Revue Littéraire et Culturelle Internationale

Festival documentaire sur l’histoire coloniale algérienne, du 3 au 11 février 2007

in Actualité Culturelle

Samedi 3 février, “Week-end : Les Images de la guerre d’Algérie”

CARTE BLANCHE A BENJAMIN STORA / INVITES : COSTA GAVRAS – YVES BOISSET
A partir de 10h

tarif :10 € ; Journée entière comprenant les projections, deux repas et pause thé.
tarif : 5 € ; Demie journée comprenant les projections, un repas et pause thé.
Sinon l’entrée est toujours sur libre participation.

« Les années algériennes » de Benjamin Stora, Philippe Alfonsi, Bernard Favre, Patrick Pesnot.
Les années algériennes est une série documentaire de 4h diffusée sur Antenne 2 en septembre-octobre 1991. Elle a été réalisée par Bernard Favre, produite par Philippe Alfonsi et conçue par Benjamin Stora. Programmée au moment du trentième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, l’entreprise a nécessité deux ans de travail autour d’une centaine de témoins, de centaines d’heures de documents filmés (archives de l’INA et de l’ECPA). Il ne s’agit pas ici de raconter simplement la guerre d’Algérie, mais de la comprendre, sans excuser les différents acteurs. Tous les points de vue sont représentés, du soldat à l’immigré algérien, du pied-noir au harki. L’auteur, l’historien Benjamin Stora, a estimé qu’il était trop simple de juger ou condamner, mais plus instructif, et plus utile, d’analyser les responsabilités pour espérer se prémunir contre un mauvais futur. Peu de grands noms dans ce défilé des témoins et des acteurs. La parole est ici donnée aux anonymes qui ont vécu cette guerre au quotidien. Ils se confrontent à leurs souvenirs et à leurs oublis, et posent des questions : la haine, la violence, les bombes, les massacres étaient-ils évitables ? L’indépendance algérienne pouvait-elle se payer d’un prix moins lourd ? Des deux côtés de la mer, ces points d’interrogation continuent toujours de tarauder souterrainement plusieurs générations.

10h : Première partie : « D’amour et de haine »
(63 mns)
– L’Algérie d’avant la guerre, l’Algérie coloniale, l’insurrection du 1er novembre 1954…
11h : Deuxième partie : « Les tricheurs »
(67 mns)
– L’envoi du contingent, la bataille d’Alger, au terrorisme de FLN, l’armée française répond par la torture.

12h : Pause Repas

13h : Troisième partie : « Je ne regrette rien »
(61 mns)
– De Gaulle parle d’autodétermination, le putsch des généraux, la création de l’OAS, l’Algérie flambe, le départ d’un million de pieds-noirs, le massacres des harkis.

14h30 : « Algérie été 62, l’indépendance aux deux visages » de Benjamin Stora et J.M Meurice
(2002, 53 mns)
Ce film revient sur les mois qui ont suivi la proclamation de l’indépendance en Algérie, le 5 juillet 1962. Quarante ans après, une dizaine d’acteurs de la révolution algérienne -leaders historiques de l’insurrection, chefs des maquis de l’intérieur, cadres de l’Armée des frontières, responsables de la Fédération de France du FLN…-, interrogés par l’historien Benjamin Stora, évoquent, devant la caméra de Jean-Michel Meurice, cet été pendant lequel les nationalistes qui venaient d’en finir avec la guerre contre le colonisateur se sont affrontés dans une terrible bataille pour le pouvoir, jusqu’à la victoire d’Ahmed Ben Bella.
Tout au long de ce documentaire de 52 minutes, illustré d’images d’archives, ces hommes, qui ont joué un rôle essentiel dans la guerre d’indépendance, racontent l’été 1962, en partant de la signature des accords d’Evian, le 19 mars. Car, pour comprendre les évènements qui ont conduit à la discorde et à la dégradation du processus algérien, il faut avoir une vision nette de cette révolution géographiquement écartelée entre les maquis de l’intérieur, (des hommes très affaiblis par la guerre), l’Armée des frontières stationnée au Maroc et en Tunisie, le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA, basé à Tunis) et les « chefs historiques » de l’insurrection (arrêtés en octobre 1956 et prisonniers en France). Un écartèlement qui va façonner l’histoire politique algérienne.

