Nora Atalla, Ô ma Ville

in Poésie

En cette nuit, dors ô ma Ville
Toi, ma nourrice grasse et douillette
Mon sang coule en tes grisantes artères
Pavées du soleil doré de mon enfance.
Quand tendrement à l’aurore naissante
Mon cœur de désir frappe à tes fenêtres
Ton rire frais lave mes douloureux chagrins
Et dans tes caniveaux refoule mes tourments.
Je vois tes bras avec fièvre se déployer
Pour maints foyers étreindre
Et reconduire à la chaleur de ton sein
Les âmes apeurées, de solitude éperdues.

En cette nuit, veille ô ma Ville
Toi, berceau de mes délirantes amours
Où, allègrement, j’ai propagé ma descendance
Qui a germé ses fruits en ton bitume.
Sur tes flancs de verre et de pierre
Que lèche avec volupté l’océan amoureux
Je balade mon regard attendri
Qui loin de toi d’ennui se consume.
Et quand féroce m’étouffe la nostalgie
Dans l’azur, de désir, je suis les astres
Qui nimbent les jardins de mon passé
Et me ramènent jusqu’à toi, ma souveraine.

En cette nuit, réjouis-toi ô ma Ville
Car en mon âge avancé de vieillesse
Où j’ai abdiqué devant le royal sablier
Avant l’abîme de l’implacable sénescence
Je viens me lover dans la splendeur de ton giron
Et doucement m’éteindre dans ta fidèle tendresse.

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