Festival documentaire sur l'histoire coloniale, du 3 au 11 février 2007

« Le cinéma n’est pas simple reflet, miroir de sociétés, mais aussi un formidable catalyseur de mémoire. Il introduit également une forme de support essentiel pour l’observation des traces historiques. » Benjamin Stora explique son travail d’historien confronté à la « fabrication » d’images pour les documentaires.

La Bataille d’Alger d’Yves Boisset (52 mn). Que reste-t-il aujourd’hui de la Bataille d’Alger dans la mémoire collective ? Sans doute le souvenir d’une victoire militaire des paras de Massu et des Bérets rouges de Bigeard sur le FLN. Mais aussi le souvenir d’une immense défaite politique et morale qui devait sceller le sort de l’Algérie française. Une défaite de l’honneur et de l’éthique qui révéla au grand jour la pratique de la torture par l’armée française. Une défaite stratégique, enfin, qui servit de ferment à la mobilisation du peuple algérien contre « l’occupant français ». Le 50e anniversaire de la Bataille d’Alger. Débat avec Yves Boisset et Benjamin Stora.
Diffusion de Mon colonel, réalisé par Laurent Herbiet (fiction et scénario de Jean-Claude Grumberg, Costa-Gavras. Avec Olivier Gourmet, Robinson Stévenin, Cécile de France, 1h 51) 1995, Paris. Le colonel en retraite Raoul Duplan est trouvé, chez lui, une balle dans la tête. Une lettre anonyme est envoyée aux enquêteurs : « Le colonel est mort à Saint-Arnaud. » 1957,— Saint-Arnaud, est de l’Algérie : un jeune officier juriste, Guy Rossi, prend ses fonctions auprès du colonel Duplan. La machine des pouvoirs spéciaux et de la torture institutionnalisée se met tranquillement en route. Elle fera du jeune juriste un bourreau. Et elle rattrapera Duplan quarante ans plus tard. Débat en présence de Benjamin Stora, Yves Boisset et Costa Gavras. Le programme sur « Les images de la guerre d’Algérie », se poursuivra dimanche 4 février avec la diffusion Des jardiniers de la rue des martyrs de Leïla Habchi et Benoit Prin (2003, 81 mn, français et arabe, sous-titré en français). Près de 40 ans après la fin de la guerre d’Algérie, dans un jardin ouvrier du nord de la France à Tourcoing, Français et Algériens cultivent leur bout de terre. Ces hommes ont été les appelés, les militants du FLN ou les harkis d’une guerre coloniale menée par la république française. Ce jardin est donc le lieu d’une mémoire multiple où se retrouvent des hommes qui auraient pu se rencontrer à la guerre ou à l’usine. C’est la culture d’un potager, activité universelle s’il en est, qui les rassemble ici. Contemporains à distance d’une histoire commune, parfois indifférents, voire hostiles les uns envers les autres pour des motifs culturels, sociaux ou politiques, ils travaillent côte à côte le même morceau de terrain. En présence des réalisateurs. Débat après le film animé par Beur FM Diaporama des photos de la guerre d’Algérie, par Marc Garanger, avec Roger Vailland, Marc Garanger a décortiqué les mécanismes de « cette guerre coloniale qui ne voulait pas dire son nom ». A 25 ans, tous les sursis et recours épuisés, il a fallu partir. Il s’est alors juré de témoigner. Arrivé au fond du bled, à Aïn Terzine, à une centaine de kilomètres au sud-est d’Alger, dans un régiment d’infanterie, il est affecté en tant que simple bidasse au secrétariat du commandement. Photographe depuis 10 ans, il est professionnel depuis deux. Bien qu’il n’y ait pas de service photo dans un régiment d’infanterie, Marc Garanger devient le photographe du régiment. Témoin d’atrocités en 1960 et en 1961, il s’efforce depuis, de les présenter au plus large public en multipliant les expositions : Femmes algériennes a tourné plus de 300 fois. Il obtient le prix Niepce, est invité à Arles, réalise tout un important travail de mémoire sur la conscience collective et rend un témoignage à ces hommes et à ces femmes dédaignés pendant cette guerre. « Je suis retourné en Algérie en août 2004 pour retrouver et photographier les personnes et les lieux que j’ai photographiés pendant mon service militaire de mars 1960 à février 1962 », photos parues dans Le Monde daté du 28 octobre 2004, sur la Une et 5 pages du cahier spécial Algérie. Garanger prépare un livre chez Atlantica : Algérie, retour aux sources. Ce travail se veut celui de la réconciliation. Parution prévue avril 2007. Pacification en Algérie, d’André Gazut (2002) Première partie : Le Sale boulot (70 mn) Comment a-t-on justifié la « sale guerre » menée par la France en Algérie ? Comment a-t-on pu laisser faire, accepter l’inacceptable, la torture et la barbarie ? « André Gazut effectue un va-et-vient entre témoignages d’appelés et de militants algériens, images d’actualités et discours officiels, les met en perspective pour dépasser le seul constat d’horreur, démonter les ressorts de la répression et construire une mémoire de cette guerre. La première partie de Pacification en Algérie débute en 1945 pour s’interrompre en 1956. Dans l’imagerie coloniale de l’époque, l’Algérie ne serait rien sans l’œuvre civilisatrice de la France. « L’Algérie, c’est la France », dit François Mitterrand, et, quand en 1954 commence véritablement la guérilla du FLN, les gouvernements de la IVe République vont laisser carte blanche à l’armée pour rétablir l’ordre. On dépoussière les lois de « responsabilité collective » abrogées à la Libération par de Gaulle, on censure la presse, on ouvre des « camps de regroupement », on menace les soldats qui oseraient dénoncer les tortures : c’est la « pacification » de l’Algérie, officiellement une opération de police, en fait une véritable guerre qui va s’intensifier en 1958 avec le vote des pleins pouvoirs à l’armée. Deuxième Partie : La politique du mensonge (70 mn). Dans la seconde partie de Pacification en Algérie, André Gazut pose la question des responsabilités, morales et politiques, des élites. Un réquisitoire accablant. Pacification en Algérie. Débat en présence de Marc Garanger et Patrice Barrat.

