L'auteur de la Rose de Blida parlera de son dernier ouvrage les Sirènes de Bagdad qui, avec les Hirondelles de Kaboul et l'Attentat, boucle la trilogie consacrée au terrorisme
Yasmina Khadra participe cette année à la 11e édition du Salon international du livre d'Alger. Il sera, le 2 novembre prochain, l'invité de l'Etablissement Arts et Culture et de Sedia Edition dans le cadre de la rencontre littéraire hebdomadaire les «Mercredi du verbe».
A cette occasion, l'écrivain algérien parlera de ses ouvrages, notamment le dernier, les Sirènes de Bagdad. Cet ouvrage boucle, avec les Hirondelles de Kaboul et l'Attentat, une trilogie consacrée au terrorisme et dont le but est d'«aller au commencement du malentendu», expliquera l'auteur. A ce propos, Yasmina Khadra dira dans un entretien paru dans le Monde : «Quand j'écris, ce n'est pas pour cautionner. Contrairement à certains qui s'érigent en monument de solidarité et d'humanité, j'ai fait la guerre contre les terroristes. Je n'ai pas condamné le terrorisme à partir de mon salon, je l'ai combattu. Pendant huit ans, j'ai vécu tous les jours dans la peur et le deuil ».
La trilogie, un devoir
L'auteur soutient donc que cette trilogie est vouée «au malentendu entre Orient et Occident». Un terme qu'il estime plus juste pour expliquer les conflits entre l'Orient et l'Occident, au lieu de celui du «choc de civilisations» que l'auteur refuse et réfute. Il tient à souligner par ailleurs qu'il a réalisé cette trilogie par devoir. «Les intellectuels préfèrent regarder ailleurs, il fallait que quelqu'un le fasse. Je l'ai fait.»
Il a semblé à l'écrivain qu'il était «nécessaire d'oeuvrer afin de reconstruire les passerelles naturelles qui ont toujours existé entre l'Orient et l'Occident [ ]. La perception du monde arabo-musulman est totalement biaisée, pour ne pas dire stupide. [ ] Je voulais absolument soustraire les sujets que je traite -le terrorisme, le fondamentalisme ou l'extrémisme-, à l'influence des médias».
En effet, dans cet entretien, Yasmina Khadra explique que, quand la télévision s'attarde sur un attentat, elle montre les corps, les débris, le sang, les gens qui crient, et c'est tout. «A travers mes livres, je prends l'Occidental par la main et je l'amène au commencement du malentendu, au plus proche de cet homme qui, un jour, décide de se faire sauter au milieu d'innocents. Je le sensibilise et lui prouve que ce monde-là ne traverse pas une crise idéologique mais politique», estime-t-il avant d'ajouter : «Il y a une mal-gouvernance, voire une non-gouvernance. Ceux qui sont censés protéger les peuples, les orienter, leur proposer un projet de société ont d'autres chats à fouetter. Au lieu de bâtir des nations, ils se construisent des fortunes personnelles, et des palais pour rois fainéants.»
Terrorisme : cas pathologique ?
L'ancien officier de l'armée algérienne a également tenu à écarter toute ambiguïté sur le rapport entre le terrorisme et les musulmans en s'opposant à ceux qui croient que le terrorisme est une seconde nature chez les Arabes et les musulmans, que le terroriste est un cas pathologique. «Or,
souligne-t-il, ce sont précisément ces derniers [les musulmans] qui en souffrent le plus et qu'on essaye d'isoler ainsi dans leur tragédie. J'essaye de lutter contre cette idée et aussi celle qui vient présenter le terroriste comme un cas pathologique. Il n'y a rien de pathologique. Ce sont simplement des êtres qui, à un moment donné, ne sont plus interpellés par leurs rêves. Ils divorcent d'avec eux et le monde.»
A une question posée par la journaliste Christine Rousseau sur la tentative d'attentat manqué à Londres notamment, Yasmina Khadra répondra en exprimant des doutes. «Tentative manquée ? Encore faut-il le démontrer [ ] Pour moi, il s'agit d'une diversion. Le problème, c'est que les intellectuels et les consciences de ce monde adhèrent à cette mascarade. Si les choses perdurent, la mascarade deviendra réalité [ ] Les gens sont préparés psychologiquement à cette agression. Il faut se ressaisir ! Les Arabes ne menacent personne ! Ils ont tellement de problèmes, d'autres préoccupations, voyons ! Au lieu de les traîner dans la boue, aidez-les, soutenez-les, respectez-les.»
La littérature, une thérapie
A propos de ses écrits, Yasmina Khadra refuse de se considérer comme étant «un visionnaire». Cela dit, assure-t-il, les événements lui ont souvent donné raison. «En 1997, lorsqu'est sorti A quoi rêvent les loups, beaucoup de journalistes français me disaient, incrédules : "Qu'est-ce que vous êtes en train de nous raconter ? Vous dites que les terroristes sont des universitaires, des fils de bonne famille ?» Normal, ils s'étaient familiarisés avec une certaine caricature. Moi, je vivais le terrorisme grandeur nature. Je le voyais, je le touchais, le touchais de mes doigts. Et puis, le 11-septembre est arrivé et l'on a vu mes personnages sortir d'A quoi rêvent les loups, monter dans des avions et aller se faire exploser contre les tours jumelles.»
Côté projets, Yasmina Khadra affirme avoir envie de sortir de «cette ornière qu'est l'actualité» pour aborder d'autres thèmes. «Maintenant, je peux écrire d'autres choses, drôles, heureuses, généreuses. La littérature, c'est rêver aussi. N'est-elle pas par vocation la thérapie des réalités difficiles ?»
Farida Belkhiri
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