Un Long Voyage vers Soi, par Francesca Fava

D’habitude on choisit de voyager pour visiter de nouveaux lieux, pour connaître différentes cultures et pour s’imprégner d’univers aussi inconnus que souvent séduisants. On décide de partir pour aller à la rencontre de l’autre, pour interagir avec des réalités qu’on ne connaissait pas jusqu’à ce moment là.. On voyage aussi pour mieux se connaître, à la recherche de son identité grâce à la rencontre (ou, malheureusement l’achoppement) avec un univers qui difficilement peut être catalogué dans des schémas établis par la société d’appartenance. On s’éloigne de chez soi pour savourer le goût de l’aventure, de l’imprévu et du mystère et pour échapper à la monotonie de la vie quotidienne, de ses habitudes et de ses devoirs.

Puis on rentre chez soi. Parfois on est complètement fasciné par le charme du pays qu’on a visité, parfois on est sceptique parce qu’on n’a pas compris les endroits vus ou, tout simplement, on ne les a pas appréciés. En tous cas, on rentre enrichi. La rencontre avec l’autre permet toujours de comprendre ses limites, ses qualités et l’univers dans lequel on habite. L’identité personnelle, en effet, n’est pas seulement le produit d’un complexe de références éthiques et cognitives défini par le monde où l’on vit; ce n’est pas seulement la directe conséquence des choix faits par la famille dont nous descendons.

L’identité est le résultat d’un long chemin individuel, d’un étrange voyage que l’on choisit de parcourir après avoir abandonné une partie de nos certitudes et principes qui règlent notre existence.
En effet, l’implacable répétitivité des jours ne permet pas d’oser, de dépasser les limites et de choisir. Tout répond à une parfaite logique où rien n’est laissé au hasard. C’est pour cela que la personnalité de chaque individu ne peut pas évoluer, changer, mais reste toujours la même. Seul un accident imprévu pourrait changer une partie de cette situation statique et obliger l’individu à se découvrir vraiment, à réfléchir sur son identité et, finalement, à évoluer. C’est pour cela que, comme dit l’écrivain libanais Amin Maalouf, dans Origines, l’homme ne doit pas être enraciné à un monde, mais doit bouger, se déplacer, parcourir toutes les routes qu’il trouve devant son chemin, parce que « Pour nous, seules importent les routes. Ce sont elles qui nous convoient de la pauvreté à la richesse ou à une autre pauvreté, de la servitude à la liberté ou à la mort violente. Elles nous promettent, elles nous portent, nous poussent, puis nous abandonnent. »(1)

De plus, dans cette époque de migrations planétaires, une attribution identitaire conçue à partir du lieu d’origine apparaît anachronique et inconcevable : des millions de personnes ne vivent pas là où elles sont nées, elles parlent une langue qui n’est pas leur langue maternelle et elles apprennent une culture qui n’est pas la culture de leurs aïeuls. Le concept d’individu à racine unique qui dérive « “[…] du principe d’une Genèse et du principe de la filiation, dans le but de rechercher une légitimité sur terre, qui à partir de ce moment devient territoire [= terre élue]” (2) devrait, pour cela, être remplacé par celui de « racine multiple » conçu de Eduard Glissant dans Introduction à une poétique du divers.

Mais acquérir une conscience de devoir partir vers l’inconnu peut se traduire en une crainte du chaos ou du néant : partir, en effet, signifie perdre ses habitudes, ses certitudes, ses limites. Cependant, l’homme ne doit pas avoir peur parce qu’il a une certitude qu’on ne lui arrachera jamais : son nom. Grâce à cela, il peut se définir, se comprendre et, en même temps, savoir toujours d’où il est parti et où il peut arriver : en effet, comme souligne Joël De Rosiers dans Théories Caraïbes « Mon/nom:- signes inversés de la possession et de l’identité pour nous dire que le nom, non seulement signifie quelque chose mais nous convoque[…] Le nom n’est pas rien. Il nous désigne d’une manière qui n’est pas neutre. Plus encore que la langue maternelle, les patronymes s’imposent à nous. »(3)

La conscience de faire partie intégrante et réelle d’un micro-univers lui permet de réfléchir sur soi-même, sans risquer d’être entraîné dans un processus de réévaluation et de recréation (et, peut-être d’annulation) de sa personnalité. En plus, il peut se confronter avec les autres, sans avoir peur de perdre une partie de son identité et sans vouloir se transformer dans le modèle dominant qu’il faut surpasser : la rencontre avec l’autre peut créer un parfait rapport d’équilibre entre les facteurs qui forment son univers personnel et ceux qui forment l’univers de l’autre. Une parfaite et réelle interaction, en effet, elle peut avoir lieu seulement quand les deux parties sont conscientes de leur identité et du système des valeurs auquel l’on se réfère.

