La symbolique des odeurs dans le recueil « Verglas » de l’écrivain Suisse Peter Stamm

par Anne Lambrecht
Docteur en Etudes Germaniques
CEREL (Centre d’Etudes et de Recherche en Littérature)
Université de Lille

Connue pour sa spécificité linguistique, puisque officiellement on y parle trois langues, l’allemand, le français et l’italien, auxquelles il ne faut pas oublier d’ajouter le romanche, la Suisse ne se démarquerait-elle pas par une indépendance culturelle qui lui fit très longtemps défaut ? Les écrivains suisses de langue allemande ont unanimement été rattachés aux lettres germaniques sans qu’on leur octroie la mention distincte d’écrivains de suisse alémanique. On citera les plus célèbres Gottfried Keller (Henri le Vert) le Goethe zurichois ou plus proche de nous Friedrich Dürenmatt et Max Frisch qui ont voulu tous deux donner un nouvel élan à la littérature suisse alémanique vers 1950 en osant s’attaquer aux dogmes de l’égalité et de la justice.

Qu’est-ce qu’un écrivain suisse aujourd’hui ? La définition qu’en donne Sylvie Tanette est très révélatrice :
« Un écrivain suisse est un écrivain qui a beaucoup voyagé et qui parle plusieurs langues. A regarder les biographies de la jeune génération on est frappé par le nombre d’auteurs qui habitent une partie de leur vie à l’étranger, à Berlin, à Paris, à Rome ou à New York. Ce pourrait être anecdotique si cette attirance vers l’ailleurs ne devenait une composante essentielle de la plupart de leurs textes. L’ouverture au monde pourrait être la clé d’une nouvelle identité nationale, fondée sur le multiculturalisme.»

Peter Stamm appartient à cette nouvelle génération d’écrivains de Suisse alémanique. Né en 1963 à Weinfelden, il a suivi des études de philologie anglaise, de psychologie, d’informatique et de psychopathologie. Il a beaucoup voyagé et a séjourné plusieurs années à l’étranger, notamment à New York, Paris, Berlin et également en Scandinavie. Depuis 1990 il est écrivain et journaliste. Il a écrit des pièces radiophoniques et des textes satiriques. Depuis 1997 il est rédacteur de la revue littéraire « Entwürfe für Literatur ». Son œuvre littéraire se compose pour l’instant de quatre publications en allemand qui ont toutes été traduites en français. Il s’agit de deux romans « Agnès » (1998) et « paysages aléatoires » (2001) et de deux recueils de nouvelles intitulés « Verglas » (1999) et « D’étranges jardins » (2004).

On constate à la lecture de ces trois livres que les personnages de Peter Stamm vivent dans un univers froid, glacial et quasi insipide. Toutefois le recueil de nouvelles « Verglas », bien que son titre évoque déjà une certaine froideur, offre une parenthèse de chaleur où les odeurs apparaissent comme une ponctuation pour s’intensifier dans une nouvelle centrale qui porte le titre de « Passion », à l’image du rapprochement d’un homme et d’une femme. Quelle symbolique revêt dès lors l’odeur pour Peter Stamm? L’analyse mettra en évidence deux aspects, tout d’abord le monde insipide des huit nouvelles où l’odeur n’apparaît que très rarement, comme si le monde n’existait que par la froideur et le manque de communication, puis dans un deuxième temps les particularités de la nouvelle centrale où l’odeur devient synonyme à la fois de sensualité et de dégoût, un mélange qui dévoile un rapprochement possible de deux êtres et peut-être un début de communication.

1- Le monde insipide ou l’échec de la communication

Le recueil « Verglas » est composé de neuf nouvelles de longueur inégale allant de deux à quarante pages. Le personnage principal est un « je-narrateur », peut-être Peter Stamm lui-même, qui voyage et décrit de façon laconique les histoires d’amour de jeunes gens âgés d’une trentaine d’années rencontrés à New York, en Italie, en Suède ou en Allemagne. L’écrivain nous invite à découvrir le mal être qui étreint ces jeunes gens. On peut y lire une suite d’événements amicaux qui prennent soudain un tournant tragique. Le lecteur devient spectateur et reste médusé et abasourdi par ce coup de poignard en plein cœur qui le laisse sans voix comme happé par une déferlante dont il ne soupçonnait même pas l’existence, et ce dès la première nouvelle intitulée « Le lac ».

