Ce recueil de poésies n’est que la trace rudimentaire et posthume de toute une kyrielle d’aèdes, de poètes très souvent anonymes dont la magie réveille et réfléchit l’âme et la vie de la société berbère de Kabylie en particulier, de la société humaine en général. Force est de reconnaître aux maîtres du Chaabi algérien, le mérite d'avoir revisité avec talent et bonheur, les qacidas du patrimoine poétique arabe maghrébin, quelque peu oubliées, et, qui plus est, de les avoir choisis avec un goût très sûr. Textes marocains, pour la plupart, qu'ils ont dépoussiéré, et auxquels ils ont redonné un nouveau souffle, une nouvelle vie, et une audience plus large.
Partout dans le monde, l’édition de poésie reste une aventure. Dans le contexte de l’édition nationale, elle relève de l’héroïsme. Le défunt Djamel Amrani, qui était d’une humilité désarmante, s’était même demandé une fois comment il avait pu être édité en Algérie.
Ce livre présente sous forme de puzzle, d’agrandissements, de détails, repris et modifiés dans des mosaïques qui se recomposent, les photographies et les poèmes exposés au Centre Culturel Tjibaou en 2003. L’idée qui devait prendre finalement la forme de l’exposition (grands formats, mur libre pour l’expression spontanée, présence d’une bande vidéo) puis de ce livre, a à voir avec la façon dont les mots et les images peuvent aider à revenir de la mort vers la vie, du sentiment tragique vers une pensée positive.
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C'est la seule, face à toutes les anthologies de la poésie : cette anthologie est originale parce qu'elle est informée et tournée vers les autres arts. Le mot anthologie vient du grec : anthos (la fleur), et legein (choisir) ; choisir la « fleur », le meilleur de notre prose française. Pour le mot prose, laissons parler Molière :
Tout ce qui est prose n'est point vers.
Et que disait-on du poète à propos de fleurs - ici, dans le dernier livre d’Antoine Emaz, elles sont fleurs de peu mais résistantes en des temps difficiles - souvenez-vous, c’était chez Arthur Rimbaud, il disait : " Ne peux-tu pas, ne dois-tu pas / connaître un peu ta botanique ? ". Ne doit-on pas le demander toujours un peu aux poètes ? Non qu’il leur faille théoriser, le mot est gros, alourdi de passé, ses arêtes sont aiguës, mais noter au moins ce qui se passe pour eux qui ont entrepris de travailler la langue.
C’est cela que nous offre aujourd’hui Antoine Emaz dans ce Lichen, lichen : une visite de chantier dans le décousu des jours, là où écrire et vivre trouvent à nouer leurs exigences, là où " le but n’est pas d’en finir, mais de continuer pour que " veiller la langue (soit) encore comme une forme minimale d’action et d’espoir ".
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