Il est en effet significatif que ce soient alors les personnages qui emploient les mots français qui distinguent les locuteurs cadjins du reste de la population américaine et non le narrateur, comme si ce dernier ne s''investissait pas auprès de ses personnages au point d''adopter leur dialecte ou comme s''il tenait à conserver l''anglais qu''il partage avec la plus grande partie de son lectorat. Le seul terme ressenti comme francophone qu''utilise le narrateur est celui qui désigne le personnage qui porte au mieux les valeurs du roman, à savoir Abadie Thibodeaux qu''il désigne par l''appellation de « grand-père » à de nombreuses reprises aux pages 9, 10, 41 et 42, à deux reprises aux pages 49, 52, 66, 70, 116 et 117, avec trois occurrences aux pages 193, 224, 270, 337, 339 et 340. Il est alors notable que le narrateur emploie ce terme familial beaucoup plus souvent que les personnages (p. 42, 115, 185, 192, 214 et 196) comme s''il était au cœur de ses préoccupations, au point d''ailleurs que cette appellation apparaît sans italiques à la page 42, devenue alors partie intégrante de la langue américaine telle qu''il la conçoit.

 

            Par contre, les autres occurrences de mots français insérés dans des phrases anglaises sont le fait des personnages cajuns de The Next Step In The Dance. Relevons : « nan » (p.2) pour « non », et « Pain perdu » (p. 10).  « If you want a good morceau de chou »[13] , et « Mais oui (...) they got some jeunes filles for forty dollars »[14] sont adressés de façon provocante au Texan Bucky Tyler qui vient de les appeler de l''injurieux « coon-ass » (p. 57). L''emploi du français est alors annoncé par un malicieux «  Me, I don''t speak English so good, monsieur »[15] et sera suivi d''une farce scatologique et d''une brutale altercation. Dans cet épisode, le français sert de ciment identitaire entre Paul le Cajun des classes moyennes et Ray-Ray, le noir défavorisé tout juste sorti du pénitencier d''Angola. Cette catégorie comprend également « Non, but I got... »[16] , « a bal de maison with couples dancing in the yard »[17] , « That priest is a couillon » [18], « , the old diversion canal »[19] , « Mais non. I''m going... »[20] , «  Mais. That thing''s a mile long »[21].  Cette inclusion du français dans la syntaxe anglaise prend une allure curieuse pour le lecteur francophone lisant l''anglais lorsque cette dernière langue devient plus limpide dans le texte que sa propre langue maternelle. Il arrive en effet qu''Abadie use d''un français dialectal peu accessible aux Français. Cette déclaration bilingue du personnage : « Here''s a early ouisseau » n''est compréhensible qu''avec l''aide du contexte, en langue anglaise,  qui permet de conclure que « ouisseau » est l''équivalent de « ruisseau » (p.49).

 

            Un certain nombre de termes et expressions témoignent également de l''activité de traduction des mêmes personnages qui cherchent des équivalents français à des mots anglais. Pour Abadie et Victor Larousse, les « rednecks » sont ainsi des « cous rouges » (p.16 et p. 233). L''hypocoristique  anglais « Baby » devient « Bébé » pour le même Victor (p. 223), son frère (p. 304) et l''un des compétiteurs du concours de tir (p. 241) auquel Colette s''est inscrite. Quant à la tante Nellie et Mme Fontenot, elles donnent un équivalent français du terme d''affection « Dear » : « Colette, I got to to talk to you,  chère » [22] , « Aw, chère, it''s so sad »[23]. En ce sens, le français parlé par les Cajuns de The Next Step In The Dance rend bien compte du français acadien, sans cesse travaillé par l''anglais. Nous pourrions ajouter qu''ici le phénomène prend une dimension inverse et que c''est le texte anglais qui reçoit l''influence de ces mots français dont l''hétérogénéité est à la fois soulignée par la police du texte en même temps qu''elle se trouve incluse dans les dialogues du roman.

