L'Onu appelle à une cessation totale des hostilités au Liban

NATIONS UNIES (Reuters) - Le Conseil de sécurité de l'Onu a adopté vendredi soir à l'unanimité de ses 15 membres une résolution appelant à la cessation des combats entre Israël et le Hezbollah libanais et autorisant le déploiement d'une force de maintien de la paix de 15.000 hommes au maximum.

Ce vote est l'aboutissement de plusieurs semaines d'âpres négociations aux Nations unies et ailleurs, et constitue la première initiative concrète visant à mettre fin aux combats entre Israël et les combattants du Hezbollah, qui ont fait un millier de morts côté libanais, et 121 côté israélien.

La résolution appelle à une "cessation totale des hostilités" et demande au Hezbollah de cesser immédiatement toutes les attaques et à Israël de cesser "toutes les offensives militaires".

L'existence d'un accord sur ce texte parrainé par la France et les Etats-Unis n'a été annoncée que quelques heures avant le vote par la secrétaire au Foreign Office, Margaret Beckett.

 

Les gouvernements israélien et libanais doivent approuver le texte ce week-end. Leurs chefs respectifs ont appelé leurs ministres à donner leur feu vert.

Mais le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, a déploré que le conseil ait autant tardé à s'accorder sur une résolution. Il a déclaré qu'il contacterait ce week-end toutes les parties afin de fixer un calendrier pour la fin des combats.

"Tous les membres de ce conseil doivent être conscients du fait que cette incapacité à agir plus tôt a fortement remis en cause la confiance du monde dans son autorité et son intégrité", a déclaré Annan. "La guerre n'est pas la continuation de la politique par d'autres moyens."

"Pendant trop longtemps, le Liban a été une victime, accablé par une transformation politique incomplète depuis la fin de la guerre civile", a-t-il ajouté. "Au cours des cinq dernières semaines nous nous sommes souvenus, une nouvelle fois, à quel point le Proche-Orient est devenu une région tendue et fragile."

Une fois que les combats auront cessé, Israël devra entamer un retrait progressif du Liban tandis que l'armée libanaise et une version renforcée de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) portée à 15.000 hommes maximum se déploieront au Sud-Liban, contrôlé par le Hezbollah.

La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a souligné toutefois que personne ne devait s'attendre à ce que cette résolution fasse totalement cesser les violences.

 

"Maintenant commence le travail difficile et urgent de l'application (de la résolution)", a-t-elle dit. "Le peuple du Proche-Orient a vécu trop longtemps à la merci des extrémistes."

Mais le ministre libanais des Affaires étrangères par intérim, Tarek Mitri, a énuméré tous les aspects du texte qui ne satisfont pas les exigences de Beyrouth, en insistant tout particulièrement sur le paragraphe demandant à Israël de ne cesser que ses "offensives militaires", ce qui lui laisse implicitement le champ libre pour des opérations "défensives".

"Un cessez-le-feu incomplet n'est pas un vrai cessez-le-feu. Un cessez-le-feu qui, par sa définition même, ne peut être mis en oeuvre n'est pas un cessez-le-feu. Un cessez-le-feu qui réserve à l'une des parties le droit de ne pas cesser de tirer n'est pas un cessez-le-feu", a-t-il dit.

L'ambassadeur d'Israël à l'Onu, Dan Gillerman, a déclaré que son pays était "prêt à répondre aux appels de ce conseil".

Il a souligné toutefois que la résolution n'était qu'une étape vers le règlement du problème à l'origine du conflit.

 

"Nous devons profiter de cette occasion pour ouvrir un nouveau chapitre pour la région, un chapitre dans lequel la modération ne sera pas perçue comme de la faiblesse, et une main tendue pour la paix ne sera pas perçue comme une reddition", a-t-il dit.

Rice, Beckett, ainsi que les ministres des Affaires étrangères du Qatar, de la France, du Danemark et de la Grèce - qui siègent tous au Conseil de sécurité - ont levé la main pour voter le texte lors d'une séance présidée par le chef de la diplomatie ghanéenne, Nana Akufo-Addo.

"Enfin le Conseil de Sécurité des Nations unies décide l'arrêt de la guerre au Liban et en Israël", a déclaré le chef de la diplomatie française, Philippe Douste-Blazy.

"Enfin il est mis fin aux destructions, aux centaines de milliers de déplacés de part et d'autre de la frontière, une situation économique et humanitaire chaque jour de plus en plus dramatique."

"Des éléments décisifs sont intervenus qui ont permis le résultat présent. Le Conseil des ministres libanais a annoncé son intention de déployer son armée au Sud-Liban, avec l'appui de la FINUL. La France a salué cette initiative qu'elle considère comme un événement majeur, c'est un tournant historique pour ce pays."

 

La résolution autorise le renforcement des effectifs de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, ou Finul, afin qu'elle "prenne toutes les mesures nécessaires" pour remplir sa mission.

A la demande du Liban, le texte ne mentionne pas expressément, contrairement à sa version initiale, le chapitre 7 de la Charte de l'Onu, mais utilise sa formulation pour autoriser une application vigoureuse du mandat de la Finul.

La résolution impose un embargo sur les livraisons d'armes et d'équipements militaires à "toute entité ou individu" au Liban à l'exception de l'armée libanaise et de la Finul.

Mais seul le préambule de la résolution, qui est moins contraignant, appelle à la libération sans conditions des soldats israéliens enlevés par le Hezbollah le 12 juillet lors d'un raid transfrontalier qui a déclenché le conflit. Israël a ensuite attaqué le Liban et le Hezbollah a tiré des roquettes sur le nord d'Israël.

 

par Evelyn Leopold et Irwin Arieff

 

posté par la redaction