Edward Said, variations sur un poème, par Amina Bekkat

Présentation
À partir des vers d'un poème que Mahmoud Darwich écrivit pour lui, Amina Bekkat montre dans ce court essai, l'universalité d'Edward Wadie Saïd, ce grand honnête homme, au sens du Siècle des Lumières.
Né à Jérusalem en 1935 et mort en septembre 2003 à New York, Edward Saïd fut professeur de littérature comparée à l'Université de Columbia (USA). Son attitude existentielle est un hymne à la Culture, aux cultures sous toutes leurs formes. Ainsi peu de gens savent qu'il a créé, avec son ami argentino-israélien, Daniel Barenboïm, le West Eastern Divan Orchestra, composé de jeunes musiciens arabes, juifs et européens. Initiative qu'ils considéraient tous deux comme une "arme de construction massive"...
C'est cela et bien d'autres aspects de cette vie exceptionnelle et exemplaire que nous découvrons grâce à l'étude passionnante que nous livre ici l'auteure.
Extrait

«Si ton passé est expérience, fais du lendemain sens et vision !»

Edward Said, variations sur un poème  Éditions Chèvre-feuille étoilée,   Montpellier   ISBN : 2-9144-6734-6, 2006Edward Said, variations sur un poème Éditions Chèvre-feuille étoilée, Montpellier ISBN : 2-9144-6734-6, 2006 Douloureuse appartenance que celle qui s'inscrit dans le passé et le «désormais plus». Edward Wadie Said, mort en septembre 2003, est né en 1935 à Jérusalem, en Palestine, terre qu'il a quittée avec tous les siens en 1947. «Pour les Palestiniens, écrit Elias Sanbar, commence alors le temps de l'absence.» Depuis lors, il vécut en exil, au Caire d'abord avec ses parents et ses quatre soeurs et enfin aux Etats-Unis sans cesser d'éprouver ce sentiment étrange de malaise et d'inconfort que connaît toute sa vie celui qui a perdu son pays natal. La Palestine deviendra pour lui un «souvenir mélancolique» et même lorsque, malade, il entreprendra de revenir sur les lieux de l'enfance en un pèlerinage mémoriel, cette gêne se fera sentir et il restera toujours en décalage, à part, out of place.

«Vers le début du printemps 1948, toute ma famille avait été balayée de cette région, contrainte depuis lors à vivre en exil.» Les maisons de l'enfance étaient désormais occupées par de nouveaux habitants. Et lors de ce retour sur les traces du passé, les larmes accompagnent «ce deuil d'une époque révolue». Mahmoud Darwich peut alors se laisser aller à rêver dans une douloureuse interrogation :

T'es-tu infiltré dans hier, le jour où tu t'es rendu à la maison, à ta maison, à Jérusalem, dans le quartier de Tâlibiya ?

La réponse est désespérément triste :

Tel le mendiant je me suis tenu à la porte. Demanderai-je à des inconnus qui dorment dans mon lit la permission de me rendre visite à moi-même cinq minutes ? Me courberai-je avec respect devant les occupants de mon rêve d'enfance ? [...] Me diront-ils : pas de place pour deux rêves dans le même lit.

A propos de l'Auteur:

Amina Azza Bekkat est née à Toulouse (France). Professeur à l'université de Blida en Algérie, elle enseigne la littérature comparée et les littératures d'Afrique.