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Le Goût d’Alger

Alger la Blanche n’est pas
nécessairement la destination préférée de votre prochaine escapade touristique.
Mais peut être irez-vous pour affaire? A moins que, préférant la posture du
voyageur immobile, vous ne préfériez rêver d’y aller?
Dans les deux cas,
Le Goût d’Alger, dernier-né (décembre 2005) de la série de littérature de
voyage en format de poche publiée par les éditions Mercure de France, vous sera
un compagnon précieux.
Certes, vous ne vous arrêterez pas nécessairement
sur les auteurs «anciens» que sont Maupassant, Montherlant, Loti, Eberhart,
Feydau, Alexandre Dumas, Gide ou Camus. Mais il vous restera la riche palette
des auteurs algériens contemporains, vous ne serez pas déçu, ils sont tous là :
Rachid Mimouni, Yasmina Khadra, Assia Djebbar, Kateb Yacine, Leïla Sebbar, Nina
Bouraoui, et même Fellag et Y.B. en personne!
Pour tous, Alger, c’est
d’abord le port, le bleu du ciel, la montagne, les maisons blanches,
l’omniprésente Casbah, l’odeur du jasmin, le goût de la vie. Mais Alger, c’est
aussi d’interminables cités populaires, des années de violence, de haine et de
mort, ingrédients aujourd’hui incontournables de la littérature algérienne. Et
sans doute pour longtemps encore, tant sont profondes les blessures, celle de la
décolonisation comme celle des luttes intestines.
Alger en littérature,
c’est aussi, inévitablement, le croisement des cultures arabe, berbère et
française. C’est le français, langue du colonisateur, mais aussi langue des
Algériens exilés et celle de ceux qui vivent à cheval sur les deux pays.
Du haut de ses 136 pages au format poche (de chemisette), Le Goût
d’Alger offre, grâce à Mohammed Aïssaoui, un superbe panorama de la littérature
consacrée à Alger. Au-delà de sa formule bien typée, ce livre n’est pas sans
rappeler le travail de compilation réalisé par l’Association Babelmed et
intitulé Littératures fécondes.
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Extraits
Ici, dans cette inextricable toile d’araignée, le renoncement lève comme
une pâte vénéneuse sans cesse extensive. Les gens n’attendent plus rien. Ils ont
les pieds au purgatoire, la tête dans les limbes, et leurs prières se prolongent
dans les imprécations. Les graffitis sur les murs ont un accent d’épitaphe.
Yasmina Khadra, Double Blanc, Baleine-Le Seuil, 1997.
Pour ceux de la cité, l’été c’est un bloc d’ennui et de chaleur tout
ensemble. L’ennui que l’on traîne le long de jours interminables, que vainement
l’on essaie de tromper, que pas un souffle d’air ne vient distraire. Des
journées qui s’additionnent, exactement semblables, et que l’on n’ouvre pas les
fenêtres, histoire de ne pas voir le soleil qui désespérément s’attarde sur la
ville.
Maïssa Bey, Au commencement était la mer…, Marsa Editions,
1996.
Quand l’une d’elles posait à une autre cette question
obsédante: «combien d’enfants as-tu?». J’ai souvent entendu cette réponse par
exemple: «Trois!». Et l’interpellée de préciser après un temps d’arrêt,
d’hésitation: «Trois enfants seulement et six filles. Qu’Allah éloigne le
malheur de toi!». A quatre, cinq ans, je me sentais déjà agressée par les propos
de mon entourage. J’interprétais déjà que les filles n’étaient jamais des
enfants. Vouées au rebut dès la naissance, elles incarnaient une infirmité
collective dont elles ne s’affranchissaient qu’en engendrant des garçons.
Malika Mokkedem, Mes hommes, Grasset & Fasquelle, 2005.
Brusquement, après uen nuit où j’ai sombré dans un sommeil lourd,
c’est sous la douche glacée que j’ai compris que j’avais besoin, une seconde
fois, de retourner là-bas, vers où mon enfance palpite. Comme si, toute la nuit,
paralysé, mon inconscient avait insidieusement tissé cette envie de retourner,
d’essayer à nouveau, j’emploie ce verbe à la manière d’un amoureux qui
accomplirait, en direction de l’amante, une seconde et dernière tentative de
réconciliation…
Assia Djebbar, La disparition de la langue
française, Albin Michel, 2003.
Je m’appelle Alger, Alger la
blanche. C’est ce ventre qui a enfanté la douleur et la haine.
C’est ce ventre qui a fait de moi la ville de la mort; Je
m’appelle Alger. Je rêvais pourtant me croirez-vous? de porter mes
enfants avec un égal amour. Je m’appelle Alger.
Kebir M. Ammi,
Alger la blanche. Les terres contrariées, Lansman Editeur,Carrières,
2003. |
Rédaction Babelmed
(27/02/2006) |
L’auteur signale également
un site consacré aux littératures maghrébines: www.limag.com
Le
Goût d’Alger, sous la direction de Mohammed Aïssaoui, Editions Mercure de
France, Paris, Décembre 2005. www.mercuredefrance.com
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