15h30 : Réflexion sur le rapport de l’historien aux images. Débat avec Benjamin Stora
L’historien des faits politiques est intéressé, ou concerné, par le cinéma pour plusieurs raisons. Avec la source écrite et les témoignages oraux, le cinéma apparaît comme une source nouvelle pour écrire l’histoire contemporaine du XXe siècle. Le cinéma n’est pas simple reflet, miroir de sociétés, mais aussi un formidable catalyseur de mémoire. Il introduit également une forme de support essentiel pour l’observation des traces historiques. Certes, la littérature compte pour beaucoup dans les fabrications d’imaginaires. Mais l’image cinématographique et dans une moindre mesure, télévisuelle, dispose en cette fin de XXe siècle d’une « puissance de feu » impressionnante. Benjamin Stora explique son travail d’historien confronté à la « fabrication » d’images pour les documentaires.

16h30 : Pause Thé

17h : « La Bataille d’Alger » d’Yves Boisset
(52 mns)
« Que reste-t-il aujourd’hui de la bataille d’Alger dans la mémoire collective ? Sans doute le souvenir d’une victoire militaire des paras de Massu et des « Bérets rouges » de Bigeard sur le FLN . Mais aussi le souvenir d’une immense défaite politique et morale qui devait sceller le sort de l’Algérie française. Une défaite de l’honneur et de l’éthique qui révéla au grand jour la pratique de la torture par l’armée française. Une défaite stratégique, enfin, qui servit de ferment à la mobilisation du peuple algérien contre « l’occupant français ».

18h : Le 50ème anniversaire de la Bataille d’Alger. Débat avec Yves Boisset et Benjamin Stora

19h : Pause Repas

20h : « Mon colonel » réalisé par Laurent Herbiet
(Fiction, Scénario de Jean-Claude Grumberg, Costa-Gavras. Avec Olivier Gourmet, Robinson Stévenin, Cécile de France, 1h51)
1995, Paris. Le colonel en retraite Raoul Duplan est trouvé chez lui, une balle dans la tête. Une lettre anonyme est envoyée aux enquêteurs : “Le colonel est mort à Saint-Arnaud”. 1957, Saint-Arnaud, est de l’Algérie : un jeune officier juriste, Guy Rossi, prend ses fonctions auprès du colonel Duplan. La machine des pouvoirs spéciaux et de la torture institutionnalisée se met tranquillement en route. Elle fera du jeune juriste un bourreau. Et elle rattrapera Duplan quarante ans plus tard.

22h : Débat en présence de Benjamin Stora, Yves Boisset et Costa Gavras

Dimanche 4 février, “Week-end : Les Images de la guerre d’Algérie”

tarif : 5 € ; Demie journée comprenant les projections, un repas et pause thé.
Sinon l’entrée est toujours sur libre participation.

14h : « Les jardiniers de la rue des martyrs » de Leïla Habchi et Benoît Prin
(2003, 81 mns, français et arabe, sous-titré français)
Près de 40 ans après la fin de la guerre d’Algérie, dans un jardin ouvrier du Nord de la France à Tourcoing, Français et Algériens cultivent leur bout de terre. Ces hommes ont été les appelés, les militants du F.L.N ou les “harkis” d’une guerre coloniale menée par la république française.
Ce jardin est donc le lieu d’une mémoire multiple où se retrouvent des hommes qui auraient pu se rencontrer à la guerre ou à l’usine. C’est la culture d’un potager, activité universelle s’il en est, qui les rassemble ici.
Contemporains à distance d’une histoire commune, parfois indifférents voire hostiles les uns aux autres pour des motifs culturels, sociaux ou politiques, ils travaillent côte à côte le même morceau de terrain.
En présence des réalisateurs. Débats animé par Nacer Kettan et Samia Messaoudi de Beur FM