L’atmosphère bonne enfant dans laquelle débute le recueil laisse percevoir une atmosphère légère et campagnarde :

    « J’étais revenu de Suisse romande par le train du soir. Je travaillais à l’époque à Neuchâtel, mais je ne me sentais réellement chez moi que dans mon village en Thurgovie. J’avais vingt ans.
    Quelque part il y avait eu un accident, un incendie s’était déclaré, je ne me souviens plus. En tout cas, avec un retard d’une demi-heure, ce n’était pas le train express de Genève qui avait fini par arriver, mais un omnibus avec de vieux wagons. A tout bout de champ il s’arrêtait en rase campagne et, très vite, nous nous étions mis à parler entre nous et avions ouvert les fenêtres. C’était au moment des vacances d’été. Dehors ça sentait les foins et, une fois, alors que le train était depuis un moment immobile et que le silence régnait autour de nous, nous avons entendu les grillons. »

Dès la première page on voit apparaître l’odeur, il s’agit de celle des foins marquant une sensation de joie intérieure, la joie d’un jeune homme qui se remémore ses vacances d’été à la campagne, un lieu où règne insouciance et joie de vivre. Deux amis entrent en scène à l’arrivée du narrateur dans son village, Urs un ami d’enfance et sa petite amie Stéfanie. La chaleur aidant, ils décident d’aller à vélo jusqu’au lac tout proche pour s’y baigner. Mais l’ambiance bonne enfant tourne très vite au cauchemar de l’adulte, voire de l’adultère. Stéfanie ayant crevé, Urs retourne au village pour aller chercher une rustine, pendant ce temps le narrateur et Stéfanie s’abandonnent l’un à l’autre. Urs découvre dès son retour par le silence des deux jeunes gens le secret qu’ils tentent en vain de lui cacher. C’est, peut-être, par un geste désespéré qu’il plonge dans le lac et s’empale sur l’un des piquets qui affleuraient la surface de l’eau. Du silence naît l’horreur, l’odeur des foins s’efface brutalement pour laisser place à la froideur de la nuit et à la mort de l’ami d’enfance du narrateur.

Dans sept autres nouvelles, l’odeur vient ponctuer le texte à de très rares moments ou bien elle est complètement inexistante. Si l’odeur se manifeste, elle reste très furtive. On notera une « fraîche odeur de savon » qui s’émane du corps de Monika dans la quatrième nouvelle « Le droit coutumier ». Le « je-narrateur » dévoile à Monika qu’elle fut son amour d’enfance, un amour qui cependant n’était pas réciproque. Il ose enfin lui déclarer à rebours ses sentiments, mais il est trop tard. Ils feront ensemble un circuit en canoë en Suède avec un autre couple Sandra et Michael qui lui semble vivre le parfait amour au grand jour sans se cacher d’autrui. Tout ceci éveille chez Monika un sentiment de jalousie, elle ne peut supporter de voir ces deux jeunes gens s’aimer aussi ouvertement alors qu’elle est seule. Cette jalousie inavouée mais ressentie par le « je-narrateur » va se manifester par l’odeur de moisi qui s’émane du sac de couchage de Michael, qui, à la suite d’un chavirage de canoë, se retrouve seul dans la forêt. Il est retrouvé par notre « faux couple », Monika et le narrateur, et passe la nuit dans leur tente. Monika essaie de faire culpabiliser Michael :
« Je pense qu’il a un champignon ou quelque chose dans le genre. Les pieds normaux ne puent pas comme ça, me chuchota Monika à l’oreille.