Fortes de cette conscience, elles ne doivent pas imposer leurs schémas mentaux et culturels pour faire face à la réaction inconsciente d’une peur d’infériorité.

Le nom porte avec soi un monde qui peut toujours l’aider et indépendamment d’où il se trouve parce que à son intérieur il y a un des facteurs fondamentaux pour la formation et le développement de chaque personnalité : l’histoire et la mythologie familiale. En effet, comme dit l’écrivain Daniel Picouly, quand il a commencé à parcourir les événements qui ont eu lieu avant sa naissance, « Je vais à la rencontre des souvenirs qui m’ont forgé, formé. Des épisodes de l’historie familiale qui étaient dans ma tête depuis toujours. »(4)

En effet, grâce aux légendes et aux anecdotes qui forment la mythologie familiale, l’individu peut comprendre ses origines et, de conséquence, se comprendre. La connaissance des événements qui, dans le passé, ont été fondamentaux pour la création d’une particulière situation, mène à dévoiler les mécanismes constitutifs du monde présent et de sa réalité. La découverte des faits et des figures qui ont influencé le plus le déroulement des événements, permet de devenir conscient, pas seulement du monde qui constitue la source de ses principes et le modèle auquel il se réfère, mais aussi les causes qui l’ont déterminé.

Mais pour accomplir cette recherche, il faut entreprendre un voyage dans le passé, dans une dimension où les histoires personnelles (gardées par une mémoire individuelle ou familiale qui les a souvent changées ou déformées) sont placées à coté d’histoires publiques, reconnues, institutionnelles et codifiées par la mémoire collective. Le processus d’identification et la conséquente séparation entre les faits qui appartiennent à l’histoire individuelle et vécue et ceux qui sont liées à l’histoire officielle comporte l’acquisition d’une mémoire que Régine Robin définit “collective”, c’est à dire une mémoire qui « est à la fois ce qui établit le lien entre la mémoire vivante, et la mémoire normée, mémoire de groupe, encadrée socialement, encadrée aussi par la tradition familial. Mémoire identitaire, close sur elle-même, menacée et jalouse de sa singularité. » (5)

En conséquence, pour connaître son passé, il faut posséder un savoir historique, officiel et académique, lié aux travaux de recherche des spécialistes, et un savoir familial, mythique et légendaire, constitué de souvenirs gardés jalousement par la mémoire. La mémoire, en effet, différemment, des individus qui oublient les événements passés, garde les faits lointains et arrive, toutes les fois qu’elle veut, à les faire revenir. En cette perspective, l’homme a une position de soumission à l’égard de celle-là et, même s’il s’efforce de contrôler les images qui lui apparaissent subitement à l’esprit, il n’arrive pas à contrôler le mouvement imprévisible et discontinu des visions passées.

C’est pour cela que l’identité personnelle ne peut pas être expliquée uniquement avec de rigides concaténations de cause à effet ou avec de concrètes et rationnelles motivations. Dans son intérieur, en effet, se cachent des peurs, des rêves et des idées qui souvent restent incompréhensibles puisque complètement étrangers à toute logique extérieure et qui peuvent être expliqués seulement par des histoires fantastiques. Tout ce qui est secret, qui paraît au début incompréhensible et, pour cela, mystérieux, ne doit pas être catalogué comme étranger et, donc, exclu. L’illogisme, l’irrationnel et le lointain constituent des éléments basilaires sur lesquels la mythologie familiale se fonde et se construit.

Conscient de son passé et des mécanismes complexes liés au déroulement de la mémoire, l’individu peut regarder son image présente et imaginer celle future, sans la peur de perdre ses points de repère et, pour cela, être sous le joug des modèles choisis par la société où il vit. Le retour aux origines devient, ainsi, un retour à soi-même.

Les fantômes qui peuplent les souvenirs se transforment en figures vers lesquelles s’adresser dans les moments d’incertitude et de découragement et leurs traces deviennent de « vivants » signaux de connaissance.