16h : Pause Thé

16h30 : « Diaporama des photos de la guerre d’Algérie » par Marc Garanger
Avant même de partir en Algérie pour exécuter son service militaire, Garanger a pleinement conscience de l’impact qu’il détient avec son appareil photo. Il emmène de l’autre côté de la Méditerranée, une culture politique déjà bien établie, acquise dans les milieux intellectuels du Lyon universitaire des années 50. Avec Roger Vailland, il a décortiqué les mécanismes de cette guerre coloniale qui ne voulait pas dire son nom. A 25 ans, tous les sursis et recours épuisés, il a fallu partir. Il s’est alors juré de témoigner. Arrivé au fond du bled, à Aïn Terzine à une centaine de kilomètre au sud-est d’Alger, dans un Régiment d’Infanterie, il est affecté en tant que simple bidasse au secrétariat du commandement. Photographe depuis 10 ans, il est professionnel depuis deux. Il laisse traîner sur un bureau quelques photos qu’il avait emportées. Le stratagème fonctionne : le commandant remarque les clichés, et aussitôt demande à Garanger d’effectuer des prises de vue pour montrer la l’action de pacification. Bien qu’il n’y ait pas de service photo dans un régiment d’infanterie, Marc devient le photographe du régiment. Il installe un labo de fortune sous un escalier et pendant deux ans, réalise des dizaines de milliers d’images. Témoin d’atrocités en 1960 et en 1961, il s’efforce depuis de les présenter au plus large public en multipliant les expositions : Femmes algériennes a tourné plus de 300 fois. Il obtient le prix Niepce, est invité à Arles, et réalise tôt un important travail de mémoire sur la conscience collective, et rend un témoignage à ces hommes et ces femmes dédaignés pendant cette Guerre. Il n’a pas cessé de photographier, sur commande ou pas. Nul ne pouvait s’étonner de le voir photographier : c’était son travail. Pendant son unique permission, il a traversé la frontière clandestinement, pour aller en Suisse déposer ses photos sur le bureau de la rédaction de L’Illustré Suisse…Charles-Henri Favrod publie les photos pour dénoncer ce qui se passait en Algérie! « Je suis retourné en Algérie en août 2004, pour retrouver et photographier les personnes et les lieux que j’ai photographiés pendant mon service militaire de mars 1960 à février 1962 » photos parues dans Le Monde daté du 28 octobre 2004, sur la Une et 5 pages du cahier spécial Algérie – un livre est en préparation chez Atlantica – Algérie, retour aux sources. Ce travail se veut celui de la réconciliation. Parution prévue avril 2007.

18h : « Pacification en Algérie » d’Andre Gazut
(2002)
Première partie : « Le Sale Boulot »
(70mns)
Comment a-t-on justifié la ‘sale guerre’ menée par la France en Algérie ? Comment a-t-on pu laisser faire, accepter l’inacceptable, la torture et la barbarie ? André Gazut effectue un va-et-vient entre témoignages d’appelés et de militants algériens, images d’actualités et discours officiels, les met en perspective pour dépasser le seul constat d’horreur, démonter les ressorts de la répression et construire une mémoire de cette guerre.
La première partie de Pacification en Algérie débute en 1945 pour s’interrompre en 1956. En mai 1945, Paris fête la fin de la barbarie nazie, alors qu’au même moment, de l’autre côté de la Méditerranée, l’armée française massacre plus de 10 000 personnes en Algérie en représailles au soulèvement nationaliste de Sétif. Les Algériens, qui ont combattu l’Allemagne aux côtés des Français, réclament l’indépendance. Mais la France s’accroche à son empire, croyant défendre sa grandeur perdue. Dans ‘imagerie coloniale de l’époque, l’Algérie ne serait rien sans l’œuvre civilisatrice de la France. “L’Algérie, c’est la France”, dit François Mitterrand, et, quand en 1954 commence véritablement la guérilla du FLN, les
gouvernements de la IVe République vont laisser carte blanche à l’armée pour rétablir l’ordre. On dépoussière les lois de “responsabilité collective” abrogées à la Libération par De Gaulle, on censure la presse, on ouvre des “camps de regroupement”, on menace les soldats qui oseraient dénoncer les tortures : c’est la “pacification” de l’Algérie, officiellement une opération de police, en fait une véritable guerre qui va s’intensifier en 1958 avec le vote des pleins pouvoirs à l’armée.

19h15 : Pause repas

20h : « Pacification en Algérie » d’Andre Gazut
Deuxième Partie : « La politique Du mensonge »
(70 mns)
Comment a-t-on justifié la “sale guerre” menée par la France en Algérie ? Comment a-t-on pu laisser faire, accepter l’inacceptable, la torture et la barbarie ? Dans la seconde partie de Pacification en Algérie, André Gazut pose la question des responsabilités, morales et politiques, des élites. Un réquisitoire accablant.

21h30 : Pacification en Algérie. Débat en présence de Marc Garanger et Patrice Barrat

Lundi 5 février, “De la responsabilité coloniale”

tarif : l’entrée sur libre participation.

14h : « L’insurrection de l’Ile rouge. Madagascar » Un film de Corinne Godeau
(1994, 55 mns)
Pour la première fois, la télévision française lève le voile sur un drame méconnu de l’histoire : l’insurrection populaire puis la répression militaire à Madagascar. En 1947, les nationalistes estiment que l’heure de l’indépendance est venue mais la IVème République tient à ses colonies. Le 29 mars, l’insurrection éclate : elle durera deux ans et fera 89.000 victimes. Une enquête où les deux parties – malgache et française – s’expriment.

