Algérie: La Palestine seule au monde

Les démocraties occidentales sont face à un dilemme sérieux. Elles reconnaissent que le Hamas a été démocratiquement élu mais refusent de reconnaître son droit de gouverner conformément aux dispositions instituant l'Autorité palestinienne.

Etrange attitude ! Pourtant, les mêmes démocraties occidentales, du moins bon nombre de pays occidentaux, ont crié au scandale et à l'usurpation lorsque l'arrêt du processus électoral a été décidé en Algérie en 1992. Pourtant, ce sont des islamistes radicaux qui voulaient instaurer un Etat théocratique que ces démocraties défendaient. A moins que la menace contre Israël ne soit plus importante aux yeux des démocraties occidentales que la menace qui pourrait peser sur une autre nation. En fait, tout l'enjeu est là. Si, aujourd'hui Israël se permet, au vu et au su de tous, de boucler et de bombarder Ghaza, de tuer des femmes et des enfants, c'est parce que l'Occident lui a franchement donné un chèque en blanc.

Lorsque Khomeyni a instauré la République islamique en Iran, les démocraties occidentales se sont empressées de reconnaître le nouveau régime et de le soutenir, car, pour elles, le nouvel Iran pourrait être un rempart contre le communisme de l'Est. Lorsque les islamistes ont renversé le pouvoir communiste de Kaboul et ont instauré une série de régimes théocratiques successifs, les mêmes démocraties les ont reconnus, pour les mêmes raisons. Lorsque les taliban, encore plus radicaux, ont balayé tous les partis islamistes pakistanais, le même Occident leur a apporté son soutien indéfectible jusqu'aux attentats du 11 septembre 2001.

Le Hamas, produit des contradictions historiques intra-palestiniennes et palestino-israéliennes, une des factions politiques et armées de la résistance palestinienne, a accepté de se soumettre aux urnes et a remporté haut la main les législatives, est montré du doigt par l'Occident alors que l'occupant des territoires palestiniens, qui a bafoué les dé cisions et les résolutions de l'ONU, qui a renié ses propres engagements internationaux, qui a interrompu de façon unilatérale les accords d'Oslo, qui a rejeté la feuille de route après avoir rejeté la proposition de paix globale adoptée par tous les pays arabes à Beyrouth, bénéficie de tout le soutien politique, militaire, financier et économique de l'Occident.

Les Palestiniens sous Arafat et sous Abbas, y compris le Hamas, ont fait toutes les concessions possibles sans rien gagner. L'Autorité palestinienne n'a aucune autorité, n'a aucun territoire libre sur lequel elle peut exercer un semblant de souveraineté. L'Etat palestinien est hypothéqué. Mais Israël bénéficie et bénéficiera de tout le soutien financier, militaire, économique et politique qui isole la Palestine et les Palestiniens, désormais seuls au monde, même parmi les Arabes.

par Abdelkrim Ghezali
Copyright © 2006 La Tribune.


posté par la redaction