Algérie: M'hamed Benguettaf : "Le Festival doit devenir le miroir de l'élite"

L'édition 2006 a été marquée par le fait que trois grands prix, (du meilleur spectacle, du meilleur texte et de la meilleure mise en scène), n'ont pas été attribués, que pensez-vous de cette décision ?

Le fait que ces trois importants prix n'aient pas été attribués signifie que le niveau n'a pas été à la hauteur, selon la vision du jury, composé d'hommes et de femmes reconnus, qui étaient libres d'établir leurs propres critères de jugement.

D'un autre côté, cela veut dire que les places sont chères, que ce n'est pas un festival de complaisance ou de distribution de prix, mais que c'est la qualité qui compte. Cela explique que ce ne sont pas les meilleures troupes qui étaient présentes dans cette compétition. Mais qu'on ne s'y trompe pas, cela ne remet en cause ni l'historique ni l'avenir du 4ème art, cela représente seulement l'édition de 2006.

D'autre part, c'est une manière de provoquer un déclic chez les différentes troupes pour qu'elles puissent se mettre à travailler sérieusement.

L'ambition est que d'ici trois à quatre années ne soient présents sur les planches que les meilleurs et que ce qui se fait de mieux. Car il faudrait que le festival devienne le miroir de l'élite du 4ème art en Algérie.

Pour la prochaine édition du festival, les troupes indépendantes auront le droit de participer à la compétition, contrairement à cette édition. Pourquoi ce revirement ?

Pour cette première édition, le choix s'est porté sur les théâtres étatiques selon des critères de professionnalisation en tant que pratique d'un métier à part entière dans un espace officiel. Mais je pense que les troupes indépendantes dites amateurs ont fait leurs preuves sur le terrain. Nombre d'entres elles ont démontré sur les planches que du point de vue de la qualité, elles étaient susceptibles d'être d'un niveau professionnel et que certaines représentations étaient même meilleures que celles dites professionnelles.

Dès lors, après ce constat, le festival ne doit pas être l'otage de sept ou huit troupes qui oeuvrent dans les canaux officiels. Dorénavant, c'est la qualité qui marquera la différence et non le statut. Ce sont les meilleurs ayant fait leurs preuves sur la scène qui participeront à la sélection.

Pour l'année prochaine, si elles veulent vraiment se démarquer dans la compétition, les directions de la culture doivent établir une véritable sélection afin de choisir le meilleur spectacle qui les représentera.

L'absence du Théâtre régional de Constantine dans la compétition puis son refus de participer au programme hors compétition parce qu'il a considéré qu'il avait été mal pris en charge suscite une véritable polémique. Quel est votre commentaire ?

Sincèrement, je pense que c'est une polémique qui n'a pas lieu d'être, c'est une tempête dans un verre d'eau. Concernant la participation du TRC à la compétition, dès le mois de janvier j'ai envoyé plusieurs correspondances officielles au TRC pour l' inviter à participer à la compétition, mais le TRC ne répondait pas aux critères du règlement stipulant que l'oeuvre doit être une production ne dépassant pas une année et que le nombre des comédiens de la troupe ne doit pas dépasser 14 personnes. Je tiens à souligner que les six autres théâtres ont respecté ce règlement. Seul le TRC a jugé que le règlement était très dur. Etant donné que le TRC n'a pas respecté ces critères, il a été programmé en hors compétition. Concernant l'hébergement, Il y avait trois sites dont disposait le festival, l'hôtel El Ryad, le complexe Azur plage et l'hôtel El Marsa. La troupe du TRC devait être hébergée à l'hôtel El Marsa. Mais, suite à un malentendu téléphonique, qui n'implique aucun des respon sables de l'organisation, les comédiens ont cru qu'ils étaient hébergés dans un autre hôtel en dehors de ces trois sites. Sans m'en informer, ils ont pris l'initiative de partir. Je tiens à souligner qu'il n'y avait pas de réservation dans cet hôtel, et que leur réservation était à l'hôtel El Marsa avec d'autres troupes et d'autres invités. Toutefois, je regrette que le TRC ait raté cette fête dédiée au 4ème art. Je tiens à dire que les artistes du TRC sont dans mon coeur. Dans l'édition prochaine, si la direction de la culture respecte le règlement, les portes du festival leur seront grandes ouvertes.

Concernant le règlement, pourquoi n'y a-t-il pas eu concertation avec certains théâtres et troupes pour sa rédaction ?

Tout d'abord, je tiens à dire que le festival est autonome et indépendant par son institutionalisation. Il a le droit par décret d'imposer un règlement, comme cela se fait partout ailleurs dans le monde. Ce règlement est le fruit d'une mûre réflexion qui prend en compte plusieurs paramètres pour la réussite des objectifs fixés dont la contribution à l'épanouissement de la culture nationale des différentes régions du pays, tel qu'il est stipulé dans l'article 2 du règlement. Je voudrais souligner à ce sujet trois autres points essentiels de cet article qui sont : favoriser la promotion des arts du théâtre, encourager les expériences d'avant-garde et les recherches dans le domaine du théâtre et développer

l'émulation créatrice entre les hommes de théâtre.

Afin de créer une véritable dynamique dans le domaine du 4ème art, ne faut-il pas penser à une réelle socialisation du théâtre ?

L'une des clefs de cette socialisation du quatrième art, est la multiplication des théâtres. A Alger, la capitale, il n'existe réellement que deux espaces : le TNA et la salle El Mouggar. En attendant la construction d'autres théâtres, on peut dès maintenant récupérer d'autres espaces tels que les salles de cinéma qui sont fermées et les réaménager en théâtres de quartier. Car, la création de troupes et la multiplication des productions nécessitent obligatoirement des espaces, afin de créer un véritable réseau de diffusion qui démarre du quartier vers le régional et le national.

Pour conclure, quelles sont vos appréciations concernant le festival ?

Je pense que les points positifs étaient plus importants que les points négatifs. Et même s'il y a eu quelques imperfections pour une première, on a le droit d'en être fier. Le plus important c'est la rencontre de la grande famille du quatrième art qui à permis de créer une véritable dynamique d'échanges constructifs pour l'avenir.

Ce festival a permis à quatre générations d'artistes de se rencontrer et d'échanger leurs expériences. D'autre part, dans le programme hors compétition, il y a eu plus de trente représentations.

Pas seulement à Alger, mais aussi dans les wilayas limitrophes telles que Tizi Ouzou, Blida, Boumerdès jusqu'à

Aïn Defla, Miliana et El Attaf. Au niveau du TNA pendant huit jours, le théâtre affichait complet et on était même parfois obligés de fermer les portes. Je tiens à saluer le public qui a répondu en masse et qui a marqué par sa forte présence son attachement au quatrième art. Je pense que cette édition a montré la nécessité de croire en le potentiel des jeunes et à l'avenir. Il est important de passer le relais. Sincèrement, je crois en la relève et à une véritable renaissance du théâtre dans notre pays.