20h30 : « Rwanda, Une République Devenue Folle, 1894-1994 » réalisé par Luc De Heusch
(1996, 1h12)
En 1994, plus de cinq cent mille Tutsi, hommes, femmes et enfants, périssaient dans le premier génocide qu’ait connu l’histoire africaine. Luc de Heusch, ethnologue et cinéaste, reconstitue le véritable visage de cette société déformée par l’idéologie coloniale d’abord, puis par celle du régime républicain. Un siècle d’histoire rwandaise : la colonisation allemande, la tutelle belge, le rôle de l’église, le drame de l’indépendance, la prise du pouvoir par Grégoire Kayibanda, la dictature de Juvénal Habyarimana, le déclenchement programmé des massacres.

Samedi 3 – Dimanche 4 – Lundi 5 – Mardi 6 – Mercredi 7 – Jeudi 8 – Vendredi 9 – Samedi 10 – Dimanche 11

Mardi 6 février, “Images d’une indépendance”

tarif : l’entrée sur libre participation.

20h30 : « 25 » ( Vinte cinco ) Réalisé par Zé Celso Martinez Corréa et Celso de Luca, du groupe brésilien Oficina.
Ce film fut présenté officiellement à Maputo le 25 juin 1976 lors du premier anniversaire de la République Populaire du Mozambique et dans sa version commerciale à Cannes en 1978. « 25 » est le produit d’un esprit internationaliste d’émancipation qui a irradié la vie d’une génération durant les éphémères années 70 et constitue un exemple d’un cinéma d’action porté par les idées de révolution et de libération.
En Présence de Gilles de Stal

Mercredi 7 février..

tarif : l’entrée sur libre participation.

Séance pour les enfants

16h : « Cocorico M. Poulet » de Jean Rouch
avec : DAMOURE ZIKA & LIAM IBRAHIM DIA (1974, 1h37)
Les tribulations de trois personnages qui vendent leurs poulets à bord d’une vieille 2CV en partant de la grande ville de Niamey au Niger jusqu’au fond de la brousse. Le voyage est ponctué d’ événements insolites comme la rencontre de la femme-diablesse ou le passage du fleuve Niger, qui sont prétextes à de nombreuses palabres et discussions. Un film surprenant de drôlerie et de vitalité réalisé par le cinéaste-ethnologue Jean Rouch, grand amoureux de l’Afrique, en collaboration avec ses deux interprètes.

Une grande figure anti-coloniale

20h30 : « Frantz Fanon, mémoire d’asile » de Abdenour Zahzah et Bachir Ridouh
(2002, 54 mns)
Si le nom de Frantz Fanon évoque moins le psychiatre que le révolutionnaire, c’est pourtant par sa pratique auprès des malades qu’il a mesuré les inégalités et les injustices engendrées par le colonialisme. Une prise de conscience politique née de son engagement contre le nazisme, quand il a découvert que la hiérarchie de l’armée d’Afrique était bâtie sur la couleur de la peau. Archives et interviews témoignent de ce double parcours.
Né en Martinique en 1925, Frantz Fanon est nommé à 28 ans médecin chef de l’hôpital psychiatrique de Blida, au sud d’Alger. Il va s’employer à transformer ce bastion de la folie – “où les cris des malades ne doivent pas atteindre les chastes oreilles des bien-pensants” – en appliquant des thérapeutiques basées sur le travail manuel, le sport et l’expression artistique. Des méthodes révolutionnaires pour l’époque, impliquant malades indigènes, déconsidérés jusqu’ici, et personnel soignant. Ses idéaux le conduisent très vite à épouser la cause de la lutte de libération, en hébergeant et en soignant des combattants algériens. Contraint de démissionner, il poursuit la lutte en rejoignant le FLN à Tunis. Nommé ambassadeur itinérant en Afrique, il publie chez Maspéro “Dans l’enceinte de la révolution algérienne”, interdit dès sa sortie. Malade, il se hâte de finir “Les Damnés de la terre”, ouvrage sur l’aliénation du colonisé, et meurt aux Etats-Unis, un an avant l’indépendance de l’Algérie.
Débat en présence d’Alice Cherki, ancienne collaboratrice de Frantz Fanon, et auteur du livre « Frantz Fanon, Portrait »

Jeudi 8 février, Regards Blancs

tarif : l’entrée sur libre participation.

20h : « Les statues meurent aussi » Alain Resnais, Chris Marker, Ghislain Cloquet
(1950, 29 mns)
« On nous avait commandé un film sur l’art nègre. Chris Marker et moi sommes partis de cette question : pourquoi l’art nègre se trouve-t-il au Musée de l’Homme, alors que l’art grec ou égyptien est au Louvre ? » (Alain Resnais), ou comment nous trouvons du pittoresque là ou la communauté noire voit une culture. Quand la poésie rejoint la politique pour dénoncer le colonialisme. Le film est resté interdit pendant dix ans et amputé d’un tiers.