 

            Le français, en tant qu''expression en-deçà de la phrase, parvient au stade de l''écrit sous la forme du nom d''un des bateaux de secours lors du naufrage : « Dernière Chance » (p. 311).  Cet ultime attachement à une langue que les personnages ne parviennent, ne souhaitent plus parler, est d''autant plus intéressant que le nom de l''embarcation est signifiant : le bateau constitue effectivement une des dernières occasions de retrouver vivant l''équipage du bateau naufragé. Que ni le narrateur ni aucun personnage ne vienne le commenter apparaît alors comme une volonté de l''auteur, celle que l''interprétation du nom soit réservée aux seuls lecteurs francophones, ou mieux encore à ceux qui savent naviguer entre les langues.

 

1.1Le français au-delà du mot.

 

            Le français est également employé lors de phrases entières qui ne sont pas de l''ordre de l''appris, mais de l''invention consciemment travaillée ou de la conversation spontanée. Dans la première catégorie entrent les traductions effectuées de l''anglais vers le français. Il s''agit notamment de la traduction-interprétation que fait le chanteur local Nelson Orville du succès de Jim Croce, « Bring Back That Leroy Brown » qui devient alors « Mauvais, mauvais Leroy Brown, le plus mauvais boog dans toute la ville, plus mauvais que vieux King Kong... »(p. 18). Ici, Nelson Orville fait œuvre de création francophone dans la mesure où l''allusion à King Kong vient se substituer à un passage anglais qui évoque la profondeur de l''océan. Dans le même ordre d''idée, Mme Fontenot regarde à la télévision un épisode de la série télévisée Gunsmoke, doublé en français pour la population locale et Colette, entrant chez elle, peut entendre le héros de la série dire  : « Lâche ton fusil, toi » (p. 301). Ce passage, le seul du roman à évoquer le héros américain par excellence – le cow-boy-, voit ce dernier s''exprimer en français, retournement ironique de la situation historique qui a vu l''anglais dominer le français comme langue d''usage en Amérique du Nord.

 

        D''autres passages voit des personnages parler spontanément en français par  phrases entières. Il s''agit tout d''abord d''Abadie qui aborde ainsi son petit-fils : « Hey, boy. Comment ça va ? » (p. 10). Il utilise la même expression ( p. 337) lorsque, à bord de la barque sur laquelle il est allé chercher les naufragés, il rejoint le navire de LeBlanc où il est attendu avec impatience et incrédulité. Mais si le personnage sait  parfaitement parler en français, il n''a guère l''occasion de l''employer qu''avec les poules qu''il élève :  « « Mangez-les, alors. Ça me coûte vingt-cinq sous. » (p.185) ou « Ah, tu veux manger mon doigt »  (p. 270). Ainsi se voit soulignée l''absence du français dans les échanges entre Cajuns. Qu''Abadie soit le locuteur essentiel du français est la marque de l''affaiblissement de cette langue en Louisiane où elle n''a pas réussi à passer les générations et qu''Abadie l''utilise pour parler à des poulets est le signe à la fois de la solitude du vieil homme et du manque d''interlocuteurs francophones au sein même de l''Acadiana.

 

        Le français intervient cependant comme langue d''usage chez d''autres personnages qui l''utilisent alors à des instants privilégiés, comme Étienne le Géant qui, lors d''une bagarre, frappe et piétine un Texan en lui déclarant : « Mange la merde et meurs, Texas » (p. 26). Il s''agit alors de ponctuer la victoire sur le voisin par un emploi de la langue identitaire qu''Étienne n''utilise pas par ailleurs. Cet emploi de termes français violents et grossiers offre d''ailleurs un contraste avec l''occurrence précédente du français, à savoir une chanson plaintive qu''interprète Nelson Orville et dont le refrain est retenu par le narrateur : « Mon cœur fit mal » et « Mon cœur est tout cassé. » (p. 25). Le roman s''offre donc ici le « luxe » d''un jeu accessible aux seuls francophones.

De façon significative, le seul véritable échange réalisé en français l''est par les deux héros de The Next Step In The Dance lors de leur séjour californien. Paul et Colette évoquent alors la Louisiane qu''ils ont quittée lors d''une soirée où ils se retrouvent dans les deux sens du terme. Ils évoquent leur État d''origine en faisant la part de ce qui leur manque et de ce qu''ils ont laissé derrière eux sans regrets :

« How about the red bugs ?[24] » she asked.

    « Pas du tout. »Et les écrevisses ? »

     He sighed. « Tout le temps. »«  Et Nelson Orville et son accordion ? »« Un ''tit peu. Et toi ? »« 

    A little. But... » (p. 112).

