La poésie de Noureddine Taïbi s’inscrit contre la
fragilité et la discipline de la poésie arabe classique : la rime et la
régularité du vers ne sont plus considérées comme indispensables.
Notre poète insiste moins sur la beauté du son que sur la qualité
du souffle : « On appela malheur le sable qui coulait Comme poussière au sablier
Sous les paupières Dans tous les yeux du monde Je m’aventure et je me perds. »
Noureddine Taïbi est aussi de ces poètes qui mettent l’accent sur l’émotion
plutôt que sur la technique, sur l’inspiration plutôt que sur « le labeur
poétique ». Le poète suit son inspiration romantique. Il écrit sans peur, il
laisse aller son imagination, il griffonne des vers magiques pour l’oreille de
son âme, de toutes les âmes : « On appela oiseaux un envol de mouchoirs On
appela bonheur et jadis et naguère Dans tous les yeux du monde Je m’aventure et
je me perds. » Pour Noureddine Taïbi, le poète n’est pas un artisan, mais un
visionnaire, il suit son inspiration. Il reçoit une charge d’énergie qu’il
transfère dans son poème. Le poème accumule cette énergie. Le lecteur - ou
l’auditeur - reçoit la « décharge ». Première conséquence : le poème ne peut
être contenu dans un schéma préétabli. « La forme n’est jamais plus que
l’extension du contenu qui varie, notamment, selon l’intensité de
l’inspiration. » Ainsi, notre poète oppose la poésie « formée », toujours en
vigueur, notamment chez les poètes universitaires, à une poésie « ouverte ». Les
principes de cette poésie ne sont pas nouveaux. Les aînés de Noureddine Taïbi,
notamment Omar Azradj, Abdellali Rezagui ou Rabéa Djalti en ont jeté les
premières « bouées » pour la poésie algérienne écrite en arabe. Mais notre poète
veut que dans un poème ouvert : « Une perception doit en appeler une autre
immédiatement et directement. Ainsi, dans ce poème, tous les éléments - la
syllabe, le vers, aussi bien que l’image, le son et le sens - doivent contribuer
à sa construction, tout comme le font les objets dans la réalité » : « On appela
sourire une lèvre gelée On jeta de la cendre aux braises de l’oubli Dans tous
les yeux du monde Je m’aventure à ta rencontre. » Ainsi, le poème doit être une
projection dynamique de mots ayant valeur d’objets. Mais ces mots ont un son. Et
ces sons sont émis dans un « souffle ». Dans la déclamation, Noureddine Taïbi
accorde aussi une grande importance à l’unité respiratoire, à la « respiration »
qui devient une préoccupation centrale. « Ta machinerie est trop forte pour moi,
Tu m’as donné le désir d’être un saint, Je ferai mieux de me mettre au travail
tout de suite. » Durant les années de feu et de tragédie « rouge », c’est un
amour déçu mais authentique et parfois agressif que Noureddine Taïbi éprouve
devant son « Algérie blessée ». En ces temps de malheurs, le poète a
parfaitement défini sa propre poésie. Pour lui, « le poème est un miroir qui
descend une rue lugubre, obscure et étrange... ».
(1)
Enseignant à Koléa, Noureddine Taïbi a, à son actif, plusieurs recueils de
poèmes dont l’un a été édité par l’UE algérien.
Par
Djilali Khelas
El-Watan,
Alger le 15 Mai 2006
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