20h30 : « Le ciné colonial » Moktar Ladjimi
(53 mns)
Cinéma de propagande ou équivalent français du western ? Exploration d’un cinéma aujourd’hui oublié.
Dès 1895, l’Algérie et la Tunisie découvrent le cinéma en même temps que la France.
Très vite, des Européens y tournent des films qui reproduisent les rapports de pouvoir entre la métropole et les colonies. Paradoxalement, ces images utilisées à des fins de propagande constituent pour ces pays la seule trace visuelle du passé. La France y est toujours présentée comme une mère protectrice, et le légionnaire comme le mâle dominateur qui donne sa vie pour “pacifier” une terre et venir en aide aux populations locales. La femme arabe est lascive et n’existe qu’en tant que source de plaisir sexuel, même si c’est elle qui fait le lien entre les deux cultures. L’homme, lui, n’est qu’un fourbe dont on doit se méfier. Alors que la décolonisation approche, la propagande s’intensifie. Par ailleurs émerge un courant contestataire dont René Vautier est l’un des représentants.
L’image négative des Maghrébins véhiculée par ce cinéma leur a longtemps collé à la peau. Aujourd’hui, les Occidentaux, et en particulier les Américains, ont remplacé cette image par un nouveau cliché, celui du terroriste intégriste. À y regarder de plus près, celui-ci n’est pas si éloigné de celui du chef sauvage des premiers muets…

Vendredi 9 février, Les dictateurs post-coloniaux

tarif : l’entrée sur libre participation.

17h : Zimbabwe, de la libération au Chaos » de Michael Raeburn
(2003, 55 mns)
Haine, famine, assassinats. Aujourd’hui, l’avenir du Zimbabwe semble bien sombre. Pourtant, l’indépendance du pays promettait plein d’espoir à cette population africaine oppressée par le colon blanc. Robert Mugabe, le président du Zimbabwe depuis l’indépendance, était alors considéré comme le libérateur du peuple noir. Vingt ans après, il préside toujours le pays mais est de plus en plus contesté. En février 2000, il a organisé un référendum qui lui aurait permis de changer la constitution sans avoir recours à la consultation nationale. Le pouvoir de son parti, le ZANU-PF, aurait été renforcé. Mais contre toute attente, le peuple n’a pas suivi la volonté de Mugabe. Face à cette montée de l’opposition, en particulier du MDC (le Mouvement pour le changement démocratique) de Morgan Tsivangarai, le président a déclenché une vague de répression. Les contestataires sont désormais systématiquement réduits au silence.
Le chef de l’État a également lancé une réforme agraire accélérée visant à déposséder de leurs terres les fermiers blancs qui représentent 1% de la population. Cette mesure a pour buts, entre autres, d’affaiblir l’opposition soutenue par la population blanche et de recréer les anciens clivages entre les Noirs et les Blancs. Pour faire respecter l’autorité de Mugabe, ses partisans sèment la terreur dans le pays. De jeunes Zimbabwéens, qui doivent une obéissance absolue au ZANU-PF, sont ainsi devenus les bras meurtriers de Robert Mugabe.

20h30 : « Général Idi Amin Dada » de Barbet Schroeder
(1973, 92 mns)
Tour à tour naïf ou lucide, drôle ou inquiétant, illuminé ou sûr de sa force physique et de la mission qu’il doit accomplir, Amin Dada n’a pas fini d’intriguer, sinon d’inquiéter. Il est celui qui a acclamé Hitler, fait disparaître des milliers de personnes depuis son arrivée au pouvoir. A travers cet homme qui proclame tout pouvoir se gagne par K.O, Barbet Schroeder en profite pour étudier sociologiquement et politiquement ce pays en pleine mutation depuis le départ de la Grande-Bretagne : le manque de devises, le problèmes des 80.000 Hindous chassés à la suite d’un rêve du président, et qui détenaient 80 % de l’économie, la désorganisation du commerce qui provoque une vertigineuse hausse des prix et une inflation battant tous les records dans ce pays d’Afrique.

Samedi 10 février..

tarif : l’entrée sur libre participation.

L’Indochine vue par ses témoins

15h30 :
« Ralliés » de Bennedjaï-Zou, Adila & Confavreux
(2002, 52 mns, français)
Le film retrace l’histoire d’Albert, Ahmed et Miloud, trois membres du corps expéditionnaire français qui, pendant la guerre d’Indochine, ont déserté les rangs de l’armée française pour se rallier au Viêt-Minh. Ils racontent leur départ de France et du Maroc pour l’Indochine, les raisons de leur choix difficile, puis leur vie dans les maquis vietnamiens, le long exil qui a suivi. Aujourd’hui de retour en France et au Maroc, ils rompent avec difficulté le silence qui a entouré leur étrange histoire.
Débat en présence des réalisateurs.