Ici, le français dépasse exceptionnellement les limites de la phrase, lorsque le territoire manque aux personnages et que la langue retrouve une fonction identitaire, dont les Cajuns de Gautreaux n''ont manifestement nul besoin lorsqu''ils résident en Louisiane.

Dans ce dialogue, le français est fortement conjugué avec  la nostalgie de l''Acadiana et la perte du territoire aboutit à la redécouverte de la langue, marque identitaire ultime et ce pendant perdue lors des échanges menés en Louisiane. Il est d''ailleurs frappant de rapporter ce passage à celui, antérieur dans le texte, où Colette accusait Paul de ne pas savoir s''exprimer en français. Que les héros se substituent aux personnages secondaires pour porter le français est une marque de l''importance sentimentale accordée à ce dernier.

 

            1.3. Le français invisible.

 

            Ce que nous voulons signifier avec cette expression de « français invisible » est que cette langue vient s''inviter dans un certain nombre de dialogues menés dans le seul anglais. Il est alors accent qui se fait jour à travers l''anglophonie, et  lorsque le shérif dévoile son identité à Colette en lui annonçant : « No, baby. This is Lester St. Pierre »[25], il a en fait été « trahi » par le timbre de sa voix, « a male voice with a Cajun accent she recognized »[26].  Cet accent est celui qui rend parfois hasardeuse la prononciation du « th » anglais et le « that » peut ainsi être transcrit par un « dat » dans la bouche de Russell LaBat (p.5).

            Le narrateur évoque également parfois des mélanges linguistiques sans les citer explicitement. C''est le cas lors du concours de tir chez Toot''s  où l''atmosphère bruit des deux langues intriquées puisque l''on y entend « a babble of bas English and worse French »[27]. Le narrateur, de ce fait, se rapproche et s''éloigne tout en même temps des personnages qu''il anime puisque cette « lingua franca » qui est la leur est aussi partiellement sa démarche -sa propre parole de narrateur incluant, nous l''avons dit, grand-père dans le texte anglais-, à ces deux différences près qu''il pratique quant à lui un américain standard et que l''usage des italiques montre qu''il conserve la conscience des différences linguistiques. Le narrateur se situe donc dans la même position que la famille Thibodeaux et ses affiliés face aux Cadjins défavorisés de la paroisse.

            Cette présence conséquente du français n''a que peu de répercussions dur la lecture de ce roman anglophone. Un bon nombre des mots employés le sont également en anglais et ne reçoivent une « charge » de français supplémentaire que dans la mesure où le roman met en scène des personnages censés avoir le français en partage. Quant aux phrases composées dans cette langue, elles sont soit aisément interprétables, soit reconnues comme de peu d''importance pour la saisie de l''intrigue. Le lecteur n''a ainsi aucune difficulté à interpréter le dialogue que Paul et Colette ont en français à la page 112 puisque la page précédente est une modulation, en anglais, sur le thème de la nostalgie différemment ressentie par les deux personnages. De plus,  le passage est introduit en anglais par une question ironique de Colette portant sur une hypothétique nostalgie que Paul ressentirait à l''évocation de mouches locales,les bogues rouges et la réponse, en français, indique suffisamment que le dialogue francophone se situe dans l''exacte continuité de ce qui a précédé. De la même façon, l''échange d''Abadie avec les poulets est clairement marqué comme non significatif dans son contenu dans le cadre d''un roman réaliste. L''important est alors que le lecteur anglophone se trouve face à un bloc éventuellement non compréhensible, mais dont la présence, plus que le contenu, est chargée de sens : manifester des personnages partiellement francophones sur le territoire de la Louisiane est ce qui compte.

 

            2. Les résistances au dialogue : le clanisme.

 

            Mais si le mariage de l''anglais et du français laisse penser à un dialogue des cultures qui serait vraiment de l''ordre du melting-pot traditionnellement attaché aux États-Unis, d''autres aspects de The Next Step in The Dance indiquent de façon concurrente que l''auteur valorise une vision communautarienne[28] qui vise à mettre en avant sa minorité plutôt qu''un partage avec les autres.

