Arrêt des affrontements meurtriers entre Hamas et le Fatah

Le Hamas et le Fatah sont convenus de rétablir le calme dans la bande de Gaza au soir d'une journée marquée par de violents affrontements au cours desquels les bureaux du président Mahmoud Abbas ont été la cible de tirs de mortier tandis que les forces du Fatah, sa faction, s'emparaient de deux ministères.
L'incertitude règne toutefois sur le respect de cette trêve, alors que des tirs continuaient de retentir près des bureaux d'Abbas à Gaza.

Le Hamas a rejeté l'appel à de nouvelles élections formulé la veille par Abbas et de précédents accords entre les deux factions sont restés lettre morte. Le Hamas et le Fatah ont donné des versions différentes de l'étendue de l'accord.

Selon le Hamas, il prévoit la reprise des discussions sur la formation d'un gouvernement d'union. Mais des responsables du Fatah ont dit qu'il ne faisait qu'appeler à l'arrêt des affrontements. Ismaïl Roudouan, un responsable du Hamas, a précisé que les deux groupes avaient décidé de reprendre les discussions sur la formation d'un gouvernement d'union, de mettre fin aux démonstrations de force, de faire rentrer les forces de sécurité dans leurs cantonnements, de relâcher les personnes enlevées par chaque camp et de mettre fin aux sièges de ministères contrôlés par le Hamas. Abdel-Hakim Aouad, porte-parole du Fatah, a déclaré que l'objectif était de faire appliquer le cessez-le-feu dans la bande de Gaza et en Cisjordanie occupée.

Le ministre des Affaires étrangères Mahmoud al-Zahar, haut responsable du Hamas, avait quelques heures auparavant accusé les forces d'Abbas de tenter un putsch en prenant le contrôle des ministères de l'Agriculture et des Transports. Il a exigé que ces forces quittent les lieux, faute de quoi elles seraient arrêtées, un ultimatum qui pourrait susciter de nouvelles violences.

Les forces fidèles au Hamas et au Fatah d'Abbas se sont affrontées tout au long de la journée de dimanche dans la bande de Gaza. Un haut responsable des forces fidèles à Abbas a été retrouvé mort après avoir été enlevé. Des habitants ont affirmé que ces affrontements entre factions rivales étaient d'une violence sans précédent.

Ces heurts sont intervenus au lendemain de l'appel du président de l'Autorité palestinienne à des élections anticipées, une initiative visant à obtenir la levée des sanctions imposées par les Occidentaux au gouvernement dirigé par le Hamas, en place depuis neuf mois. "Il s'agit d'un véritable coup d'Etat, des assassinat, des tentatives d'assassinat, l'occupation de quartiers généraux et de ministères", a déclaré Zahar, visiblement ulcéré, lors d'une conférence de presse.

Des responsables palestiniens de la Sécurité ont déclaré que trois obus de mortier étaient tombés près des bureaux d'Abbas, blessant au moins cinq membres de sa garde personnelle. Abbas ne se trouvait pas à Gaza à ce moment-là. Une étudiante de 19 ans, prise dans une fusillade près du complexe présidentiel a été mortellement blessée, a-t-on appris de source hospitalière.

Quinze autres personnes au moins prises dans des tirs croisés ont été blessées à proximité. Parmi elles figurent le correspondant de Libération, Didier François, blessé à la jambe.

Le Premier ministre Ismaïl Haniyeh, commentant pour la première fois publiquement l'appel d'Abbas à des élections anticipées, a déclaré que ceci ne ferait qu'aggraver les troubles et il a lancé un appel au calme. Le Hamas a fait savoir qu'il boycotterait des élections anticipées.

Abbas a déclaré que le scrutin devrait se tenir le plus tôt possible, mais il a aussi dit que les efforts en vue de la formation d'un gouvernement d'union devaient se poursuivre. Poursuivant une tournée dans la région, le Premier ministre britannique Tony Blair est arrivé en Israël où il doit s'entretenir lundi avec le Premier ministre Ehud Olmert. Il doit aussi rencontrer le président Abbas.

L'intervention de la garde spéciale d'Abbas fait suite à une opération menée à l'aube par des hommes masqués dans un camp d'entraînement utilisés par la garde. Un garde a été tué et cinq autres au moins ont été blessés.

Abbas a rencontré dimanche des membres de la commission électorale palestinienne pour travailler à la préparation d'un nouveau scrutin qui, selon des responsables, ne devrait pas intervenir avant la mi-2007.

La loi fondamentale palestinienne ne prévoit pas d'élections anticipées. Le Fatah affirme qu'Abbas peut en convoquer par décret présidentiel. Le Hamas, arrivé au pouvoir en mars après avoir battu le Fatah dans les urnes, maintient que ce serait illégal.

par Nidal al Moughrabi
Source: Reuters