Hommage a Eric Deroo

17h30 : « L’histoire oubliée, soldats noirs » de Eric Deroo
(2002, 55 mns)
Dans un café des Ardennes, le réalisateur surprend une conversation : en mai 1940, des Tirailleurs Sénégalais auraient combattu dans les épaisses forêts voisines. Ils auraient même résisté près d’un mois alors que le front se disloquait.
Partant d’une évocation de ces combats, le film nous emmène à la recherche des rescapés, en Afrique, dans leurs villes et leurs villages.

19h : « Zoos humains » de Eric Deroo
(51 mns)
Autour de 1900, nos grands-parents et arrière-grands-parents se sont précipités pour voir d’authentiques “sauvages” présentés comme des bêtes de foire…

20h30 : « Eyadema, président, tirailleur, général » de Eric Deroo
(1998, 52 mns)
Portrait du président de la République togolaise, Etienne Gnassingbé Eyadema, qui est resté au pouvoir plus de trente ans.
Rencontre et débat avec Eric Deroo

Dimanche 11 février

tarif : l’entrée sur libre participation.

Congo : Monographie d’un catastrophe / Hommage à Thierry Michel

14h : « Zaïre, le cycle du serpent » de Thierry Michel
(1992, 120 mns)
Après trente années d’indépendance et vingt-cinq années de mobutisme, Thierry Michel a filmé pendant cinq semaines Kinshasa, la capitale du Zaïre. Kinshasa de la mendicité, des marginaux et des laissés-pour-compte. Kinshasa de la bourgeoisie d’affaires, des dignitaires religieux et militaires, Kinshasa enfin des quartiers populaires enterrant leurs morts victimes de la dictature.

16h : « Les derniers colons » de Thierry Michel
(1995, 160 mns)
Après trente ans de régime Mobutu, le Zaïre est au bord de la faillite. Les pillages et les émeutes de ces dernières années ont entraîné un exode massif des Européens. Mais certains Blancs ont décidé de rester coûte que coûte. A la manière d’un carnet de voyage à la première personne, Thierry Michel dresse le portrait de ces expatriés – diplomates, missionnaires, patrons, hommes d’affaires ou aventuriers – qui s’accrochent à cette terre d’Afrique.

20h : « Congo River » de Thierry Michel
(2006, 120 mns)
Sur les traces de Stanley, Congo river nous fait remonter de l’embouchure à la source le plus grand bassin fluvial du monde, celui du fleuve Congo. Tout au long de ses 4 371 km, nous découvrons les lieux témoins de l’histoire tumultueuse du pays, tandis que les archives nous rappellent le souvenir des personnages de la mythologie africaine qui en ont fait son destin : les colonisateurs Stanley et Léopold II, les dirigeants africains Lumumba et Mobutu.
Ce voyage au cœur de l’Afrique est un hymne à la vie, à l’égal de cette végétation indomptable qui enserre les rives du fleuve. Sur les berges, aux différentes étapes du voyage, les images égrènent les joies et les souffrances d’un peuple, les fêtes et les drames qui rythment l’existence des piroguiers, pêcheurs, commerçants, voyageurs, militaires, rebelles, enfants, soldats, miliciens maï-maï, femmes violées…

Dossier de Presse:

Le cinéma, une nouvelle source d’écriture

En partenariat avec la ville de Paris, l’association Confluences organise un festival documentaire sur l’histoire coloniale dont une importante partie est consacrée à l’Algérie.