            Il conviendrait tout d''abord de noter que le dialogue des langues n''est pas mené à son extrême dans le roman. Dans Emily L, par exemple, Marguerite Duras le pratique tout autant. Et que dire du Peter Ibbetson de George du Maurier ou de La Montagne magique de Thomas Mann où des blocs compacts de français vienne rompre la continuité textuelle ? Tim Gautreaux reste bien en-deçà de ces réalisations, fidèle à une certaine tradition romanesque américaine qui privilégie la lisibilité immédiate de l''oeuvre. Mais cette remarque tendrait à laisser penser que le romancier louisianais n''inscrit la référence francophone que relativement à la norme anglophone de sa nation, alors que notre propos, bien au contraire, est de montrer qu''il privilégie le monde cajun par rapport à l''ensemble américain.

 

            Non que les  États-Unis soient rejetés comme des oppresseurs. Les personnages de Gautreaux s''inscrivent nettement dans la perspective volontariste d''une économie libérale fondée sur les projets des individus ainsi que dans l''histoire de leur pays. Ainsi, l''emblématique Abadie désigne-t-il la Mercedes dont Colette a fait l''acquisition par un dédaigneux « one of those Adolf Hitler cars » (p. 117) qui montre suffisamment sa solidarité avec la façon dont sa nation s''est comportée pendant la seconde guerre mondiale.

            Par contre, la communauté des Cajuns telle que Gautreaux la met en récit se révèle d''une part non soluble dans la communauté américaine et d''autre part supérieure aux autres d''un point de vue axiologique.

 

            Les Cajuns de Gautreaux sont ainsi rétifs à une intégration à la nation américaine[29] du fait de leur quasi-totale incapacité à vivre en dehors de la zone de l''Acadiana, cette partie de la Louisiane sur laquelle leurs ancêtres ont imprimé leur marque. Le père de Paul, interrogé par son fils, raconte l''étrangeté à laquelle il a été confrontée lors d''un voyage en Alabama. Certes, il allait y rencontrer un oncle cajun qui était parvenu à s''établir en dehors de la Louisiane, mais le père conclut à la difficulté qu''il aurait éprouvée à vivre l''expérience du déracinement. D''ailleurs, selon lui, les quelques personnes capables d''y parvenir sont comparables à des oiseaux (p. 64), ce qui revient à leur dénier une certaine part d''humanité. Paul et Colette se révéleront eux-aussi inaptes à la migration, pourtant follement souhaitée par la première. La Californie n''est qu''une brève expérience du vide, des apparences et des relations humaines basées sur le pouvoir et non la solidarité expérimentée à Tiger Island.

 

            La « supériorité » de la communauté cajun se révèle quant à elle sur deux plans. Est esquissée tout d''abord la notion selon laquelle sa valeur axiologique est plus grande que celle des autres. Mais il apparaît surtout que la communauté cajun est celle qui offre les meilleures conditions de vie et de sécurité aux individus qui en sont originaires.

            La supériorité axiologique apparaît quant à elle en creux. Non en effet que ses individus soient des modèles de vertu, mais les adversaires du couple Thibodeaux et ceux qui incarnent les aspects négatifs du récit ne sont jamais des Cajuns. Lors d''un concours de tir au fusil auquel Colette s''est inscrite, l''adversaire principal n''est pas le vieux et sympathique « Gris-Gris », cajun bien entendu, mais un jeune et froid soldat issu du corps des des marines qui ne possède aucun lien avec Tiger Island. Bien plus, Bucky Tyler, originaire du Texas, est l''homme qui tente de séduire Colette et d''assassiner Paul. Le Californien Dirk est le chef de service qui tente d''obtenir les faveurs sexuelles de Colette en échange d''une promotion professionnelle. Par contraste, aucun Cajun ne commet d''actes aussi répréhensibles que ceux que peuvent exercer certains personnages extérieures à la communauté, ce qui contribue à leur valorisation axiologique.

Mais bien plus qu''une supériorité absolue, notion aussi négative que datée, la communauté des Cajuns peut se targuer d''être la seule qui convienne aux individus cajuns, ce par quoi Gautreaux rejoint les préoccupations communautariennes qui fleurissent depuis quelques décennies déjà outre-Atlantique.