    -C’est le sac de couchage qui pue », lui chuchotais-je.
    Alors Monika rit sans bruit et dit :
    « Comme ça ! Oui, oui, oui !
    - Tais-toi. Il t’entend. »
    Elle ouvrit la fermeture Eclair de mon sac de couchage et m’effleura avec ses mains.
    « Seulement pour réchauffer mes mains, dit-elle.
    - Elles sont vraiment gelées.
    - C’est l’inconvénient quand on est seul. »

Ce jeu de réchauffement des mains permet un rapprochement des deux corps, non pas par amour, mais pour la chaleur que procure le corps de l’autre. Il révèle également la solitude de la jeune femme, qui outre sa jalousie, manifeste son manque d’amour.

Dans la septième nouvelle « Ce que nous savons faire », il se dégage une odeur désagréable du corps d’Evelyn, jeune femme qui fête ses trente ans avec quelques collègues et subit l’humiliation d’un godemiché comme cadeau d’anniversaire. Cette odeur qui au premier abord revêt un caractère médical, puisqu’elle souffre de problèmes de digestion dévoile en fait une souffrance d’ordre psychologique, le dégoût de son existence, le dégoût de sa propre personne. Cette jeune femme solitaire n’arrive pas à séduire les hommes, même en déshabillé sexy le jour de son anniversaire, elle n’arrive pas à séduire le narrateur. C’est comme si elle n’arrivait pas à se faire aimer des hommes, peut-être trop timide ou trop renfermée ou bien trop gauche par manque de pratique. Elle n’arrive pas à s’ouvrir au monde de l’amour et reste confinée dans son être qui intérieurement semble souffrir d’un vide nauséabond qui s’exprime par une odeur déplaisante.

Autre fait caractéristique, alors que beaucoup de nouvelles du recueil se déroulent en plaine nature, P. Stamm ne nous livre aucun parfum, aucune senteur, mais plutôt des odeurs de plantes. Celles-ci d’ailleurs s’évaporent paradoxalement dans des lieux clos, éloignés de toute nature. Dans la huitième nouvelle « Le pays pur » par exemple, dont le titre pourrait évoquer un cadre naturel pur et vierge, le narrateur est en plein cœur de New York et sent une odeur de Marijuana dans l’appartement qu’il partage pendant quelques mois avec Chris et Eiko un jeune couple. Eiko partie au Japon, Chris reste seul et s’adonne à la prise de Marijuana, prétextant qu’il a beaucoup réduit sa consommation depuis qu’il connaît Eiko, cependant il ne peut s’en priver lorsque sa femme est loin de lui. Cette évasion dans la drogue lui fait sublimer l’amour de sa femme et son souvenir, constituant une sorte d’échappatoire pour combler l’absence de l’être aimé. Hormis un clin d’œil de l’écrivain qui nomme la Suisse comme étant un pays pur par sa propreté, il deviendrait selon la pensée bouddhiste le paradis. Et donc loin d’atteindre le pays pur, l’homme sur cette terre ne peut prétendre au bonheur que par des paradis artificiels.

Dans la dernière nouvelle intitulée « Verglas », une odeur de menthe envahit le sauna dans lequel se délasse le narrateur en compagnie de jeunes infirmières d’un Hôpital de Hanovre. Alors que l’odeur lancinante de la mort englobe toute la nouvelle par les corps meurtris ou diminués par la maladie, la menthe évoque un instant de fraîcheur et de détente où la sueur ne symbolise plus cette fois-ci la souffrance. Le sauna devient un lieu privilégié pour révéler la beauté du corps féminin :
« Il y eut un crépitement et l’odeur de menthe se répandit. Nous étions assis face à face dans la pénombre. Dans la lumière diffuse, le corps d’Yvonne scintillait de sueur et je pensai : comme elle est belle. »

Force est de constater que dans ces huit nouvelles Peter Stamm évoque l’échec de la relation amoureuse. Même si les personnages s’aiment, ils n’arrivent pas à exprimer ouvertement leurs sentiments. Ils restent comme figés, voire pétrifiés par ce qu’ils éprouvent comme s’ils étaient transis par le froid, leur univers quotidien, ce qui empêche de faire évoluer les sentiments pour qu’ils s’épanouissent en toute sérénité.

