Kateb Yacine

Instruit dans la langue du colonisateur, Kateb Yacine considérait la langue française comme le « butin de guerre » des Algériens. « La francophonie est une machine politique néocoloniale, qui ne fait que perpétuer notre aliénation, mais l'usage de la langue française ne signifie pas qu'on soit l'agent d'une puissance étrangère, et j'écris en français pour dire aux français que je ne suis pas français », déclarait-il en 1966. Devenu trilingue, Kateb Yacine a également écrit et supervisé la traduction de ses textes en berbère. Son œuvre traduit la quête d'identité d'un pays aux multiples cultures et les aspirations d'un peuple.

Kateb Yacine est le père de Nadia, Hans et Amazigh Kateb, chanteur du groupe Gnawa Diffusion.

Bibliographie

- Soliloques, poèmes, Bône, Ancienne imprimerie Thomas, 1946. Réédition (avec une introduction de Kateb Yacine), Alger, Bouchène, 1991, 64 pages.
- Abdelkader et l'indépendance algérienne, Alger, En Nahda, 1948, 47 pages.
- Nedjma, roman, Paris, Editions du Seuil, 1956, 256 pages.
- Le Cercle des représailles, théâtre, Paris, Éditions du Seuil, 1959, 169 pages [contient Le Cadavre encerclé, La Poudre d'intelligence, Les Ancêtres redoublent de férocité, Le Vautour, introduction d'Edouard Glissant : Le Chant profond de Kateb Yacine].
- Le Polygone étoilé, roman, Paris, Éditions du Seuil, 1966, 182 pages.
- Les Ancêtres redoublent de férocité, [avec la fin modifiée], Paris, collection TNP, 1967.
- L'Homme aux sandales de caoutchouc [hommages au Vietnam et à Ho Chi Minh], théâtre, Paris, Éditions du Seuil, 1970, 288 pages.
- Boucherie de l'espérance,œuvres théâtrales, [quatre pièces, contient notamment Mohammed prends ta valise, 1971, et Le Bourgeois sans culotte], Paris, Éditions du Seuil, 1999, 570 pages .
- L'Œuvre en fragments, Inédits littéraires et textes retrouvés, rassemblés et présentés par Jacqueline Arnaud, Paris, Sindbad 1986, 448 pages (ISBN 2727401299).
- Le Poète comme un boxeur, entretiens 1958-1989, Paris, Éditions du Seuil, 1994.
- Minuit passé de douze heures, écrits journalistiques 1947-1989, textes réunis par Amazigh Kateb, Paris, Éditions du Seuil, 1999, 360 pages.
- Parce que c'est une femme, introduction de Zebeïda Chergui, théâtre, [contient un entretien avec Kateb Yacine avec El Hanar Benali, 1972, La Kahina ou Dilhya; Saout Ennissa, 1972; La Voix des femmes et Louise Michel et la Nouvelle Calédonie], Paris, Éditions des Femmes, 2004, 174 pages.

Préfaces


- Les Fruits de la colère, préface à Aît Djaffar, Complainte de la petite Yasmina
- Les mille et une nuit de la révolution, préface à Abdelhamid Benzine, La Plaine et la montagne
- Les Ancêtres redoublent de férocité, préface à Tassadit Yacine, "Lounis Aït Menguellet chante…", textes berbères et français, Paris, La Découverte, 1989; Alger Bouchène/Awal, 1990 [dernier texte de Kateb Yacine, adressé à Tassadit Yacine le 29 septembre 1989, un mois avant sa mort].

Kateb Yacine a également écrit plusieurs préfaces pour ses amis peintres, M'hamed Issiakhem (Œil-de-lynx et les américains, trente-cinq années de l'enfer d'un peintre) et Mohammed Khadda.

Sur Kateb Yacine


- Jean Déjeux, Bibliographie méthodique et critique de la littérature algérienne de langue française 1945-1977, SNED, Alger, 1979.
- Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Éditions Karthala, 1984 (ISBN 2-86537-085-2).
- Hommage à Kateb Yacine [avec une bibliographie détaillée de Jacqueline Arnaud], Kalim n° 7, Alger, Office des Publications Universitaires, 1987, 264 pages.
- Ghania Khelifi, Kateb Yacine, Eclats et poèmes, [chronologie et très nombreux documents], Alger, Enag Editions, 1990, 136 pages.
- Kateb Yacine, Eclats de mémoire, documents réunis par Olivier Corpet, Albert Dichy et Mireille Djaider, Éditions de l'IMEC, 1994, 80 pages (ISBN 2908295202).
- Joseph Le Coq, Kateb Yacine, le rebelle amoureux. CBA, 1989.
- Anthologie de la littérature algérienne (1950-1987), introduction, choix, notices et commentaires de Charles Bonn, Le Livre de Poche, Paris, 1990 (ISBN 2-253-05309-0)
- Benamar Mediene, "Kateb Yacine, le coeur entre les dents", Robert Laffont, Paris 2006. Préface de Gilles Perrault.