 

            En effet, deux éléments importants viennent apporter un happy end au roman. Le premier est que Paul devient un bon mari tandis que Colette s''aperçoit que la seule réussite sociale ne peut lui assurer le bonheur et que l''amour marital ainsi que les solidarités de Tiger Island lui sont indispensables. La transformation que connaît Paul pourrait nous amener à modérer notre propos dans la mesure où elle l''amène à se débarrasser de sa propension à négliger son épouse au profit de l''accordéon et des danses cajuns. Mais il ne s''agit là que de perdre des oripeaux « folkloriques » sans se priver des solidarités familiales et claniques qui sont à l''oeuvre tout au long du roman.

Le second élément qui permet de parvenir à la conclusion de l''intrigue est le sauvetage de Paul, dont le bateau de pêche, lors d''un ouragan, s''est perdu avec son équipage dans le Golfe du Mexique. Les opérations de recherche menées par les garde-côtes se révèlent vaines. Des amis du couple Thibodeaux, les frères Larousse, proposent alors à Colette que les Cajuns fouillent eux-mêmes les parages où le navire a pu se perdre. En ce qui concerne les recherches menées par les autorités, le jugement des deux frères est implacables : « The Coast Guard is a bunch a nearsighted weenies from the city »[30] (p. 297) dit Vincent, tandis que Victor assène : « They from New Orleans. If the streetcars would stop running, they couldn''t find downtown »[31]. De son côté, Emile Benoit, père d''un des membres de l''équipage, affirme : « We gonna find those boys, or it ain''t nobody gonna find them at all »[32] (p. 303). Se voit donc affirmée par les personnages la supériorité de la communauté à assurer la tâche majeure de la survie de ses membre, activité à laquelle les autorités impersonnelles de l''État sont déclarées totalement inaptes. Ce jugement des personnages est confirmé par l''intrigue puisque les Larousse sauvent successivement un oncle puis le père de Paul. Quant à ce dernier, il est sauvé de façon miraculeuse par Abadie, le vieillard hors d''âge qui dirige directement son petit bateau vers le marécage où son petit-fils a échoué. Il ne s''agissait donc pas d''une forfanterie des Cajuns : dans l''univers de Tim Gautreaux, ils ont la capacité de se sauver entre eux quand tout espoir raisonnable a été perdu. Le salut ne peut venir que de la communauté dont on est issu, ainsi que l''indiquait de façon prémonitoire le geste de Gilbert Gravoise, le Cajun pauvre venu tuer opportunément un serpent mocassin que Colette, fille de col-blanc cajun, avait saisi malencontreusement à pleines mains en pêchant dans les marais.

Le roman de Tim Gautreaux ne présente donc pas la communauté des Cajuns comme supérieure aux autres, comme une sur-humanité, mais comme la seule à offrir aux individus cajuns la possibilité de vivre dans une société qui ne soufre ni de déshumanisation ni d''aliénation. Cette impossibilité à véritablement concevoir l''autre rapproche d''ailleurs la société cajun d''une civilisation traditionnelle.

 

            Le dialogue des langues est-il un dialogue des cultures ? Les Cajuns, selon Gautreaux, ne sont donc pas susceptibles d''être « intégrés » à la société américaine au sens où la France a parfois entendu ramener les individus, quelle que soit leur origine, à l''identité générique de l''humanité supposée par les Lumières. Le romancier louisianais donne bien plutôt une représentation des Cajuns qui correspond aux conceptions que portent depuis plus de deux décennies des penseurs communautariens aussi important que Charles Taylor ou Michael Sandel. Selon ces auteurs, pour aller très vite, la conception de l''individu ne peut être fondée sur le sujet – ce qui était la conception des Lumière – mais sur les relations intersubjectives qui naissent dans la communauté qui est la sienne, là où la fraternité resserre les liens entre des membres autour d''une notion du bien qui leur est propre.