C’est de cette façon qu’Aminn Maalouf, commençant à raconter l’histoire de sa famille, a trouvé trois lettres que son lointain oncle Gebrayel avait expédiées à son grand-père: “En un clin d’œil, Gebrayel a cessé d’être pour moi une figure fantomatique évanouie en un passé indéterminé. Je tenais à présent dans mes mains des pages qui portaient son écriture, son accent, son souffle, sa sueur.”(6)

Le passé ne semble plus un univers lointain, mais une partie du présent sur lequel commencer à construire le futur.
Mais toutes ces incertitudes liées au voyage apparaissent accroître quand il arrive que l’individu ne choisit pas de partir, d’explorer de nouveaux mondes et d’interagir avec l’autre, mais il est obligé de le faire. Le monde où il a grandi et sur lequel il aurait voulu projeter tous ses espoirs l’éloigne et, souvent à jamais. La terre qui l’a vu naître l’oblige à abandonner sa maison, sa ville et ses amis. Partir, alors, signifie laisser ses habitudes, ses traditions et ses règles de vie qui l’ont depuis toujours aidé à grandir, définir la personnalité et, surtout, sentir faire partie d’un univers.

C’est pour cela que le pays natal se configure comme un lieu de souffrance d’où s’en aller. En effet, rester, signifierait continuer à vivre dans la pauvreté, dans la guerre ou dans le plus complet manque de liberté; cela signifierait vivre avec la peur de perdre ses chers, de voir ses racines détruites; cela signifierait lutter tous les jours pour pouvoir simplement survivre.

Mais l’homme n’échappe pas seulement à sa terre pour abandonner les difficiles situations politiques, économiques et sociales. Il s’en va aussi pour fuir un monde culturel et familial qui ne lui permet pas de s’exprimer, de grandir, bref, de suivre et de réaliser ses rêves. La famille devient souvent une prison d’où s’évader; les traditions et la religion deviennent un joug duquel il faut se libérer. En effet, le respect des règles est un facteur indispensable pour être reconnu et accepté c’est pourquoi, les jeunes, souvent les plus faibles, sont les victimes de ce système: en effet, comme dit Amin Maalouf, en se souvenant de son cousin, « Le neveu de Botros avait émigré vers la mort comme d’autres émigrent vers l’Amérique, pour les mêmes raisons : l’univers qui l’entourait devenait étroit, étroites les communautés, leurs idées, leurs croyances, leurs manigances, leur grouillement servile ; étroites aussi les familles, étroites et étouffantes ! Il fallait s’échapper ! »(7)

La conscience individuelle doit se soumettre aux obligations sociales et à la volonté de la communauté d’appartenance. Oser se rebeller aux règles se traduit par un acte qu’on ne punit pas seulement avec la mise en marge, mais aussi avec la mort. Chacun doit suivre la trajectoire établie et personne ne peut se permettre de changer ce dessin que l’on lui destine à réaliser (même si l’on est destiné à une existence de silence, de soumission et de réclusion). Il est difficile (ou presque impossible) de penser différemment des autres ou tout simplement penser. Et exprimer avec des mots écrits des pensées diverses de celles du pouvoir peut se transformer en un délit qu’on peut punir avec la mort. Ainsi, comme dit l’écrivaine algérienne Yamina Mechakra, en décrivant la condition de la femme en Algérie, dans La grotte éclatée , « A l’heure actuelle, dans notre pays, une femme qui écrit vaut son pesant de poudre »(8)
Et c’est donc avec cette sensation d’abandon et de délusion que l’homme commence ce voyage particulier qui, difficilement se termine quand il arrive à destination.

Les difficultés liées à l’étude d’une nouvelle langue, à la recherche de comprendre de nouvelles règles de vie et une nouvelle culture transforment cet individu en un étranger à jamais, en un « éternel voyageur ». En effet, comme dit Kenizé Mourad dans De la part de la princesse morte, un exilé peut être considéré étranger pour diverses causes (comme la langue, la religion, l’éducation ou le manque d’un papier d’identité) mais cette condition l’accompagnera dans tous les endroits où il veut aller : « A nouveau, cette vieille sensation d’être rejetée…Sera-t-elle toujours, partout, l’étrangère ? »(9)

Mais pour définir cette situation on ne peut pas seulement utiliser le mot étranger et ses synonymes : avec ce mot, en effet, on ne peut pas exprimer la sensation d’insécurité, de précarité et d’instabilité qu’on ressent quand on est appelé avec ce terme. Et on ne peut même pas révéler ses connotations de méfiance, de suspect et, malheureusement, de mépris qu’il cache.
La diversité devient, donc, une partie de l’identité : l’individu est défini comme celui qui est au dehors des schémas. Il devient l’autre contre lequel on doit s’opposer. Il devient une minorité qui permet à la majorité de définir ses limites.