2- Un parfum de sensualité ou les prémisses d’une communication

La cinquième nouvelle intitulée « Passion » entraîne le lecteur dans une parenthèse où la froideur semble s’estomper et laisser place à un univers où la chaleur domine. Deux couples d’amis Stefan et Anita d’une part, Maria et le narrateur d’autre part, se rendent dans le village du grand-père de Maria en Italie. L’atmosphère du début est assez tendue, il est impossible pour Maria de retrouver les membres de sa famille et la maison de son grand-père. La communication est très restreinte, ils marchent seuls dans les rues désertes. Les volets des maisons sont fermés à cause de la chaleur étouffante. Le silence crée une atmosphère de « mal être » dès le début. Les volets fermés donnent l’impression qu’ils se retrouvent tous les quatre emprisonnés dans l’inconnu et la solitude. Le deuxième facteur de « mal être » est symbolisé par la chaleur. Alors qu’auparavant le froid envahissait les lieux narrés, l’écrivain choisit cette fois-ci un pays chaud, l’Italie, où la chaleur est telle qu’elle en devient une prison : « Il n’y avait aucun moyen d’échapper à la chaleur, nous étions à sa merci, emmurés dans notre inertie » . Les personnages semblent pris à un double piège, l’inconnu et la chaleur.

Dans cette atmosphère chaude et presque malsaine, les odeurs apparaissent à profusion et ont tendance à s’intensifier. Tout ceci est perceptible lorsqu’un jour Anita et le narrateur décident de faire une promenade à cheval. Celle-ci revêt apparemment un caractère banal, mais très vite s’installe une sensation d’étrangeté. En effet, ces deux amis partent seuls, et n’ont aucune relation sentimentale. L’odeur va donc jouer un rôle déterminant dans l’évolution de la relation de ces deux personnages. Même si le narrateur déteste l’odeur de cheval, son esprit vagabonde et se laisse emporter dans une vision d’étreinte symbolique :

    « Je sentais la chaleur de l’imposant animal sous moi, et dans mes jambes, que je sentais contre ses flancs, je percevais les impulsions dans ses muscles. »

A la page suivante on peut lire un passage très bouleversant de cette vision fantasque :

    « Anita marchait devant moi et en la voyant ainsi s’enliser, je me dis que j’aimerais bien poser ma main sur son encolure et sentir sa chaleur. »

Par un procédé stylistique de fondu enchaîné, l’esprit du narrateur cède sous la chaleur à un instant de divagation où le cheval devient femme et excite ses sens. La chaleur suscite le désir de l’autre qui se matérialise par un rapprochement des deux corps avant l’enlisement du cheval. On pourrait considérer cet enlisement comme une chute probable des deux personnages dans un adultère fantasmatique, une chute qui serait un symbole de l’interdit :

    « C’est alors qu’elle glissa. Je lui pris la taille pour la retenir, glissai moi aussi, et nous tombâmes tous deux. En riant, nous nous aidâmes à nous relever. Nous avions transpiré, du sable s’était collé sur nos corps. Avant de continuer, nous nous époussetâmes réciproquement du sable sur notre dos et sur nos bras. »

La moiteur des corps est le seul signe manifeste d’une chaleur à la fois extérieure et intérieure, d’une étreinte furtive qui donnerait à penser qu’une nouvelle relation serait née entre ses deux êtres. Toutefois à l’opposé de la première nouvelle où le narrateur et la jeune femme succombent au désir, ici les personnages résistent et se relèvent de cette situation délicate et embarrassante.