Carte blanche est donnée samedi 3 février à Benjamin Stora avec comme invités Costa Gavras et Yves Boisset sur le thème « Des Images de la guerre d’Algérie ». La journée s’ouvre avec la diffusion Des années algériennes, une série documentaire de 4 h réalisée par Bernard Favre, produite par Philippe Alfonsi, et conçue par Benjamin Stora a été diffusée sur France 2 en septembre-octobre 1991, au moment du trentième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. L’entreprise a nécessité deux ans de travail autour d’une centaine de témoins, des centaines d’heures de documents filmés (archives de l’INA et de l’ECPA). Il ne s’agissait pas de « raconter simplement la guerre d’Algérie, mais de la comprendre, sans excuser les différents acteurs. Tous les points de vue sont représentés, du soldat à l’immigré algérien, du pied-noir au harki. La parole est donnée aux anonymes qui ont vécu cette guerre au quotidien ». Première partie : D’amour et de haine (63 mn). Le documentaire traite de l’Algérie d’avant la guerre, de l’Algérie coloniale et de l’insurrection du 1er novembre 1954. Deuxième partie : Les tricheurs (67 mn). Le documentaire aborde l’envoi du contingent, la Bataille d’Alger et la torture. Troisième partie : Je ne regrette rien (61 mn) De Gaulle parle d’autodétermination, le putsch des généraux, la création de l’OAS, l’Algérie flambe, le départ d’un million de pieds-noirs, le massacre des harkis. Algérie été 62, l’indépendance aux deux visages de Benjamin Stora et J.M. Meurice (2002, 53 mn) Ce film revient sur les mois qui ont suivi la proclamation de l’indépendance en Algérie, le 5 juillet 1962. Quarante ans après, une dizaine d’acteurs de la révolution algérienne — leaders historiques de l’insurrection, chefs des maquis de l’intérieur, cadres de l’Armée des frontières, responsables de la Fédération de France du FLN, interrogés par l’historien Benjamin Stora, évoquent, devant la caméra de Jean-Michel Meurice, « cet été pendant lequel les nationalistes qui venaient d’en finir avec la guerre contre le colonisateur se sont affrontés dans une terrible bataille pour le pouvoir, jusqu’à la victoire d’Ahmed Ben Bella ». Suivra un débat avec Benjamin Stora portant sur le rapport de l’historien aux images. Avec la source écrite et les témoignages oraux, le cinéma apparaît comme une source nouvelle pour écrire l’histoire contemporaine du XXe siècle.

« Le cinéma n’est pas simple reflet, miroir de sociétés, mais aussi un formidable catalyseur de mémoire. Il introduit également une forme de support essentiel pour l’observation des traces historiques. » Benjamin Stora explique son travail d’historien confronté à la « fabrication » d’images pour les documentaires.

