Essayer de retrouver et de montrer ne serait-ce que
des pans épars de ce que fut l’Algérie antique, voilà ce à quoi Mlle Sabah
Ferdi, conservatrice du musée de Tipaza, gardienne et protectrice acharnée du
patrimoine historique de la région auquel elle voue désormais sa vie.
Le livre dont il est question ici a été mis sur les étals des
librairies au mois d’avril sous le titre : Mosaïque romano-africaines, culture
et nature à Cherchell*. Cet ouvrage, une belle réussite éditoriale des éditions
du Tell est « (...) avant tout un album d’images de mosaïques présentées,
décrites, commentées et replacées dans leur contexte », dit Mlle Ferdi,
elle-même, dans son introduction.
En réalité, il s’agit d’une étude détaillée,
image après image des ornements, qui jadis étaient destinés à donner beauté,
lustre et, parfois même, faste aux maisons des notables romains et/ou
romano-africains de l’historique capitale Caésaréa (aujourd’hui Cherchell). Le
livre prend plus de valeur lorsqu’on apprend qu’il est tiré d’une thèse que
l’auteur projette de faire paraître prochainement. Cela veut dire que la
publication est la synthèse de travaux de recherches documentaires et de terrain
qui ont duré plusieurs années. Avec ces images et les textes d’explications qui
les accompagnent, la conservatrice du musée de Tipaza nous fait entrer dans
l’intimité des maisons caésariennes (patios, séjours, et autres vestibules,
chambres ou thermes privés).
Le visiteur, page après page, est invité dans la
maison de Julii, la maison des Thybridi Basiliani, la maison de la légende
d’Achille, de la propriété Voltro, ou encore la maison de Kaïd Youssef, etc.
Elle les a classées sous la dénomination de « mosaïques suggestives d’une
culture ». C’est, en effet, cette dernière qui a constitué le substrat qui a
engendré les idées des créateurs des scènes. Une deuxième partie, dite des
mosaïques expressives d’une nature, entrouvre les portes de la maison de la
« Jonchée de feuillage » des mosaïques des travaux champêtres, des maisons du
Cap Tizerine et de plusieurs autres qui furent à l’époque d’aussi riches
demeures.
L’ouvrage, en plus des informations qu’il donne sur l’architecture et
les aménagements intérieurs ou extérieurs d’habitations érigées entre le IIIe et
le VIe siècles après J.-C., dans une région qui elle, est occupée depuis près de
25 siècles, s’avère être une bien profitable source de renseignements sur les
croyances, les goûts ornementaux et vestimentaires des citadins et des ruraux de
Caésaréa. Les artistes et artisans qui réalisèrent ces merveilles trouvaient
leur inspiration, soit dans leur culture (entre autres les fonds mythologiques
et religieux grecs et romains), soit dans la nature qui a toujours été (et qui
est toujours) exubérante dans cette région. Pour le rapprochement, Mlle Ferdi a
photographié les spécimens végétaux qui ont servi de modèles à la réalisations
des motifs floraux que l’on retrouve dans les mosaïques. La lecture s’en trouve
facilitée sans compter qu’on lira, avec délice, de nombreuses citations tirées
des œuvres d’auteurs anciens, tels qu’Apulé de Madaure, de Némésien ou de
Dracontius.