 

            C''est bien ce que nous lisons chez Gautreaux où l''humanité des Cajuns est fondamentalement différente de celle des autres Américains, sans que cela porte atteinte à leur attachement à l''unité nationale. Un certain sens de la famille et du clan fait que chaque individu partage avec les autres Cajuns une unité fondamentale et inaccessible aux Texans, aux red-necks et à tous les autres hommes. Par ailleurs, la conception illustrée par Gautreaux n''est pas susceptible d''être rapprochées de celles des penseurs communautariens les plus dogmatiques[33], à savoir, et de façon opposée, soit celle de la stricte équivalence en dignité de toutes les cultures, soit celle d''un ethnocentrisme qui n''accorde et pleine et entière humanité qu''à sa propre communauté[34]. Par contre, cette même conception se révèle singulièrement et paradoxalement inhospitalière à la différence : l''autre n''est jamais tel qu''il puisse durablement attirer l''attention du Cajun. Ainsi, Colette ne peut pas avoir une liaison avec Tyler le Texan, mais rien ne peut remettre durablement en cause son mariage avec Paul, Cajun comme elle.  Cela vient singulièrement réduire la liberté des individus : Paul et Colette Thibodeaux seront toujours des Cajuns, quoi qu''ils en aient, et le choix de ne plus se reconnaître dans leur communauté ne leur est accessible qu''au prix exorbitant de leur non-réalisation en tant qu''individus dans une Californie cauchemardesque pour qui n''est pas californien.

 

            Peut-on, dans ces conditions, parler de multiculturalisme dans The Next Step In The Dance ? Oui, dans la mesure où la diversité américaine y est pleinement reconnue, notamment celle des minorités. Mais cela n''exonère nullement le roman de l''accusation d''indifférence aussi bien à l''égard de la notion d''humanité qu''aux autres communautés.

 

            La coexistence du français et de l''anglais, que nous avons a priori interprétée comme une imbrication des langues réalisée dans l''objectif de créer une inter-culture susceptible de réunir les membres de collectivités différentes, peut alors recevoir une lecture fort différente. Ce mélange répond bien plutôt à un objectif identitaire visant à réactiver le marqueur linguistique d''une minorité ayant largement perdu l''usage quotidien de sa langue originelle. Loin du dialogue apparent des cultures, le lecteur se trouve confronté à une littérature dont on comprend mieux l''ancrage et l''aura régionale : qui, mieux qu''un Cajun, pourrait en effet comprendre et ressentir ce qu''écrit un Cajun ?


 

à propos de l''auteur:

 

Gilles Commault

l    2002 : collaborateur du Dictionnaire des écrivains bretons du XXe siècle sous la direction de Marc Gontard (Presses Universitaires de Rennes).

l    2003 : intervenant au colloque « Mémoires francophones : la Louisiane » de l''Université de Limoges : « Gaines et la tradition littéraire du personnage cajun »

l    2003 : organisateur et intervenant du premier colloque « Médecine et littérature » à l''Université de Bretagne Occidentale : « Incertitudes de la médecine dans Le Syndrome de Thanatos de Walker Percy »

l    2004 : intervenant au salon du livre insulaire d''Ouessant : « Loisir et travail dans Deux Étés d''Éric Orsenna ».

l    2004 : « Subversion de la communication dans If I Forget Thee, Jerusalem de William Faulkner, article paru dans PLURIAL 14 (Presses Universitaires de Rennes)

l    2005 : organisateur et intervenant au second colloque « Médecine et littérature » à l''UBO, consacré au thème de l''épidémie : « Le Statut de l''épidémiologie dans Je suis une Légende de Richard Matheson ».

l     2006 : soutenance d''une thèse de littérature comparée : « Les personnages secondaires cadjins dans la littérature américaine de langue anglaise du vingtième siècle ».

l    2006 : organisateur du troisième colloque »Médecine et littérature » à l''UBO, consacrés aux médecins-écrivains.

 

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[1] « My family are relative newcomers. We came over in 1785. », déclare-t-il en 2003 à Robert Birnbaum qui l''interviewe pour le compte du site littéraire identitytheory.com. Ceci peut se traduire par : « Ma famille est arrivée relativement de fraîche date : nous sommes arrivés en 1785 ». Le « nous » de Gautreaux indique à quel point il s''identifie à la lignée familiale.  Qu''il soit le sujet d''une interview consacré à l''identité est également éclairant, au même titre que l''ancrage régional de la plupart des prix littéraires qu''il a reçus.

[2] Tim Gautreaux, The Next Step In The Dance, New York, Picador, 1999.

