Algérie: Floraison culturelle

Cela faisait longtemps qu'il n'y avait eu autant d'activités culturelles pour faire revivre la cité. Alger vit, depuis plusieurs semaines, une intense animation artistique qui fait replonger les nostalgiques des salles fétiches de la capitale dans les temps où ces espaces ne désemplissaient pas. Entre rétrospectives de films étrangers, séances de cinéma d'auteur, hommages, représentations théâtrales, entre adaptations de pièces d'auteurs connus du 4ème art ou d'écriture d'hommes de tréteaux bien de chez nous, d'hommages posthumes ou autres à des artistes nationaux, de commémorations, de cycles évocateurs consacrés à la poésie, à la musique, à la peinture autant d'activités se bousculant au portillon. Pour consécration. Pour mémoire. A la mesure de l'événement local, régional ou international.

Le TNA (Théâtre national algérien), la salle El Mouggar joliment restaurée, revenue maintenant régulièrement à ses habitués après le sinistre qui l'a vu disparaître, Ibn Khaldoun qui rouvre fréquemment ses portes, Ibn Zeydoun qui affiche complet à chacune de ses prestations, les salles de cinéma qui projettent des nouveautés

Et dans les spectacles proposés, il est mis une variété de programmes, destinés à la consommation culturelle digeste et légère. Même si, parfois, il est des manifestations et des invités dont se passerait bien le public et dont pourraient se défaire les organisateurs Surtout vu le prix du billet !

Mais il y a un réconfort et non des moindres. Le retour heureux à la production nationale qui satisfait tous les goûts. Des vedettes de la chanson locale qui font dans la recherche du texte et de la musique et dont l'aura a été portée sous d'autres cieux, avec bonheur. Et l'ovation réservée à ces prestataires de spectacles et qui témoigne de l'appréciation à sa juste valeur des artistes ne peut que prédire une nouvelle tradition dans le montage d'un événement culturel soigné, un peu plus rigoureux que par le passé, mieux choisi. Dans un souci de répondre au goût général et à celui du jour, une nouveauté auprès des organismes étatiques. Surtout que, depuis quelque temps, des boîtes privées s'immiscent dans ce créneau pour y introduire un savoir-faire plus aiguisé, plus affiné. Et on ne peut qu'applaudir à cette floraison d'organisateurs pour le bien de la culture.

Et grand bien fasse à cette manière de concevoir le spectacle, que l'initiative soit publique ou privée, quand des sommités de la culture nationale remontent sur scène, avec des tournées en vue de promotion et d'échanges. Même si, dans le lot, il est parfois des intrusions d'artistes venus d'ailleurs et qui n'ont rien à envier à ceux qui restent dans l'ombre, frappés par l'autarcie d'une culture mal-aimée, oubliée, reléguée à un passé qui a pourtant fait la notoriété du pays dans ce domaine. Il n'y a qu'à écouter tous ces jeunes en vogue dans le raï, le pop, le rock, le gnawi modèles par excellence de la jeune génération ne pas se fendre le crâne pour faire des succès avec les productions de leurs aînés, puisées dans le patrimoine, avec cet argument imparable pour faire vrai : la sauvegarde de la culture du terroir. Un pied de nez aux droits d'auteur !

La Tribune (Alger)

ÉDITORIAL
15 Mai 2006
Publié sur le web le 15 Mai 2006
Par Saliha Aouès

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