Deux ans après ‘Le Soleil des Scorta’, maintes fois récompensé et couronné par le prix Goncourt, le romancier-dramaturge fait son retour en librairie avec ‘Eldorado’. Entre actualité brûlante et fable humaniste, ce roman bouleversant est l’un des événements de la rentrée littéraire 2006. Malgré la pression grandissante, Laurent Gaudé prend le temps de nous raconter les destins croisés de ses personnages, de nous conter, avec passion et générosité, l’aventure de l’écrivain, l’histoire d’un roman.
Comment vous est venue l’idée d’écrire un roman sur l’émigration clandestine vers l’Europe ?J’ai des dossiers dans lesquels je conserve des articles que je découpe dans des journaux. Quand je me suis mis à travailler sur ce qui allait devenir ‘Eldorado’, j’ai ressorti le dossier émigration. Il contenait des articles de 1999-2000, que j’avais un peu oubliés, même si l’idée me trottait dans la tête. Il y a eu des éléments déclencheurs tels que l’histoire des bateaux affrétés du Liban par les services secrets syriens pour mettre la pression sur l’Europe. Cela m’avait frappé parce que je découvrais un peu naïvement qu’il y avait derrière tout ça des questions de géopolitique et de diplomatie indirecte. L’autre élément déclencheur fut d’apprendre que pour la mafia des pouilles, en Italie, l’argent généré par le trafic d’immigrés est devenu supérieur à l’argent généré pas le trafic de drogue. Ces chiffres m’ont beaucoup marqué.Quel rôle ont joué les images d’émigrants africains tentant de passer à Ceuta et Melilla ?J’ai été un peu rattrapé par cette réalité-là parce que j’ai commencé à écrire le livre à la fin du mois d’août dernier. C’est à l’automne qu’on a commencé à réellement découvrir les images de l’assaut des barbelés des enclaves espagnoles au Maroc. C’était très présent au moment où j’ai commencé à écrire, donc j’ai eu envie d’intégrer aussi cet épisode-là au livre. C’est venu sur le tard.L’action d''Eldorado' se déroule entre le Moyen-Orient, l’Italie et l’Afrique, des lieux que l’on retrouve séparés dans vos précédents romans. Des destinations qui vous fascinent...
Au départ, je me demandais si ces choses allaient être présentes au moment de l’écriture. Cela m’angoissait un peu. Je me demandais si j’allais écrire avec le stylo qui tremble. Mais pas du tout. A partir du moment où le travail de rédaction a véritablement commencé, je n’étais plus du tout dans ces problèmes de devenir éditorial, ou de course au prix. J’étais dans le même travail qu’avec les autres romans, c'est-à-dire comment faire pour que ce soit le mieux possible par rapport à ce que j’avais en tête, comment améliorer le texte... Maintenant que le livre est fini, c’est sûr qu’il y a un peu d’appréhension, de peur de décevoir. René Charles parle de "l’honneur cruel de décevoir." C’est un honneur d’avoir le risque de ne pas plaire. Cela signifie qu’on est attendu. C’est plus beau que d’être dans le silence et l’invisibilité totale. Propos recueillis par Thomas Flamerion pour Evene.fr - Août 2006
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