La guerre n’oublie pas Gaza

Dans la seule journée de mercredi, 24 Palestiniens ont été tués au cours des opérations menées par Israël dans la bande de Gaza. C’est une des journées les plus noires depuis le 28 juin, date du début de l’offensive israélienne destinée à récupérer le soldat Gilad Shalit, enlevé 3 jours plus tôt et à faire cesser les tirs de roquettes du Hamas contre le sud d’Israël. Malgré l’engagement important des forces israéliennes, aucun des deux objectifs n’a encore été atteint.

Tout a commencé à Gaza le 25 juin avec l’enlèvement du soldat, Gilad Shalit, par des combattants proches du Hamas. Le jeune caporal, un tankiste de 19 ans qui possède aussi la nationalité française, a été fait prisonnier en territoire israélien par un commando palestinien venu de la bande de Gaza. Les brigades Ezzedine al-Qassam (branche armée du Hamas), les Comités de la résistance populaire et l’Armée de l’Islam ont revendiqué l’enlèvement. Plus d’un mois après sa capture et malgré de multiples opérations dans la bande Gaza, l’armée israélienne n’est toujours pas parvenue à obtenir sa libération.

Jeudi, le président palestinien Mahmoud Abbas avait laissé entendre, depuis Rome, qu’il croyait en une «prochaine libération» du soldat israélien. Des propos immédiatement démentis par le porte-parole de la branche armée du Hamas, Abou Obeïda, qui a affirmé «il n’y a rien de nouveau à propos de ce dossier. La question est toujours entre les mains des trois groupes armés -qui ont enlevé le soldat- et pas entre les mains de quelque leader politique que ce soit».

Eclipsée par celle du Liban, la guerre n’a pourtant pas cessé, en territoire palestinien. Mercredi, une cinquantaine de chars israéliens ont envahi le quartier de Choujaïya dans l’est de Gaza et le camp de réfugiés de Jabaliya. Dans ce bastion du Hamas, les affrontements ont été très violents avec les combattants du mouvement islamiste. Par ailleurs, l’armée israélienne est intervenue dans le sud de la bande de Gaza, dans le secteur frontalier de Soufa, à la recherche de tunnels et d’armements. Selon des sources palestiniennes, de nombreuses maisons ainsi que des puits ont été détruits. De leur côté, les militaires israéliens assurent téléphoner à chaque fois aux occupants des maisons, pour les prévenir de l’imminence d’un raid. Il y a aussi de gros dégâts sur les routes et les réseaux de distribution d’électricité et d’eau ont subi des dommages importants. A Gaza même, les bombardements ont touché le siège d’une force du Hamas et des bureaux du gouvernement palestinien.

Alors qu’elle poursuit ses opérations au Sud, à Soufa, l’armée israélienne a fini par se retirer du nord de la bande Gaza vendredi, laissant derrière elle 30 morts, dont deux jeunes enfants et de multiples blessés. Des médecins palestiniens soupçonnent les Israéliens d’utiliser des armes et des munitions non conformes aux lois internationales. Ils affirment n’avoir jamais vu de telles blessures, souvent de graves brûlures, concentrées sur les membres inférieurs et provoquant un taux élevé d’amputations. Un porte-parole du ministère de la Santé palestinien est plus catégorique : «nous sommes sûrs dit-il, que les forces d’occupation utilisent des bombes qui sont interdites par le droit international. Les fragments de ces bombes explosent à l’intérieur des corps et brûlent horriblement, provoquant la mort ou des amputations», ce dont l’armée israélienne se défend avec la dernière énergie. «Nous n’utilisons que des armes et des munitions conformes aux lois internationales», affirme un porte-parole.

Un Hamas bicéphale

Le Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas, en visite jeudi en Algérie, continue d’appeler à un arrêt des opérations dans la bande Gaza et en Cisjordanie. Il exhorte, sans succès jusqu’à présent, la communauté internationale à se rappeler de cette «guerre oubliée» et à intervenir. Pour tenter de sortir de l’impasse, des contacts sont en cours entre les Egyptiens, le président Abbas et différents partis révèle le porte-parole du gouvernement Hamas, Ghazi Hamad. Mais poursuit-il, nous ne pouvons pas prendre la décision finale de libérer le soldat Shalit, parce qu’il a été capturé par des groupes armés. Un casse-tête pour le responsable du Fatah, Abdel Hakim Awad, pour qui l’existence d’une direction bicéphale du Hamas, à Gaza et à Damas, où se trouve le chef du bureau politique en exil Khaled Mechaal, complique singulièrement une prise de décision pour sortir de la crise. «Si la clef dépend du Hamas à Gaza, il y aura une solution. Si elle est entre les mains de Mechaal et des Syriens, nous sommes alors confrontés à un véritable problème» a-t-il averti.

Ces trente jours d’attaques, ont mis les fragiles infrastructures palestiniennes à genou. Lors de sa visite dans la bande de Gaza, la commissaire européenne aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, a pu constater que ce territoire palestinien était dans «une situation de crise totale». Elle a annoncé lors de son passage à l’hôpital Chifa de Gaza, le versement progressif par l’Union européenne (UE), de 40 millions d’euros pour le secteur de la santé. Cet argent sera directement transféré sur les comptes des 13 000 médecins, infirmières et agents qui travaillent à l’hôpital. Un bol d’air salutaire pour ces salariés dont certains n’ont touché qu’un mois de salaire au cours de cinq derniers mois.

Les sommes allouées aux Palestiniens le sont grâce à un mécanisme qui permet de contourner le gouvernement du Hamas, une organisation considérée comme «terroriste» par l’UE et les Etats-Unis et donc, de ce fait, boycottée. La Commission européenne a débloqué 105 millions d’euros dans le cadre de ce mécanisme mis en place depuis le mois de juin. Ces fonds serviront aussi à approvisionner en carburant les hôpitaux palestiniens privés d’électricité et qui tournent grâce à des générateurs. La principale centrale électrique de Gaza a été en effet bombardée dès le 28 juin par l’aviation israélienne.

par Claire Arsenault
copyright, RFI, le 27/07/2006