— Mercredi 7 février, diffusion d’une grande figure anticoloniale, Frantz Fanon, mémoire d’asile de Abdenour Zahzah et Bachir Ridouh (2002, 54 mn). Débat en présence d’Alice Cherki, ancienne collaboratrice de Frantz Fanon et auteur du livre Frantz Fanon, portrait — Jeudi 8 février, sur le thème « Regards blancs », diffusion de Le cinéma colonial de Mokhtar Ladjimi (53 mn). Cinéma de propagande ou équivalent français du western ? Exploration d’un cinéma aujourd’hui oublié. Dès 1895, l’Algérie et la Tunisie découvrent le cinéma en même temps que la France. Très vite, des Européens y tournent des films qui reproduisent les rapports de pouvoir entre la métropole et les colonies. Par ailleurs, émerge un courant contestataire dont René Vautier est l’un des représentants. « L’image négative des Maghrébins véhiculée par ce cinéma leur a longtemps collé à la peau. Aujourd’hui, les Occidentaux, et en particulier les Américains, ont remplacé cette image par un nouveau cliché, celui du terroriste intégriste. A y regarder de plus près, celui-ci n’est pas si éloigné de celui du chef sauvage des premiers muets... »

Algérie. Engagements sociaux et question nationale. De la colonisation à l’indépendance de 1830 à 1962, sous la direction de René Galissot. Un dictionnaire biographique du mouvement ouvrier Maghreb. En librairie depuis le 18 janvier 2007. Editions Atelier. Prochainement aux éditions Larousse, Dictionnaire de la colonisation française, sous la direction de Claude Liauzu.

par Nadjia Bouzeghrane
El Watan



Newsletters

s'enregistrer aux lettres d'informations

Syndication

Syndiquer le contenu