La Bataille d’Alger d’Yves Boisset (52 mn). Que reste-t-il aujourd’hui de la Bataille d’Alger dans la mémoire collective ? Sans doute le souvenir d’une victoire militaire des paras de Massu et des Bérets rouges de Bigeard sur le FLN. Mais aussi le souvenir d’une immense défaite politique et morale qui devait sceller le sort de l’Algérie française. Une défaite de l’honneur et de l’éthique qui révéla au grand jour la pratique de la torture par l’armée française. Une défaite stratégique, enfin, qui servit de ferment à la mobilisation du peuple algérien contre « l’occupant français ». Le 50e anniversaire de la Bataille d’Alger. Débat avec Yves Boisset et Benjamin Stora.
Diffusion de Mon colonel, réalisé par Laurent Herbiet (fiction et scénario de Jean-Claude Grumberg, Costa-Gavras. Avec Olivier Gourmet, Robinson Stévenin, Cécile de France, 1h 51) 1995, Paris. Le colonel en retraite Raoul Duplan est trouvé, chez lui, une balle dans la tête. Une lettre anonyme est envoyée aux enquêteurs : « Le colonel est mort à Saint-Arnaud. » 1957,— Saint-Arnaud, est de l’Algérie : un jeune officier juriste, Guy Rossi, prend ses fonctions auprès du colonel Duplan. La machine des pouvoirs spéciaux et de la torture institutionnalisée se met tranquillement en route. Elle fera du jeune juriste un bourreau. Et elle rattrapera Duplan quarante ans plus tard. Débat en présence de Benjamin Stora, Yves Boisset et Costa Gavras. Le programme sur « Les images de la guerre d’Algérie », se poursuivra dimanche 4 février avec la diffusion Des jardiniers de la rue des martyrs de Leïla Habchi et Benoit Prin (2003, 81 mn, français et arabe, sous-titré en français). Près de 40 ans après la fin de la guerre d’Algérie, dans un jardin ouvrier du nord de la France à Tourcoing, Français et Algériens cultivent leur bout de terre. Ces hommes ont été les appelés, les militants du FLN ou les harkis d’une guerre coloniale menée par la république française. Ce jardin est donc le lieu d’une mémoire multiple où se retrouvent des hommes qui auraient pu se rencontrer à la guerre ou à l’usine. C’est la culture d’un potager, activité universelle s’il en est, qui les rassemble ici. Contemporains à distance d’une histoire commune, parfois indifférents, voire hostiles les uns envers les autres pour des motifs culturels, sociaux ou politiques, ils travaillent côte à côte le même morceau de terrain. En présence des réalisateurs. Débat après le film animé par Beur FM Diaporama des photos de la guerre d’Algérie, par Marc Garanger, avec Roger Vailland, Marc Garanger a décortiqué les mécanismes de « cette guerre coloniale qui ne voulait pas dire son nom ». A 25 ans, tous les sursis et recours épuisés, il a fallu partir. Il s’est alors juré de témoigner. Arrivé au fond du bled, à Aïn Terzine, à une centaine de kilomètres au sud-est d’Alger, dans un régiment d’infanterie, il est affecté en tant que simple bidasse au secrétariat du commandement. Photographe depuis 10 ans, il est professionnel depuis deux. Bien qu’il n’y ait pas de service photo dans un régiment d’infanterie, Marc Garanger devient le photographe du régiment. Témoin d’atrocités en 1960 et en 1961, il s’efforce depuis, de les présenter au plus large public en multipliant les expositions : Femmes algériennes a tourné plus de 300 fois. Il obtient le prix Niepce, est invité à Arles, réalise tout un important travail de mémoire sur la conscience collective et rend un témoignage à ces hommes et à ces femmes dédaignés pendant cette guerre. « Je suis retourné en Algérie en août 2004 pour retrouver et photographier les personnes et les lieux que j’ai photographiés pendant mon service militaire de mars 1960 à février 1962 », photos parues dans Le Monde daté du 28 octobre 2004, sur la Une et 5 pages du cahier spécial Algérie. Garanger prépare un livre chez Atlantica : Algérie, retour aux sources. Ce travail se veut celui de la réconciliation. Parution prévue avril 2007. Pacification en Algérie, d’André Gazut (2002) Première partie : Le Sale boulot (70 mn) Comment a-t-on justifié la « sale guerre » menée par la France en Algérie ? Comment a-t-on pu laisser faire, accepter l’inacceptable, la torture et la barbarie ? « André Gazut effectue un va-et-vient entre témoignages d’appelés et de militants algériens, images d’actualités et discours officiels, les met en perspective pour dépasser le seul constat d’horreur, démonter les ressorts de la répression et construire une mémoire de cette guerre. La première partie de Pacification en Algérie débute en 1945 pour s’interrompre en 1956. Dans l’imagerie coloniale de l’époque, l’Algérie ne serait rien sans l’œuvre civilisatrice de la France. « L’Algérie, c’est la France », dit François Mitterrand, et, quand en 1954 commence véritablement la guérilla du FLN, les gouvernements de la IVe République vont laisser carte blanche à l’armée pour rétablir l’ordre. On dépoussière les lois de « responsabilité collective » abrogées à la Libération par de Gaulle, on censure la presse, on ouvre des « camps de regroupement », on menace les soldats qui oseraient dénoncer les tortures : c’est la « pacification » de l’Algérie, officiellement une opération de police, en fait une véritable guerre qui va s’intensifier en 1958 avec le vote des pleins pouvoirs à l’armée. Deuxième Partie : La politique du mensonge (70 mn). Dans la seconde partie de Pacification en Algérie, André Gazut pose la question des responsabilités, morales et politiques, des élites. Un réquisitoire accablant. Pacification en Algérie. Débat en présence de Marc Garanger et Patrice Barrat.

— Mercredi 7 février, diffusion d’une grande figure anticoloniale, Frantz Fanon, mémoire d’asile de Abdenour Zahzah et Bachir Ridouh (2002, 54 mn). Débat en présence d’Alice Cherki, ancienne collaboratrice de Frantz Fanon et auteur du livre Frantz Fanon, portrait — Jeudi 8 février, sur le thème « Regards blancs », diffusion de Le cinéma colonial de Mokhtar Ladjimi (53 mn). Cinéma de propagande ou équivalent français du western ? Exploration d’un cinéma aujourd’hui oublié. Dès 1895, l’Algérie et la Tunisie découvrent le cinéma en même temps que la France. Très vite, des Européens y tournent des films qui reproduisent les rapports de pouvoir entre la métropole et les colonies. Par ailleurs, émerge un courant contestataire dont René Vautier est l’un des représentants. « L’image négative des Maghrébins véhiculée par ce cinéma leur a longtemps collé à la peau. Aujourd’hui, les Occidentaux, et en particulier les Américains, ont remplacé cette image par un nouveau cliché, celui du terroriste intégriste. A y regarder de plus près, celui-ci n’est pas si éloigné de celui du chef sauvage des premiers muets… »

Algérie. Engagements sociaux et question nationale. De la colonisation à l’indépendance de 1830 à 1962, sous la direction de René Galissot. Un dictionnaire biographique du mouvement ouvrier Maghreb. En librairie depuis le 18 janvier 2007. Editions Atelier. Prochainement aux éditions Larousse, Dictionnaire de la colonisation française, sous la direction de Claude Liauzu.

par Nadjia Bouzeghrane
El Watan

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