Mais, en réalité, il n’est pas tout à fait dehors par rapport aux règles et aux schémas prédéfinis par la société parce que il est celui qu’on appelle l’exilé, l’étranger ; lui aussi, il a des règles à respecter, des schémas à suivre. En effet, comme raconte Gisèle Pineau dans L’exil selon Julia, en parlant de la vie de grand-mère Man Ya arrivée en France de la Guadalupe “Attention! Il ne faut pas marcher au milieu de la rue! Ne pas s’éloigner, au risque de se perdre à jamais. Traverser dans les clous. Ne pas quitter l’appartement sans carte d’identité. Ne pas causer aux inconnus, ils prendraient peur. Ne parler à personne puisque ici personne ne comprend le créole. Ne pas sortir sans manteau. Ne pas se fier au soleil qui rigole derrière les carreaux…il est aussi interdit d’aller sur les pelouses, de cueillir des fleurs, de casser des branches. Man Ya connaît ses droits : s’asseoir sur un banc, les deux mains posées sur ses jupes, et prendre un bol d’air frais » (10)

Mais l’observation des règles et des normes ne garantit pas la reconnaissance et l’acceptation d’autrui ; elle n’implique pas le respect et la compréhension. Le modèle auquel on doit se conformer, en effet, représente tout simplement une autre barrière à l’intégration ; il représente une façon de voir les principes singuliers comme universels ; il représente le désir de garder une condition d’hégémonie culturel, politique et sociale.

Toutefois, une réelle intégration est difficile pas seulement à cause de ceux qui ouvertement veulent imposer leurs archétypes et qui n’acceptent pas les individus avec une culture et une langue différentes.
Une réelle intégration est difficile aussi à cause de ceux qui, faisant semblant de vouloir créer un monde sans barrières, continuent à marquer les différences et continuent à ériger des confines. La volonté de s’imposer et d’imposer aux autres ses propres règles, en effet, se cache dans la respectabilité exaspérée et dans la piété insensée, dans l’idée que quelqu’un n’est pas tout à fait capable de s’intégrer, tout seul, dans la société.

En se sentant toujours étranger dans le monde dans lequel il habite, l’individu désire rentrer chez soi, retourner à ce monde d’où il a fui. Mais ce retour reste souvent seulement imaginé, rêvé : on commence à penser aux couleurs, aux parfums, aux visages passés et, tout d’un coup, on se trouve à idéaliser un univers d’où on a dû et/ou voulu s’en aller. Le passé devient alors l’objet d’un processus de transfiguration et il devient un paradis perdu, tandis que le désir d’être accepté se transforme en une volonté d’exclusion et de séparation.

La famille (ou, tout simplement, tous ceux qui ont la même langue, la même religion et la même culture) devient une sorte de citadelle à l’intérieur de laquelle on peut se défendre des attaques extérieurs, c’est à dire, de tout ce qui provient de ce monde extérieur devenu l’emblème de la volonté de soumettre l’étranger.

Mais c’est à partir de ce moment que l’étranger commence à regarder le monde qui l’entoure avec ses yeux, et pas avec les filtres déformants des autres. Et c’est à partir de ce moment qu’il commence à se regarder et à se voir : comme dit Kenizé Mourad dans De la part de la princesse morte, en se souvenant des mots d’un amis indien vécu beaucoup d’années en Angleterre:  « Je me demande parfois si ces années passées en Angleterre n’ont pas été une malédiction. Au début je voulais assimiler leurs idées pour mieux les combattre, et à mon insu j’ai changé. Ils ont fini par me persuader que leurs valeurs étaient universelles, que la morale était « blanche » ! et maintenant, maintenant je ne sais plus…je les hais, et en même temps j’ai l’impression qu’ils ont raison, contre les mien…c’est là leur victoire. Sans doute vont-ils bientôt partir mais en réalité ils resteront là - il se tape le front-, dans nos cerveaux, nos cerveaux de blancs[…] que sommes-nous ? Des indiens capables de comprendre et réaliser les aspiration de notre peuple ou bien de mauvaises copies d’anglais qui en nous glorifiant d’avoir acquis l’indépendance allons perpétuer l’esclavage ? »(11)

Mais parfois, la peur d’être soumis se transforme en une clôture complète de l’autre. Aux règles du monde extérieur se substituent, alors, les règles de la famille, du petit monde auquel on « appartient ». Souvent encore plus restrictives, ces normes sont indispensables puisque elles renforcent et garantissent la continuité de ce petit univers à l’intérieur duquel la tradition et la religion obtiennent un rôle fondamental dans le déroulement des activités quotidiennes.

