La Poétique du Bestiaire dans l'oeuvre de Mohamed Dib

par Yasmine Attika Kara

Maître de conférences (Sciences du langage)

ENS des Lettres et Sciences humaines- Alger

 

Introduction

Toute la production littéraire de DIB (essais, romans, poésie) est émaillée de
présences animales diverses. La variété des espèces, leurs statuts, leurs fonctions ne manquent pas de susciter les interrogations du lecteur tant l'œuvre en est marquée dans sa genèse même.

Les anthropologues définissent le bestiaire par rapport à son rôle et à sa fonction comme tout et non comme espèce ou individu. Nous pouvons d'ores et déjà signaler le rôle fonctionnel et structurant que ce monde tient dans l'écriture de DIB.

Dans sa fonction structurante de l'œuvre de DIB, le monde animal fonctionne tantôt sur le plan individuel, tantôt sur le plan collectif. Nous aurons donc, dans le cadre de cet article, à prendre en considération les deux plans et à montrer comment il fonctionne en tant que thématique mais aussi en tant que procédé relevant de la poétique de l'auteur.

 

En effet, quel que soit le cycle considéré, de la trilogie de La Grande Maison à la trilogie nordique, en passant par les œuvres de transition, la présence d'animaux est notable et permanente ; c'est un monde animal dans tous ses états : domestique, sauvage, exotique, monstrueux, fabuleux, protecteur ou dangereux, ennemi ou complice. Néanmoins, une lecture liminaire permet de repérer une organisation de ce référent thématique et structurel. Cette organisation va dans le sens d'une complexification progressive des figures animales qui traversent l'œuvre de DIB. La complexification touche aussi bien leurs formes que leurs modes de vie dans le récit : personnages de décors ou acteurs principaux, néologismes de l'auteur ou reprises de créations mythiques collectives, chimères ou êtres doués de sensibilité et de parole, la panoplie est pléthorique et les interrogations d'autant multipliées. A titre d'exemple, comment comprendre le lien qui existe entre les animaux domestiques qui peuplent l'environnement de la première trilogie, les oiseaux messagers des rêves collectifs du cycle de transition et les êtres hybrides de la trilogie nordique ? Comment mettre au jour le fonctionnement du monde animal et ses transformations dans l'œuvre ? Quelles fonctions narrative et symbolique assure-t-il ?

 

Les œuvres que nous avons retenues et analysées dans le cadre de ce travail, sont prises dans les trois moments représentatifs de l'écriture dibienne : La Grande Maison ou L'Incendie (I952, I954) Si Diable Veut (I998) et Comme un bruit d'abeilles et Simogh (2001- 2003). Ce corpus nous sert de base pour étayer notre problématique.

Dans un premier temps, il s'agit d'effectuer un relevé des manifestations de toute présence animal dans le texte en sollicitant le logiciel hyperdib ; puis de mener une étude analytique et statistique de ce lexique afin d'arriver enfin à la classification qui sous-tend l'organisation de ce monde animal dans l'œuvre. Auparavant essayons de présenter l'auteur et le logiciel Hyperdib qui nous a permis de retrouver les éléments qui constituent le bestiaire dans les quatre romans.

 

I- Présentation succinte de l'auteur

Mohamed Dib est né le 21 juillet 1920 à Tlemcen (Algérie), au sein d'une famille bourgeoise qui avait perdu très tôt ses privilèges sous le joug de la colonisation. La mort prématurée de son père le pousse à exercer des métiers divers : peintre dans une usine de textiles, reporter à « Alger Républicain »., il publie des articles, des poèmes engagés et des chroniques sur le théâtre algérien. En 1952, il publie son premier roman, La Grande Maison. Mais après la parution de L'Eté Africain, en 1959, et la signature d'un appel aux côtés d'autres intellectuels et écrivains algériens et français, il se voit expulsé d'Algérie. Dib entame alors un parcours fait d'errance, il effectue plusieurs voyages : en Europe de l'est, en Finlande, au Maroc et aux USA, mais il n'a jamais pu réussir à trouver « un pays de rechange ». Sa production littéraire comporte des romans, des recueils de poèmes, des nouvelles et des pièces de théâtre.

 

II- Présentation de l'hypertexte: HyperDib

HYPERDIB est un logiciel conçu et réalisée par nous-même. Il comporte l'ensemble de l'œuvre romanesque de l'auteur excepté le dernier roman, Laëzza, publié à titre posthume en mars 2006 et deux recueils de nouvelles , Au café et Le Talisman, soit 21 textes. Pour des raisons techniques, l'œuvre poétique traitée apparaîtra dans un travail ultérieur. Cet hypertexte vient compléter le travail que nous avons déjà effectué sur les oeuvres d'écrivains algériens comme Mouloud Mammeri, (Hypermammeri).Dans le cadre de préparation de magister, d'autres hypertextes, comme Tahar Djaout  (Hyperdjaout), Maissa Bey ( Hyperbey), Said Mekbel (Hypermekbel) et enfin Amin Malouf, écrivain libanais, (Hypermalouf) ont été conçus sous ma direction, à l'aide du logiciel hyperbase réalisé par Etienne Brunet dans le laboratoire UPRESA bases, corpus et langage, INALF, CNRS de Nice. Ce laboratoire est engagé depuis trente ans dans le traitement documentaire et statistique de grands corpus spécifiques tels que HyperZola,HyperBalzac, HyperRabelais, HyperProust, HyperEluard, HyperRimbaud. Il existe plusieurs versions d'hyperbase : la première (3.1) date de février 1999, elle est différente des autres versions par la présentation et les fonctionnalités qu'elle assure. L'avant dernière version sous Windows (5.5), offre l'étiquetage et la lemmatisation que l'on ne trouve pas dans les autres versions. Cet hypertexte statistique est prévu pour les grands corpus linguistiques, journalistiques et littéraires, mais il a été aussi utilisé en sociologie, notamment pour le dépouillement des réponses libres dans les enquêtes et sondages.

HYPERDIB permet d'accomplir un certains nombres de tâches et d'assurer trois types de fonctions : des fonctions documentaires, des fonctions statistiques et des fonctions de sélection. Celles-ci figurent dans le menu principal qui se présente sous la forme suivante :