Citations


« Je suis né d'une mère folle très géniale. Elle était généreuse, simple, et des perles coulaient de ses lèvres. Je les ai recueillies sans savoir leur valeur. Après le massacre (8 mai 1945), je l'ai vue devenir folle. Elle, la source de tout. Elle se jetait dans le feu, partout où il y avait du feu. Ses jambes, ses bras, sa tête, n'étaient que brûlures. J'ai vécu ça, et je me suis lancé tout droit dans la folie d'un amour, impossible pour une cousine déjà mariée
Kateb Yacine (dans Ghania Khelidi, 1990, p. 13)

« Mais quand on parle au peuple dans sa langue, il ouvre grand les oreilles. On parle de l'arabe, on parle du français, mais on oublie l'essentiel, ce qu'on appelle le berbère. Terme faux, venimeux même qui vient du mot 'barbare'. Pourquoi ne pas appeler les choses par leur nom? ne pas parler du 'Tamazirt', la langue, et d''Amazir', ce mot qui représente à la fois le lopin de terre, le pays et l'homme libre ? »
Kateb Yacine (dans Ghania Khelifi, 1990, p. 91)

« Éternelle sacrifiée, la femme dès sa naissance est accueillie sans joie. Quand les filles se succèdent (…), cette naissance devient une malédiction. Jusqu'à son mariage, c'est une bombe à retardement qui met en danger l'honneur patriarcal. Elle sera donc recluse et vivra une vie secrête dans le monde souterrain des femmes. On n'entend pas la voix des femmes. C'est à peine un murmure. Le plus souvent c'est le silence. Un silence orageux. Car ce silence engendre le don de la parole. »
Kateb Yacine, J'ai vu l'étoile qui n'a brillé qu'une fois, dans Le Monde, Paris, 4 avril 1984.

« On croirait aujourd'hui, en Algérie et dans le monde, que les Algériens parlent l'arabe. Moi-même, je le croyais, jusqu'au jour où je me suis perdu en Kabylie . Pour retrouver mon chemin, je me suis adressé à un paysan sur la route.
Je lui ai parlé en arabe. Il m'a répondu en Tamazight. Impossible de se comprendre. Ce dialogue de sourds m'a donné à réfléchir. Je me suis demandé si le paysan kabyle aurait dû parler arabe, ou si, au contraire, j'aurais dû parler Tamazight, la première langue du pays depuis les temps préhistoriques ...
»
Kateb Yacine, Les Ancêtres redoublent de férocité, Bouchène/Awal, Alger, 1990.

Jugement


- "Nedjma est en effet sans conteste le texte fondamental de la littérature algérienne de langue française. Le début des années 50 a vu la publication de livres aussi importants que La Terre et le sang de Mouloud Feraoun, La Colline oubliée et Le Sommeil du juste de Mouloud Mammeri, la trilogie Algérie de Mohamed Dib. Mais il a fallu attendre 1956 pour que Nedjma vienne, par la complexité de sa quête et la superbe échevelée de son écriture, fonder une vraie maturité littéraire. Pour la première fois dans la littérature maghrébine, l'expression de l'intérieur fracture la syntaxe qui la porte et fait éclater du même coup cet 'indigénisme' qui soustend jusqu'aux meilleures œuvres des années 50. (…) Depuis, Nedjma demeure un texte sans doute inégalé dans la littérature maghrébine - il demeure, en tout cas, le texte le plus inépuisable. (…) Jusqu'au jour où l'auteur décide de changer de cap littéraire et de langue d'expression, s'attelant en Algérie à un immense travail théâtral en langue populaire dont Mohammed, prends ta valise et La Guerre de deux mille ans constituent les jalons les plus appréciables."
Tahar Djaout, Un film sur Kateb, dans "Hommage à Kateb Yacine", Kalim n° 7, Alger, Office des Publications Universitaires, 1987, (p. 9).


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