Mais une excessive observation des principes établis et la conséquente intransigeance morale n’impliquent pas seulement l’acquisition de points de repère stables , mais aussi une nouvelle forme de limitation de la liberté personnelle. Et alors, si auparavant l’individu devait respecter les normes sociales, maintenant il est obligé de se conformer aux règles familiales. Encore une fois, la croissance et le développement individuel paraissent presque impossibles : on ne choisit pas, on ne pense pas, on ne peut pas se tromper puisque chaque décision représente le produit d’un ensemble complexe de règles dictées par la communauté d’appartenance.

Mais le désir de ne pas se laisser influencer par la culture de l’autre peut se réaliser même sans arriver à l’isolation totale. La conscience d’appartenir à un certain univers n’implique pas une séparation du reste du monde ; il n’implique pas le choix de vivre dans un présent où tout a été déjà choisi, pensé, fait pour lui. Le présent n’est pas (et, surtout il ne doit pas être) une fidèle copie du passé. En particulier, dans une situation d’immigration, on ne peut pas penser de vivre une réalité pareille à celle de ses propres aïeux : le contexte où chaque individu se trouve est différent de celui des ses parents. Les situations politiques, sociales et culturelles changent et les besoins, les devoirs, les désirs, les rêves se modifient.

Mais les principes et les valeurs qui ont été transmis de génération en génération et qui forment les éléments fondamentaux de la même identité familiale, peuvent être gardés et suivis avec le même respect d’antan. Et c’est pour cela que le passé ne doit pas être oublié et/ou considéré comme une entité autonome par rapport au présent, mais comme un facteur indispensable à la formation du présent. La conscience des événements qui constituent la base de sa propre famille permet, donc, l’acquisition d’une mémoire familiale fondamentale pour le développement de l’identité individuelle : en effet, penser et raconter le passé ne constitue pas seulement un moment de connaissance du présent à travers le passé, mais aussi un instant d’autoanalyse personnelle. C’est alors grâce à la conscience des ses origines et une connaissance cohérente de soi-même que l’individu ne doit pas choisir entre deux univers ( celui social et celui familial) : il peut parler deux langues, connaître deux cultures, vivre cette expérience d’ « hétérogénéité » pensée et théorisée par Bakthine dans Esthétique et théorie du roman.

Mais à la différence de ce que le critique pensait, l’altérité n’implique pas un sentiment d’étrangeté dû au manque d’une certaine continuité et unité. L’individu, en effet, a trouvé dans ses origines et dans la mémoire familiale des points de repère par lesquels pouvoir affronter tous les problèmes.
Et c’est peut-être à ce moment-là que le long voyage, commencé quand il a abandonné son pays natal, peut se terminer.

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(1)Maalouf, Origines, ed. Grasset, 2004, p . 9
(2) E. Glissant , Introduction à une poétique du divers, ed. Gallimard, 1996 p. 60
(3) J. De Rosiers, Théories Caraïbes , ed. Triptyque, 1996, p. 77
(4) Blandiaux, Parachuté dans le passé, in DH 26 ottobre 2001
(5) R. Robin, Le roman mémoriel, ed. Le Préambule, 1989, p.52
(6) Maalouf, Origines, ed. Grasset, 2004, p . 24
(7) ibid, p 400
(8) Y. Mechakra , La grotte éclatée , ed. Enal, 1986, p. 8
(9) K. Mourad, De la part de la princesse morte, ed. le livre de poche, 1987, p. 300
(10) G. Pineau, L’exil selon Julia, ed. Stock, 1996, p. 110
(11) K. Mourad, De la part de la princesse morte, ed. le livre de poche, 1987, p. 501
(12) J. Corzani, La littérature d’expression française, in Europe, aprile 1980
(13) M. Bakthine, Esthétique et théorie du roman, Paris, 197


Francesca Fava, inscrite à la troisième année du doctorat en «langues et littératures comparées » à l’Université de Macerata (Italie), s’occupe de littérature française du XX et XXI siècle et, en particulier, d’histoires de famille.

Publications
1- Fadhma Aith Mansour Amrouche, una vita coraggiosa, in Progetto Babele, n.14 , maggio-giugno 2005 , p 7-8
2- Un viaggio alla ricerca delle proprie radici, in Palazzo San Vitale, n 15-16/2005, p.190-200




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