Après cette promenade à cheval, on retrouve les deux personnages sur le lit de Maria et du narrateur. On note une poursuite du rapprochement dans un lieu qui pourrait contribuer à laisser s’épanouir leurs sentiments. Ainsi s’engage une discussion sur leurs relations amoureuses réciproques avec Stefan et Maria. L’ennui et l’habitude prennent le pas sur le désir ardent du début de leur relation, signe manifeste d’une certaine lassitude évidente dans les deux couples. Alors que la chaleur devient de plus en plus torride, la communication entre Anita et le narrateur s’intensifie. Mais au lieu d’exprimer directement leurs sentiments, l’odeur surgit comme étant la seule formulation possible de la description de leur relation. En effet, le lecteur découvre un changement d’odorat chez les personnages :

    « J’aime cette odeur d’été, dit-elle une fois. Je ne sais pas du tout ce que c’est. C’est plus une sensation qu’une odeur. On la respire avec la peau, avec le corps entier.
    - Avant je sentais plus de choses, dit Stefan. C’est curieux, non ? Je sentais jusqu’à l’air, la pluie et la chaleur. Maintenant je ne sens plus rien. Ca doit être à cause de la pollution. Je ne sens plus rien. »

Alors que l’odorat se développe chez Anita pour envahir son corps tout entier, Stefan quant à lui ne sent plus rien, il a perdu tout odorat. Cette différence suggère que rien ne va plus entre eux, qu’ils n’éprouvent plus les mêmes choses, que plus rien ne les rapproche, qu’ils vivent dans deux mondes séparés, le monde insipide pour Stefan et le monde sensuel pour Anita.

Le verbe « sentir » dépasse dès lors son premier sens concret qui le restreint à l’odorat pour recouvrir le sens abstrait de la révélation d’une sensation physique et évoque par là même un sentiment. Un phénomène identique transparaît dans la conversation entre Maria et le « Je-narrateur » :

    « Elle dit qu’elle ne se sentait pas bien ici – Rien à voir avec la chaleur. Je n’ai tout simplement pas la moindre sensation d’être originaire d’ici. Je ne peux rien m’imaginaire. Ni comment mon grand-père a pu vivre ici. Pas même que mon père ait pu venir ici en vacances. J’avais pensé qu’il y aurait ici quelque chose, peu importe quoi. Mais tout m’est totalement étranger. Et toi…. J’ai besoin de me sentir quelque part chez moi, peu importe auprès de qui. »

Maria met fin à cette relation superficielle qu’elle entretenait avec le narrateur. Elle quitte l’Italie et rentre en Suisse. Cet épisode montre que Maria traverse une crise d’identité et qu’elle finit par prendre conscience que la vie est une perpétuelle recherche de soi. Le narrateur quant à lui reste seul et sombre dans le souvenir de cette femme aimée, souvenir qui se manifeste par l’odeur physique de Maria :

    « Près de son lit se trouvait un T-shirt de Maria. Je le ramassai. Il sentait son odeur, sa sueur, son sommeil et, pour un moment, ce fut comme si elle était encore là, et seulement sortie pour un instant »

Bien que leur relation touche à sa fin, le « Je-narrateur » n’a pas perdu son odorat, comme à l’exemple de Stefan. Tout laisse à croire qu’il éprouve encore des sentiments pour cette femme qui l’a quitté alors que Stefan vit encore avec Anita et qu’ils n’éprouvent plus rien l’un pour l’autre.

Passion, un sentiment exaltant, qui dévore le cœur de celui qui aime. Un moment de chaleur intense qui vient rompre l’univers froid et glacé dans lesquels vivent les personnages de P. Stamm. Cette nouvelle centrale fait écho à la dernière nouvelle intitulée « Verglas », titre également retenu pour le recueil de nouvelles. Alors que l’on parle du cœur, comme étant un organe vital, lors de la description d’une opération à cœur ouvert, il n’évoque plus à cet instant la vie, mais plutôt la mort. Comme le sol mouillé qui se givre, la vie se fige en emprisonnant le cœur qui bat sous cette froideur apparente. Une sorte de fine carapace masque la route, les conducteurs ne peuvent plus maîtriser leur véhicule à l’image de l’être aimé qui un jour décide de rompre et de se laisser glisser dans l’anonymat, seule l’odeur du souvenir persiste pour celui qui reste et qui porte le deuil.

