Rachid Boudjedra se confesse, entretien accordé à Al Djazaïr News

Avec tout ce que notre scène culturelle endure depuis des années, notamment les vues figées et le despotisme du classicisme parfois apparent, souvent déguisé, ça fait toujours plaisir d’entendre un "grand" du domaine mettre les points sur les i et ce en poussant la clairvoyance et l’audace jusqu’à traiter un autre Grand tel Naguib Mahfouz de "vieux jeu" ! Selon M. Boudjedra, le roman Algérien et même arabe souffre de " ruralisme " ! La mégalomanie est certes un droit pour tout écrivain ayant fait ses preuves à coup d’écrits subversifs et de rébellion affichée à souhait ; mais de-là à mettre toute la littérature arabe dans le même sac et le balancer au large… !

Ce qu’il y a de vraiment enchanteur avec Boudjedra c’est qu’on n’a pas besoin de lire ses œuvres pour le connaître ! Il suffit de risquer un coup d’œil de temps en temps à ses interviews et ses articles pour avoir une idée assez consistante sur le personnage ! Ainsi, dans cet entretien, l’auteur de " Hôtel Saint Georges " se confesse pour la énième fois sur ses complexes ataviques et surtout sur l’obsession du " père " toujours présente dans ses romans en passant par l’inévitable enfance si chère aux grands écrivains et dont ils parlent comme d’une civilisation évanouie ! Comme quoi, un écrivain ne pardonnera jamais au temps de l’avoir obligé à grandir !!

En dehors de la hantise de l’enfance et du " papa dictateur ", on pourrait observer avec bonheur certaines positions d’ordre esthétiques sur l’histoire de la littérature ! Ainsi, en deux temps trois mouvements, Mahfouz devient vieux jeu, Proust trop classique et tout le roman arabe rural ! La meilleure réponse pour cet amas de critiques " très fondées " serait de rappeler à M. Boudjedra en cas où il l’aurait oublié un certain recueil de poèmes intitulé " L’algarade " signé par un certain Bouzid Herzellah (poète connu pour ses fleurs, ses printemps, ses Algéries virtuelles et ses chansons pour enfants).

Dans cette préface, écrite probablement au Caracoya, Boudjedra discerne dans ces poèmes, basculant entre le nul et le néant créatif, une certaine intranquillité à la Fernando Pessoa ! Donc, après avoir mis au même pied d’égalité un Géant comme Fernando Pessoa et un poète à la sauvette comme Herzellah, Monsieur se croit bien placé pour juger les grands noms de la littérature arabe et, pis encore, de ruraliser tous nos trésors littéraires ! Il ne faut pas oublier non plus les deux sujets inévitables : la vie et le sexe !

La première est un assemblage de " choses futiles, grotesques et comiques " ! Quant au sexe, ce n’est que " des mouvements risibles, chair contre chair et puis s’en vont " ! On pourrait recourir encore une fois aux théories Freudiennes pour interpréter ces déclarations mais il vaudrait mieux s’abstenir ! Cela dit, nul ne pourrait dénier le talent de Rachid Boudjedra ni l’authenticité de sa renommée mondiale. Mais il faut dire aussi qu’en littérature, personne n’est à l’abri de la décadence idéologique ou esthétique à force d’obéir à une certaine idée (assez haute) de soi ! On pourrait tout pardonner à un homme de lettre à condition que ses positions et ses déclarations soient à la hauteur de son art et fidèles à sa philosophie.

par Sarah Haidar



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