Le Conseil de sécurité déplore le drame de Cana mais ne le condamne pas

Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté, dimanche 30 juillet, une déclaration dans laquelle il "déplore fortement la perte de vies innocentes" dans le bombardement israélien sur Cana, au Liban sud, sans toutefois le condamner, les Etats-Unis s'y étant opposés, et appelle "à la fin des violences". Le drame de Cana a fait plus d'une cinquantaine de morts civils, dont une majorité d'enfants, déclenchant une vague d'indignation dans le monde.

Le Conseil est "extrêmement choqué et bouleversé par le bombardement par les forces de défense israéliennes d'un immeuble résidentiel à Cana (Liban sud), qui a causé la mort de dizaines de civils, principalement des enfants, et en a blessé beaucoup d'autres", dit ce texte, lu par l'ambassadeur de France, Jean-Marc de La Sablière, qui préside le Conseil ce mois-ci.

Le Conseil "déplore fortement cette perte de vies innocentes et les morts de civils dans le conflit actuel, et charge le secrétaire général [Kofi Annan] de lui présenter un rapport d'ici une semaine sur les circonstances de cet événement tragique", poursuit le document, adopté à l'unanimité mais qui n'a pas de caractère contraignant.

Il "exprime son inquiétude devant la menace d'escalade de la violence qui aurait de nouvelles conséquences graves pour la situation humanitaire, appelle à la fin des violences et souligne la nécessité urgente d'assurer un cessez-le-feu permanent, durable et qui résiste". Le Conseil "affirme sa détermination à travailler sans plus de retard pour adopter une résolution pour un règlement durable de la crise, s'inspirant des efforts diplomatiques en cours".

DES FORMULATIONS FERMES SUPPRIMÉES
Des formulations plus fermes figurant dans des versions initiales de la déclaration, dont l'une qualifiait le bombardement de Cana d'"acte inacceptable", ont été supprimées à l'insistance des Etats-Unis, comme cela avait été le cas en milieu de semaine après la mort de quatre observateurs de l'ONU dans un bombardement israélien au Liban sud.

"Nous nous opposons à toute formulation qui tire des conclusions prématurées de ce qui s'est passé", a expliqué à la presse l'ambassadeur américain, John Bolton. Washington, qui veut laisser du temps à Israël pour frapper durement le Hezbollah, a également fait retirer du texte une demande de "cessation immédiate des hostilités".

Plusieurs diplomates ont regretté l'absence de formules plus fermes, tout en se montrant réalistes. "Certains membres souhaitaient une déclaration plus ferme, d'autres y ont résisté. Mais ce texte est satisfaisant", a déclaré l'ambassadeur de Russie, Vitaly Tchourkine. "Nous aurions préféré des termes plus forts (...), mais le texte résulte d'un compromis et il est acceptable", a dit M. de La Sablière.

LE PROJET DE RÉSOLUTION FRANÇAIS

M. Bolton a estimé que l'annonce, pendant les débats du Conseil, qu'Israël allait suspendre ses activités aériennes pendant quarante-huit heures avait eu un effet favorable sur les discussions. "C'est un signe de bonne volonté", a-t-il dit. Une porte-parole de l'armée israélienne a confirmé, lundi matin, cette suspension à compter de dimanche, avec effet immédiat, des frappes aériennes au Liban pour deux jours, tout en se réservant le droit de continuer à attaquer d'éventuels commandos du Hezbollah.

M. de La Sablière a déclaré que le Conseil allait maintenant "travailler en vue de l'adoption d'une résolution" visant à faire cesser les hostilités et apporter un règlement durable du conflit.

La France a introduit, dimanche, un projet allant en ce sens, qui prévoit notamment de jeter les bases nécessaires à un accord-cadre politique en vue d'"un cessez-le-feu permanent et d'un règlement durable". Le projet détaille des mesures à prendre pour cela, y compris le déploiement d'une force internationale, sous réserve de l'approbation des gouvernements libanais et israéliens et d'un accord de principe entre eux sur les principaux éléments d'un plan de règlement global. Le texte français pourrait faire l'objet de premières discussions formelles à partir de lundi, selon des diplomates.

Toutefois la seule certitude, dimanche soir, était que le Conseil adopterait lundi matin une résolution technique prorogeant pour un mois le mandat de la Force intérimaire de l'ONU au Liban sud (Finul, d'environ 2 000 hommes), arrivé à expiration, pour se donner le temps de réfléchir à l'envoi éventuel d'une force internationale plus puissante.

copyright, Le Monde, 31 juillet 2006