Robbert Fortin, Les Chambres de Sel, Londres, l’île de la Cité et autres poésies

in Poésie

LES CHAMBRES DE SEL

La mort exhibe ses couteaux
dans les chambres de sel
tu as hissé le fleuve
dans tes filets pour manger
tu as tenu tête aux éléments
le vent souple a pu t’aider
tes mains n’ont pas paniqué
si grande ta barque
qu’elle laissait aux poissons
aucune vague à saigner

 

PARIS

Manque d’amour pour les yeux
c’est comme ça que la blessure parle
et que l’Histoire recule
on tente l’avenir
mais les doigts glissent
dans les hasards des routes
où vont nos pas
les anciens les nouveaux
comment mémoriser l’écoute
il ne suffit pas de dire
rends-moi mes souvenirs
celui que l’on retire de la Seine
a écrit un poème
sous le Pont Mirabeau
 

L’ÎLE DE LA CITÉ

Je peux passer des heures
assis sous le grand saule
de l’île de la Cité
à regarder les bateaux passer
c’est petit la Seine
elle compte ses quais ses ponts
avec la même fierté
que l’on connaît des hommes
quelquefois des noyés remontent
avec eux un carnet de voyage
nul coeur n’a l’amour qu’il désire
la nuit ses bateaux faussent
le sommeil de l’eau
la lumière les trahit
et des passants épient
ses sanglots alarmés
comme on pleure en son lit
un amant disparu

 

AU JARDIN DES TUILERIES

Tu lançais ton petit bateau
à l’eau sur le bassin
tu le suivais de la main
tes yeux reprenaient à la lumière
ce que la terre ne t’avait jamais donné
une chaleur pour aimer
tellement le désir était là
je me suis approché de toi
noué mon sourire à ta voile
comme une eau qui prend le vent
sur sa bouche et deux amants
pour traverser le jour

 

LONDRES

Où vais-je dormir
seul sans clé
sous les ponts des palaces
tous les oiseaux trouvent
une terrasse où manger
tous les rats rongent au moins
une herbe aux bords de la Tamise
moi je n’ai que la pluie
pour remuer la nuit
et ces sombres vêtements
au milieu de Piccadilly Circus

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