[3]« Tu n''es pas foutu de parler vraiment français. Tu as volé ça à une vieille chanson »   T. Gautreaux (1998 :19)

[4]« Colette ne connaissait pas beaucoup de français : c''était de la politesse à l''égard du vieil homme. » T. Gautreaux (1998 :138)

[5] « lard-ass men » (p.12)

[6]  « like franchise hamburger stands » (p. 50)

[7] «  as a prairie in the winter » (p. 55)

[8] « He''s got a good alibi » (p. 173). Il serait certes possible de discuter l''origine francophone du terme, mais ce dernier est bien ressenti comme tel par de nombreux lecteurs.

[9] « wearing a white shirt and a ton of cologne » (p. 218)

[10] Le terme désigne aux USA un renforcement des berges du Mississippi. Il se prononce avec un [i] final.

[11] « The car was a rolling cliché »  et  « low-cut red lamé dresses » (p. 161). L''accent aigu, conservé dans la graphie anglaise, indique suffisamment l''origine des termes. Il serait donc possible d''y voir des termes médians, pleinement passés dans l''anglais, mais dont l''origine reste clairement marquée

[12]« Tu n''as pas peur de commettre un impair ? »   T. Gautreaux (1998 : 94)

[13]« Si tu veux un bon morceau de chou ». T. Gautreaux (1998 : 57). L''expression désigne ici des prostituées.

[14]« Mais oui (...) ils ont des jeunes filles pour quarante dollars ». T. Gautreaux (1998 : 57)

[15]« Moi, je cause pas si bien l''anglais, Monsieur »  T. Gautreaux (1998 : 57)

[16]« Non, mais j''ai... »  T. Gautreaux (1998 : 69). Etienne le géant est ici le locuteur.

[17]« un bal de maisonavec  des couples dansant dans la cour ».  T. Gautreaux (1998 : 197). L''expression apparaît lors d''un passage où Colette évoque pour elle-même une période passée de l''histoire des Cadjins.

[18]« Ce prêtre est un couillon »   T. Gautreaux (1998 : 198). Le propos est d''Abadie.

[19]« Là, le vieux canal de dérivation »   T. Gautreaux (1998 : 197) Le propos est d''Abadie.

[20]« Mais non. Je vais... »  T. Gautreaux (1998 : 212). C''est l''oncle Octave qui s''exprime ici.

[21]« Mais. Cette chose mesure un mile ».  T. Gautreaux (1998 : 229). Le locuteur est Gilbert Gravoise qui évoque le serpent que Colette a malencontreusement  serré dans ses poings.

[22]« Colette, j''ai quelque chose à te dire, chère »  T. Gautreaux (1998 :  254)

[23]« Ah, chère, c''est si triste »  T. Gautreaux (1998 : 137)

[24]« Et les bogues rouges ? » T. Gautreaux (1998 : 112)

[25]« Non, bébé. C''est Lester Saint-Pierre ».  T. Gautreaux (1998 : 172)

[26]« une voix masculine à l''accent cadjin qu''elle reconnut ». T. Gautreaux (1998 : 172)

[27]« un brouhaha de mauvais anglais et de français encore pire » T. Gautreaux (1998 :  246)

[28] Tim Gautreaux n''est pas un auteur démonstratif et il porte cette vision communautarienne sans jamais l''expliciter ni s''en faire le défenseur déclaré.

[29] Il va de soi que nous ne situons nullement dans la perspective d''un débat sur la façon dont les minorités doivent s''insérer dans un ensemble national.

[30] « Les garde-côte sont une bande de petits bigleux de la ville ».

[31] « Ils sont de la Nouvelle-Orléans. Si les tramways s''arrêtaient de rouler, ils ne sauraient pas retrouver le centre-ville ».

[32] « Nous allons retrouver ces gars, ou alors c''est que personne ne pourra les retrouver ».

[33] Ces conceptions ne sont ni celles de Taylor ni celles de Sandel.

[34] Pour une lecture critique des conceptions libérales et communautariennes de l''identité moderne, on ne peut que renvoyer à l''ouvrage de S. Mesure et A. Renaut : Alter Ego, les paradoxes de l''identité démocratiques, Aubier, Paris, 1999. Nouvelle édition chez Flammarion, collection « Champs », n° 497.

 


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