Algérie: Générale de Madame Derbouka et si El Macho à Ibn Zeydoun : satire décapante sur l'amour et les relations du couple

Dimanche soir, la salle Ibn Zeydoun a accueilli la générale de la pièce de théâtre Madame Derbouka et Si El macho, dont la mise en scène, la scénographie et la chorégraphie sont signées Mohamed Badaoui. Face à un nombreux public, le rideau se lève sur le décor d'un salon où un couple entame une discussion houleuse. Dès les premières répliques, le ton humoristique et décapant de la pièce est enclenché.

Les spectateurs sont ainsi invités à suivre le quotidien de Si El macho, un drabki de profession, et de sa femme Madame Derbouka, femme au foyer où, sous des apparences soumises, bouillonne une personnalité forte de caractère. Dans un langage simple et populaire, l'auteur explore les rapports de couple en Algérie et met en relief les difficultés de communication de l'amour, face à la dure réalité du quotidien.

 

Ainsi, plusieurs thématiques sont abordées, à l'instar des droits et devoirs de l'homme et de la femme, le machisme, la jalousie, la manipulation de l'autre, sans omettre la séduction et la sensualité.

La pièce sert aussi de prétexte à souligner les changements qui ont marqué la société algérienne, tels la recrudescence des SDF, les nouveaux riches, la crise de logement et le phénomène des Chinois.

 

Abdelkrim Benkharfallah, plus connu sous le non de Krimo, ancien élève de Mahiedinne Bachtarzi, a talentueusement interprété Si El Macho, un personnage qui, sous sa carapace virile et autoritaire est en fait un coeur tendre, viscéralement épris de sa femme. La révélation de la pièce est sans conteste la jeune comédienne Nibel Benouala, qui a brillamment interprété Madame Derbouka.

 

Remarquée lors de ses passages dans Ness Mlah City, Nibel Benouala a su relever le défi d'interpréter toute une gamme d'émotions et de personnages. Elle est passée de la femme soumise et pleurnicheuse à l'ingénue capricieuse et explose à la fin dans le personnage de la femme fatale machiavélique et autoritaire.

 

La particularité de la pièce est également la présence de la musique comme un troisième personnage. La représentation est ponctuée de morceaux d'opéra ou de variétés françaises qui ont marqué les Algériens. Ces interludes musicaux sont également l'occasion de dévoiler le talent des comédiens qui excellent dans des expressions corporelles peaufinées avec une grande maîtrise par le scénographe. Les percussions, assurées par deux véritables drebkis, sont également un élément indissociable de la pièce, marquant les réconciliations sulfureuses du couple.Après la sortie de son roman Neuf moi chez Chihab édition, la création de l'émission Stupeurs et tremblement sur la Chaîne III, Mohamed Badaoui a dévoilé lors de cette soirée un véritable talent de dramaturge.

Ainsi, tout au long de la représentation, le public a été en véritable symbiose avec les interprètes. Suivant les répliques, la salle était secouée par des rires ou des applaudissements.

A la scène finale, c'est une véritable ovation qui salue la représentation, laquelle, pour un coup d'essai, fut un véritable coup de maître.

 

    par Sihem Bounabi