Nadia Ghalem, L’eau de la mémoire dans un sablier

 

Tambour d’Afrique et flûte de berger

lyre de reine des Aurès et voix d’ange andalous

la langue de ma mère court

comme une flamme semeuse de galaxies

la langue de ma mère…

et la terre de mon père entre la   mer et le  désert

la terre de mon père

 

Ledda m’a donné un tout petit caillou venu du mausolée de Sidi

l’ancêtre qui veille et nous protège où que l’on soit

dans ce caillou, des siècles d’Histoire, de batailles et d’amours

petite pierre de la terre de mon père

diamant secret au creux de ma main

jardin de rêve et chant muet

 

voilà les jours  de départs

vers des villes où la vie est un exil

jours de poussière écoulement de temps

dans le fragile sablier du cœur

 

fil d’Ariane à suivre

une vie à tisser

les ronces des jours ne cachent plus de roses

je veux dormir entre les pages d’un livre de voyage

 

finalement j’aime ces matins de salut au soleil

sans craindre les orages de la vie

j’aime ces jours où le rire d’un enfant

met de la musique dans l’univers

 

ainsi l’espoir luit au bout de la nuit

pétales déployés on dirait une étoile

émergeant d’un trou noir

fragile lueur d’espoir.

 

j‘ai avalé la poussière des chemins

et bu des larmes

j’ai survolé les mers et les océans

pour aller au-devant de ton visage

te voilà chêne penché par le poids des ans

 

à ne rien dire de ce qui s’écrit  l’âme se dénude

fruit ouvert aux soleils incandescents

toute passion est éphémère

le feu laisse des traces de cendre

rien il ne reste rien des heures murmurées

 

le monde en fusion consume

les beautés chuchotées

il est vain de croire que les vents tourneront

que se lève l’étoile du matin

le jour est parti au-delà des mers

il ne reste qu’une terre incertaine et des vagues déferlantes

il ne reste qu’une terre lavée de lumière

 

un roi mort

sur un lit d’or ordonne encore

l’exécution de l’aurore

 

la-bàs la mer s’est couchée sous le soleil

là, les vautours veillent

une femme chante un amour mort

 

le regard se perd dans le lointain

voyager au-delà des peurs

équilibre sur le fil instable de la vie

là où tout est éphémère

 

la mort sur les épaules

manteau de nuit et de cristal

montréal est comme une maison

de jeunesse fidèle à ton enfance

 

un cheval fou secoue ses chaînes c’est Franz Fanon

qui piaffe sa haine de tous les esclavages ennemis

c’est une perle des Antilles

dans l’œil du cyclope armé

c’est l’Afrique tapie

comme un hippopotame affamé

quelques fratricides rident sa peau

et des révolutions en furie

éclatent aux mémoires d’Algérie

un cheval fou secoue ses chaînes

c’est l’Afrique la panse pleine

de l’or des empires engloutis

dans le sang des pétroles noirs

croise au large des Antilles

un bateau-pirate d’espoirs

un cheval fou secoue ses chaînes

la nuit s’est couchée sous sa peau

son regard tremble comme un oiseau

 

 

la jument à l’œil souffrant souffle sur ses flancs

et le soleil couchant tombe dans un lac de sang

des parfums de terre et d'herbe et le printemps

et le vent et le ciel superbe

et un poulain fragile

un poulain léger

chancelle sur ses pieds

près du troupeau dans le pré

 

 

le centaure aux yeux de jade regard blessé

à l’orient des Andalousies naufragées

entre Bagdad et Grenade

quelques sérénades

et les siècles passés

l’eau des yeux fuit

les sources de lumière tarie

rumeur de tous les Sud

sable de roses anciennes

porphyres des fontaines

en quarantaine

désert des solitudes

erreur de latitudes

mille et une vies à l’ombre des soleils

mille et une nuits à nulles autres pareilles

méditerranée aux destins arrêtés

le coursier sédentarisé

hennit sa calligraphie

parole d’or silence de sable

le centaure aux yeux de jade

déchiffre encore des manuscrits arabes

 


Newsletters

s'enregistrer aux lettres d'informations

Syndication

Syndiquer le contenu