Nacéra M’hamedi. Poèmes-confidences

La poésie de Nacéra M’hamedi bout, ruisselle, refroidit, et ce qui sort de cette suite d’opérations lentes et tièdes, c’est – je cite les mots propres – le respect, la considération, la contemplation, la familiarité, la tendresse : « Sa bouche me dicta les exploits les plus fiers, Mon esprit s’aguerrit à l’attique clarté, Et lorsqu’en son sommeil, son corps se dévoilait Je bénissais le roc des midis sans ombrages Pendant une heure alors les monts la voyaient reine, « Comme si un pilier le lui renvoyait seul».

L’intensité poignante des sujets traités par Nacéra M’hamedi, comme le verbe harmonieux de son expression, explique que la gerbe de ses poèmes-confidences, écrits dans un dessein de libération de soi, signifie révélation pour beaucoup de lecteurs. A côté d’un esprit créateur, souvent novateur, nous sommes chez elle (la poétesse), arrêtés par la conjonction de l’immédiat et du surnaturel : « II est des promiscuités enivrantes Et des frôlements comme des caresses de soleil Furtives, discrètes et excitantes Elles laissent un goût d’attente ! » La poésie de Nacéra M’hamedi vaut par des fulgurations, discontinues dans leur jaillissement, mais qui laissent une trace sensible. Solidaire de sa génération poétique, M’hamedi se détourne de l’éloquence, renie la mélodie et décrète l’absolu seul, foi ou amour, objet de poésie : « Frénésie libératrice Exubérante Entre le cri et la tendresse Explose la musique Nous glanons les perles cristallines De nos yeux. »

La poétesse s’inscrit en faux contre certain sourire de commande, masque hypocrite de notre société actuelle, si féroce pour qui y regarde de plus près. Ses derniers poèmes accusent dans la nostalgie du beau une passion plus forte, encore que contenue : « Je suis le fruit de l’amour Cueilli sur l’arbre du tourment, J’ai pris forme Sur la branche de la douleur ». Politiquement comme esthétiquement, on sent perpétuellement chez Nacéra M’hamedi une volonté de s’opposer, poussée parfois jusqu’au paradoxe.

1-Originaire de Berine (wilaya de Médéa) N. M’hamedi a 4 recueils de poèmes (Fête, Verre noir, l’Ame du fleuve, Gitane).

par Djillali Khellas, Al Watan. 2008