Poèmes de Denis Pourawa inspires par des photographies numériques prises par Tokiko,
2006, Nouméa, Grain de Sable et L’Herbier de feu.
Ce livre présente sous forme de puzzle, d’agrandissements, de détails, repris et modifiés dans des mosaïques qui se recomposent, les photographies et les poèmes exposés au Centre Culturel Tjibaou en 2003. L’idée qui devait prendre finalement la forme de l’exposition (grands formats, mur libre pour l’expression spontanée, présence d’une bande vidéo) puis de ce livre, a à voir avec la façon dont les mots et les images peuvent aider à revenir de la mort vers la vie, du sentiment tragique vers une pensée positive.
Lors des « Événements » de 1984-1988 en Nouvelle-Calédonie, des maisons furent incendiées, et leurs propriétaires expulsés quittèrent leurs propriétés. Après les incendies, qui datent d’il y a plus de vingt ans, de la période de quasi guerre civile à laquelle les Accords de Matignon ont mis fin, des groupes de jeunes Kanak ont squatté ces endroits, les ont occupés, y ont vécu. Les murs furent couverts de dessins, de graffitis et de slogans, de rendez-vous, de menaces, d’expressions libres. Tokiko a commencé à prendre des photos une dizaine d’années après les événements, frappée par la beauté tragique de ces lieux habités par la violence et la mort. Le jeune poète kanak Denis Pourawa, inspiré à son tour par les photographies, à un moment où il venait souvent à Grain de Sable pour écrire sur les ordinateurs mis à sa disposition, écrivit alors les poèmes qui accompagnent les photos du livre. L’exposition mettait sans doute au premier plan le matériel graphique ; le livre, en réponse, redonne toute leur importance aux mots de Denis qui interprète ces palimpsestes et redonne du sens aux traces de désespoir et de lutte gravées sur les murs.
Les poèmes sont nourris d’ancestralité, nourris de leur relation avec les origines sacrées de l’art. Il est permis d’établir une relation entre les graffitis photographiés, l’évocation de la gestuelle de l’écriture et l’art de la gravure rupestre, telle qu’elle est représentée en Nouvelle-Calédonie par les pétroglyphes disséminés sur le Territoire et les grottes à peintures. On peut alors considérer que les maisons obscures aux murs noircis forment, avec ces mots griffés et gravés, comme des “grottes” modernes où s’est jouée une nouvelle version des rites de relation à l’être, à l’identité et aux croyances sacrées. Avec les inscriptions noires sur les murs, les lettres tracées au charbon de bois, avec les slogans violents et les obscénités, les photos et les poèmes offrent une réponse à la violence historique aussi bien qu’une remise en jeu de la violence sacrée. Les transformations socio-historiques de la Nouvelle-Calédonie sont accompagnées par le passage des chants immémoriaux et des incantations magiques à un livre qui n’est plus destiné à une communauté réduite, tremblante dans les ténèbres, mais à tous les lecteurs, parmi la communauté infinie des êtres humains de toutes les îles, de toutes les terres.
Pour acheter ce livre: www.pacific-bookin.com
e.mail : bookin@canl.nc
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