Chaque nouvelle présente un instant figé de vie sur lequel le lecteur laisse glisser son regard. Peter Stamm semble figer la solitude, l’indifférence et même la mort. Bien que les relations humaines se durcissent, l’écrivain n’offre pourtant aucune capacité à ses personnages à s’ouvrir au monde et à communiquer. De la profonde évidence de chaque nouvelle émane un parfum de réelle solitude, un mal qui reste inexpliqué.

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Bibliographie

[1] Romanche : langue utilisée par 40 000 habitants qui ne fut reconnue qu’à la fin des années 30.
[2] Sylvie Tanette : « Festival : pas si simple la Suisse », novembre 2001, site Internet Lire.fr, http://www.auteurs.net/default.asp/
[3] P. Stamm: Agnès, btb Taschenbücher, Goldmann Verlag, 2003
P. Stamm: Agnès, trad. française de Nicole Roethel, éd. Christian Bourgois, 2000
[4] P. Stamm: Ungefähre Landschaft,
P. Stamm: Paysages aléatoires, trad. française de Nicole Roethel, éd. Christian Bourgois, 2002
[5] P. Stamm: Blitzeis, btb Taschenbücher, Goldmann Verlag, 2001 (ouvrage de référence en langue allemande pour les notes)
P. Stamm: Verglas, trad. française de Nicole Roethel, éd. Christian Bourgois, 2001
[6] P. Stamm: In fremden Gärten, Arche, 2002
P. Stamm: D’étranges jardins, trad. Française de Nicole Roethel, éd. Christian Bourgeois, 2004
[7] P. Stamm: Verglas, p. 9, „ Ich war mit dem Abendzug aus dem Welschland nach Hause gekommen. Damals arbeitete ich in Neuchâtel, aber zu Hause fühlte ich mich noch immer in meinem Dorf im Thurgau. Ich war zwanzig Jahre alt. Irgendwo war ein Unglück geschehen, ein Brand ausgebrochen, ich weiß es nicht mehr. Jedenfalls kam mit einer halben Stunde Verspätung nicht der Schnellzug aus Genf, sondern ein kurzer Zug mit alten Wagen. Unterwegs blieb er immer wieder auf offener Strecke stehen, und wir Passagiere begannen bald, miteinander zu sprechen und die Fenster zu öffnen. Es war die Zeit der Sommerferien. Draußen roch es nach Heu, und einmal, als der Zug eine Weile gestanden hatte und das Land um uns ganz still war, hörten wir das Zirpen der Grillen“, Blitzeis, p. 9.
[8] P. Stamm: Verglas, p.56, « der frische Duft von Seife », Blitzeis, p.44.
[9] P. Stamm: Verglas, p. 69-70, « Ich glaube, er hat einen Pilz oder irgendetwas. Normale Füße riechen nicht so“, flüsterte Monika mir ins Ohr. „Das ist der Schlafsack, der so riecht“, flüsterte ich. Dann lachte Monika leise und sagte: „Gibt’s mir, ja, ja, ja“ „Sei still. Er hört dich.“ Sie öffnete den Reisverschluss meines Schlafsacks uns tastete mit ihren Händen nach mir. „Nur Hände aufwärmen“, sagte sie. „ Die sind ja eiskalt.“ „ Das ist der Nachteil, wenn man allein ist.“, Blitzeis, p. 54.
[10] P. Stamm: Verglas, p.107 et 114.
[11] P. Stamm: Verglas, p.149, „Es zischte, und der Geruch von Pfefferminze breitete sich aus. Wir saßen uns gegenüber in der schummrigen Sauna. In dem schwachen Licht glänzte Yvonnes Körper von Schweiß, und ich dachte, sie ist schön.“, Blitzeis, p. 113.
[12] P. Stamm: Verglas, p.80, “Aber es gab keinen Ausweg aus der Hitze, wir waren gefangen in ihr, in unserer Trägheit“, Blitzeis, p. 62.
[13] P. Stamm: Verglas, p. 82, “Ich spürte die Wärme des großen Tieres unter mir und an den Beinen, die ich in seine Flanken presste, die Bewegungen seiner Muskel“, Blitzeis, p. 64.
[14] P. Stamm: Verglas, p.83, “Anita ging vor mir, und ich schaute ihr zu, wie sie durch den Sand watete, und dachte, ich würde gern meine Hand an ihren Hals legen und ihre Wärme spüren, Blitzeis, p. 64.
[15] P. Stamm: Verglas, p. 83, “Dann rutschte sie aus. Ich fasste sie von hinten um die Taille, rutschte selbst, und zusammen fielen wir hin. Wir lachten und halfen einander aufzustehen. Wir hatten geschwitzt, und Sand klebte an unseren Körpern. Bevor wir weitergingen, wischten wir uns gegenseitig den Sand von Rücken und Armen.“, Blitzeis, p. 64.
[16] P. Stamm: Verglas, p. 86, “ Ich liebe diesen Sommergeruch, sagte sie einmal, ich weiß gar nicht, was es ist. Es ist eher ein Gefühl als ein Geruch. Man riecht es mit der Haut, mit dem ganzen Körper. Früher habe ich mehr gerochen, sagte Stefan. Ist das nicht seltsam? Sogar die Luft habe ich gerochen, den Regen und die Hitze. Jetzt rieche ich nichts mehr. Das muss die Luftverschmutzung sein. Ich rieche nichts mehr.“, Blitzeis, p.66.
[17] P. Stamm: Verglas, p. 93, „ Sie sagte, sie fühle sich nicht wohl hier. Nicht die Hitze. Aber ich habe überhaupt nicht das Gefühl, dass ich von hier komme. Ich kann mir nichts vorstellen. Nicht, wie mein Großvater hier gelebt hat. Noch nicht einmal, dass mein Vater hier in den Ferien war. Ich habe gedacht, fier sei irgendetwas. Aber es ist alles vollkommen fremd. Und du... Ich muss irgendwo zu Hause sein, bei irgendjemandem.“, Blitzeis, p. 72.
[18] P. Stamm: Verglas, p. 95, „ Neben dem Bett lag ein T-Shirt von Maria. Ich hob es auf. Es roch nach ihr, nach ihrem Schweiß, ihrem Schlaf, und für einen Moment war es mir, als sei sie noch da und nur kurz hinausgegangen.“, Blitzeis, p. 73.

Activités de recherche de l''auteur:

Ouvrages
1998 – LAMBRECHT Anne, « Le portrait d’un homme: ‚Der Nachsommer’ d’Adalbert Stifter », Presses universitaires du Septentrion

Articles
2006 - (à paraître) LAMBRECHT Anne, « Le Nain de jardin en Allemagne et en France », Figures de la miniaturisation de l’humain pour la Revue d’Etudes Culturelles de l’Université de Dijon
2006 – (à paraître) LAMBRECHT Anne, « Adalbert Stifter », Guide de littérature allemande des origines à nos jours, sous la direction de Jean Pierre DEMARCHE aux éditions Ellipses, Paris
2004 – LAMBRECHT Anne, « Ecriture picturale et révélation divine dans le récit - L’éclipse de soleil du 8 juin 1842 - d’Adalbert Stifter », La prière de l’écrivain, sous la direction d’Emmanuel GODOT, éditions Imago, Paris

Communications à des colloques et conférences
2003 - Colloque International des 12 et 13 décembre 2003 : Parfums de littérature ou l’odeur des mots, Université d’Orléans
Intitulé de la communication : « L’initiation aux odeurs ou l’univers fantastique de Jean-Baptiste Grenouille dans Le Parfum de Süskind »
2003 - Animation Table ronde lors de la journée d’études « Le roman policier : enfant paradoxal de la démocratie ? » du 28 novembre 2003, Université Catholique de Lille.
2001 - « Médée: continuité ou rupture dans l’écriture de Christa Wolf » communication au C.E.R.E.L.



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